Une prière révolutionnaire : le Notre Père

Recension
Calendar7 décembre 2022
PersonJames Hely Hutchinson
Couverture

Albert MOHLER, Une prière révolutionnaire : le Notre Père, tr. de l’anglais (The Prayer that Turns the World Upside Down, 2018) par Yasmina LHERBIEZ, Lyon, Clé, 2022, 150 p.

Avant de lire ce livre, je ne m’attendais pas à vouloir le recommander chaudement pour deux raisons. D’abord, les livres sur la prière disponibles en français sont déjà très nombreux dont plusieurs excellents et vivement recommandés[1]. Deuxièmement, en lisant, il y a une dizaine d’années, le livre sur le leadership[2] rédigé par Albert Mohler, j’avais été frappé et déçu par l’absence de la mention de la prière au point d’écrire à cet effet à l’auteur !

J’ai été agréablement surpris en lisant Une prière révolutionnaire. C’est un joyau ! J’encouragerais quasi toute catégorie de croyant en Jésus-Christ à en profiter. Les raisons en sont multiples. D’abord, le Notre Père lui-même est d’une importance capitale. « Par cette prière, les chrétiens apprennent comment prier, et pour quoi prier – conformément à l’enseignement de Jésus » (p. 10[3]). Même les croyants les plus mûrs bénéficieraient d’un renforcement de leurs convictions à ces titres. Deuxièmement, le contenu est solide au plan de la théologie systématique[4] (et centré sur l’Evangile) comme au plan de la théologie biblique. Comme l’auteur l’affirme, « chaque requête [du Notre Père] est une leçon de théologie » (p. 144) ! Le développement sur le sens de « règne »/« royaume » et de « volonté » (de Dieu) est particulièrement appréciable. Troisièmement, cette théologie est appliquée de façon édifiante. Quatrièmement, l’ouvrage est clair, facile à lire et abordable pour de jeunes croyant(e)s. Ce n’est pourtant pas le livre qu’il faudrait lire pour approfondir des questions exégétiques[5] pointues : celui de Jacques Buchhold[6], portant également sur le Notre Père et comparable au niveau de la taille, mais plus technique et exégétiquement « hors des sentiers battus », peut être considéré comme étant complémentaire à celui-ci[7]. Cinquièmement, au plan de la forme, ce livre est soigné par l’éditeur de sorte qu’on n’est pas heurté par des scories typographiques.

Après quelques propos relatifs à la prière en général et une mise en contexte pour ce qui est de la version de Matthieu 6, Mohler couvre les clauses du Notre Père tour à tour. Il est frappant que « Que ton règne vienne » et « Que ta volonté soit faite… » soient traités conjointement, exceptionnellement dans un seul chapitre. L’auteur considère que, dans la requête « Que ta volonté soit faite… », « Jésus explique plus précisément en quoi consiste la venue du royaume de Dieu… » et qu’en la priant, « nous renonçons à revendiquer une quelconque autorité et souveraineté sur nos vies » (p. 83).

Le titre du livre reflète notamment ces deux requêtes, cela à la lumière de notre contexte contemporain occidental (p. 87) :

La disparition rapide du christianisme culturel à notre époque signifie que les chrétiens pourraient bientôt se retrouver dans une situation similaire à celle de l’Eglise primitive à Rome, ou de l’Eglise confessante en Allemagne nazie. Prier pour l’avènement du royaume de Dieu sera considéré du point de vue culturel et politique comme un acte subversif. Confesser que le Christ est roi et attendre que son royaume vienne mènera à une confrontation directe avec la culture environnante.

Que Dieu nous donne d’être subversifs dans ce sens en priant le Notre Père !


  1. Je pense à celui de Bunyan (La prière), de Calvin (livre III, ch. XX de l’Institution), Carson (La prière renouvelée), de Chester (Prier, c’est pourtant simple)… ↩︎

  2. La conviction de diriger, 25 principes d’un leadership marquant, tr. de l’anglais (The Conviction to Lead, 2012) par Mélanie MATHIEU, Trois-Rivières [Québec], Cruciforme, 2013, 242 p. J’ai lu la version en anglais. ↩︎

  3. C’est lui qui souligne. ↩︎

  4. Mais il est surprenant qu’il puisse définir la prière comme étant « la communion avec Dieu », cela d’ailleurs sans tentative de justification (p. 22), alors que prier consiste simplement à formuler des demandes à l’intention de Dieu. Par ailleurs, la formule répétée « la personne de Dieu » (p. ex., p. 93) laisse peut-être à désirer. Il vaudrait mieux parler des « attributs », des « perfections » ou du « caractère » de Dieu ainsi que des trois « personnes » de l’unique Dieu (Père, Fils et Saint-Esprit). Il n’est pas exclu que cette petite difficulté n’existe pas dans l’original auquel je n’ai pas accédé. ↩︎

  5. Je ne rejoins pas l’auteur dans son choix exégétique sur la « récompense » (p. 36). ↩︎

  6. Méditation sur le Notre Père, La prière modèle à laquelle Jésus nous a soumis (Eclairages), Charols/Vaux-sur-Seine, Excelsis/Edifac, 2021, 157 p. Cf. notre recension sur www.bibliodok.com (https://www.bibliodok.com/recension?x=meditation-sur-le-notre-pere, consulté le 14 août 2022). ↩︎

  7. Une force des deux livres est de souligner la première personne du pluriel du Notre Père, c.-à-d. sa dimension communautaire. ↩︎