Une puissance renouvelée

Recension
Calendar25 juillet 2026
PersonJames Hely Hutchinson
Couverture

Daniel HENDERSON, Une puissance renouvelée, Transformez votre Eglise par la prière et le ministère de la Parole, tr. de l’anglais (Old Paths, New Power: Awakening Your Church through Prayer and the Ministry of the Word, 2016) par Marie BOURQUE, Trois-Rivières [Québec], Publications Chrétiennes, 2024, 285 p.

Quelle est la place de la prière chez les responsables de nos Eglises et au sein des Eglises qu’ils conduisent ? Ce livre s’adresse au premier chef aux pasteurs. Il met en évidence l’importance de la prière à titre de condition d’un réveil, ce qui implique d’équiper nos leaders à « diriger des temps de prière dynamiques dans nos églises », à « fournir des approches éprouvées pour insuffler un renouveau vivifiant dans [n]os assemblées » (p. 22).

L’auteur de cet ouvrage n’est pas l’éditeur (du même nom) bien connu de nos milieux évangéliques francophones (qui, lui, a servi pendant neuf ans au sein de la maison d’édition québécoise qui publie justement ce livre !) En revanche, il est directeur global de l’organisme « 6:4 Fellowship » qui tire son appellation du souci qu’exprime le sous-titre du livre, fondé sur Actes 6,4. Le passage suivant, quoique figurant dans une annexe (p. 274), résume bien cette préoccupation qui est sur le devant de la scène dans l’ouvrage :

Les modèles séculiers, la confusion biblique, les exigences des gens et les « tactiques de distraction » du diable convergent tous pour détourner les anciens de leur mission. L’Eglise vacille et la mission s’en trouve fragilisée. Je crois qu’il est impératif que les anciens d’aujourd’hui maintiennent un engagement constant envers « la prière et [le] ministère de la parole », tout en habilitant d’autres personnes à gérer les nombreuses fonctions opérationnelles, financières et programmatiques de l’Eglise… L’avancement surnaturel de la mission de Christ en dépend.

En effet, l’expression d’Actes 6,4, « la prière et [le] ministère de la parole », revient tout au long du livre. Il n’en reste pas moins que le livre relève essentiellement de la prière. Certes, une courte section est consacrée à la parole, mais elle porte principalement sur l’importance de la prière en rapport avec la puissance de la prédication.

Malgré la différence d’échelle entre les communautés d’outre-Atlantique et celles de l’Europe francophone, les pasteurs de nos Eglises peuvent bénéficier grandement de cet ouvrage[1]. Ils risquent de se sentir mal à l’aise face à l’exhortation à « [t]rouver la conviction de changer les choses » (titre du ch. 5) en vue de promouvoir une culture de prière au sein des Eglises qu’ils servent. Mais ils pourront également s’outiller grâce aux prescriptions bien pratiques que Henderson met en avant, par exemple dans le chapitre 7 (« Comment diriger des séances de prière vivifiantes »).

Il y a cependant un courant théologique prononcé dans le livre qui est suffisamment problématique pour que je mette en garde un lectorat potentiel. Il s’agit du mysticisme et du clivage opéré entre la parole de Dieu et le ministère du Saint-Esprit. J’ai d’abord remarqué cette thématique à la page 85 et, à partir de cet endroit, j’ai noté 32 pages qui sont concernées[2]. Le livre nous encourage à chercher « la direction des Saintes Ecritures et du Saint-Esprit » (p. 173[3]), à « [l]aisser un espace non scénarisé [au sein de nos rencontres] où le Saint-Esprit pourrait se manifester » (p. 207), à « suivre le Saint-Esprit où qu’il nous conduise » (p. 252). Un pasteur est cité en exemple : d’un côté, il est « passionné par la prière et la recherche de la présence de Dieu » ; d’un autre côté, il est « également passionné par la Parole de Dieu » (p. 253[4]). Ou encore, l’équipe de direction d’une Eglise pourrait utilement adopter cinq priorités dont une est « d’étudier la Parole de Dieu » et une autre « de discerner la direction du Saint-Esprit » (p. 274-275). Nous lisons que les responsables d’une Eglise ne devraient pas être choisis « sans une recherche unie de la pensée et de la confirmation du Saint-Esprit à travers le jeûne » (p. 221).

Pour un responsable d’Eglise peu fondé dans ce domaine doctrinal, ce livre est déconseillé. La réalité biblique est qu’un tel clivage entre l’Esprit et la parole n’est pas admissible (Ep 6,17 ; Ep 5,18-19 avec Col 3,16 ; Jn 6,63 ; 1 Th 1,4-6 ; Jn 3,5 avec Jc 1,18/1 P 1,23 ; 2 Tm 3,16 ; Jn 14-17). Maintenons le cap de la suffisance des Ecritures (2 Tm 3,15-17 ; 2 P 1,3-4 ; cf. Ps 1,1-2)[5] !

Henderson est lui-même conscient de ce qu’il essaye de réunir au sein de cet ouvrage un spectre relativement large au plan théologique : lorsqu’il cite John MacArthur et Jim Cymbala d’une seule traite, il ajoute entre parenthèses : « Vous ne vous attendiez probablement pas à lire ces deux noms côte à côte » (p. 168). En réalité, l’empreinte de Cymbala est plus nette que celle de MacArthur dans ce livre ! Mais un lectorat peu averti, qui découvre au sein de l’ouvrage des contributions de la plume de MacArthur, de John Piper et d’Alistair Begg, risque de ne pas être sensibilisé au mysticisme qui est prôné et promu par Henderson[6].

Pour un pasteur qui ne courrait aucun risque de se laisser fourvoyer sur cette question, il lui est recommandé de fermer patiemment les yeux sur les passages en question et de faire profiter l’Eglise qu’il sert de bien des exhortations et des pratiques du livre en matière de prière.


  1. Là où c’est possible, il vaudrait mieux le lire en anglais pour deux raisons. D’abord, l’allitération mémorable qu’affectionne l’auteur est partiellement perdue en français. Deuxièmement, trop d’erreurs (p. ex., « moqueurs » à la place d’« arrogants », p. 27 ; « Charles S. Spurgeon », p. 173), de contresens (p. ex., « évangélique » pour « Gospel » [adjectif], p. 33) et d’anglicismes (p. ex., « complaisance » pour « complacency », p. 104 ; « inadéquat » pour « inadequate », p. 143) se sont glissés dans le texte (par ailleurs, les francophones en dehors du Québec devront composer avec, p. ex., « téléphone intelligent » à la place de « smartphone »). ↩︎

  2. P. 85-86, 93, 116-117, 140, 145, 152, 172, 173, 178, 202, 205, 206-207, 219, 220, 221, 224-225, 227-228, 230, 239, 244, 251, 252, 253, 269, 273, 274, 275. ↩︎

  3. C’est nous qui soulignons. ↩︎

  4. C’est nous qui soulignons. ↩︎

  5. Cf. https://www.youtube.com/watch?v=TvAUvu1_Ozo (lien consulté le 10 juin 2025). ↩︎

  6. L’auteur est clairement respectueux des Ecritures, mais il peut y avoir des surprises. Par exemple, il est vrai que Dieu peut « donn[er] la force de terminer mes études malgré ma lassitude » (p. 142), mais Philippiens 1,6, cité en preuve, a trait à la réalité plus grandiose que Dieu nous garde dans notre foi « jusqu’au jour de Jésus-Christ » (voir aussi la citation de 2 Ch 7,14 à la p. 30). ↩︎