
David BROWN, Une approche chrétienne des arts, Cour de récréation ou champ de bataille ? Charols, Excelsis, 2021, 272 p.
Le chrétien devrait-il s’intéresser aux arts ?
Dans certains milieux chrétiens, l’art est regardé avec méfiance et parfois même rejeté. D’autres veulent mettre en avant un « art chrétien » dont la pratique peut prendre une place dans les rassemblements comme un moyen de louer Dieu.
Cet ouvrage de David Brown nous aide à réfléchir aux arts dans une perspective chrétienne. L’auteur, un pasteur passionné des arts plutôt qu’un chercheur érudit, commence par essayer de définir une œuvre d’art. La foi chrétienne de l’auteur est un élément clé de son analyse de l’art mais, plutôt que de le rendre insensible à l’expression artistique, il démontre que la Bible nous pousse à une appréciation de la complexité de l’art, puisque « l’homme ressemble à Dieu » (p. 54 ; cf. Gn 1.26).
Dans un effort de réflexion sérieuse, il démontre qu’une œuvre d’art est définie par les effets qu’elle provoque chez la personne qui l’expérimente. L’auteur n’a pas peur de mentionner des concepts potentiellement étrangers au lecteur qui ne s’est jamais intéressé à la question des arts (la matérialité de l’œuvre, l’intention de l’artiste, le beau, le vrai, etc.), mais il les explique avec un langage simple et des exemples éclairants.
Le début du livre se présente presque comme un plaidoyer pour les arts qui expose tout ce qu’une œuvre d’art peut apporter aux individus. L’auteur énonce les différents effets positifs et utiles de l’art sur le public tout en mentionnant certains obstacles potentiels et des avertissements pour prévenir une consommation à l’aveugle de l’art. Ces premiers chapitres seraient très utiles pour tout chrétien qui voit tous les arts avec suspicion ou méfiance : on comprend l’intérêt pour toute personne de s’y intéresser comme un des bienfaits de Dieu et une manifestation de la grâce commune.
Ensuite, Brown discute de plusieurs questions dans le rapport entre les arts et la foi chrétienne dans de courts chapitres : la présence de l’art dans la Bible et dans la pensée de Dieu, la relation entre l’art et les chrétiens, un bref survol historique du rôle des arts dans l’Eglise. Cette dernière question, abordée dans le chapitre 20, a retenu notre attention. L’auteur y dresse brièvement la pensée d’Augustin, de Calvin et de Luther, permettant au lecteur contemporain d’intégrer sa propre réflexion dans le cadre de l’histoire de l’Eglise – une démarche sage pour nous qui avons souvent tendance à penser que notre génération est la première à étudier des questions de façon sérieuse.
Plusieurs questions sont évoquées dans le livre : le deuxième commandement du Décalogue interdit-il la pratique des arts plastiques (p. 109ss) ? L’art chrétien existe-t-il (p. 151ss)? L’artiste chrétien doit-il chercher à évangéliser par sa pratique (p. 167ss) ? Comment recevoir des œuvres artistiques en tant que chrétien (p. 175ss) ? Les réponses proposées sont brèves et nous ne serons pas toujours en accord avec celles-ci mais elles permettent de nourrir une réflexion sur ces sujets.
Un point négatif que nous souhaiterions soulever est que l’ouvrage est peu clair sur le lectorat visé. L’auteur s’adresse au chrétien lambda, parfois à celui qui est passionné des arts, à d’autres endroits aux responsables d’Eglise, et même à l’artiste chrétien (dans les chapitres 21 à 23 et la cinquième partie ; mais un artiste lirait-il une centaine de pages qui définissent ce qu’est une œuvre d’art et défendent l’utilité de l’art ?).
Il nous semble parfois que l’auteur cite des passages pour soutenir ses arguments sans que cela soit très persuasif. Par exemple, il souligne le fait que Jésus est appelé « la Parole » pour nous convaincre que le langage a une grande importance dans notre relation avec Dieu (p. 127). De plus, on trouve parfois plusieurs versets cités à la suite sans prendre en compte suffisamment leur application première dans leur contexte (p. ex., p. 182-183). Malgré les arguments donnés par l’auteur, nous ne serions pas d’accord sur la pertinence ou même la légitimité d’intégrer la pratique ou la présence d’autres arts que la musique lors des rassemblements de l’Eglise (p. 189-198).
Pour conclure, nous recommandons sans hésiter la lecture de la première moitié de ce livre. De plus, plusieurs pistes d’applications de l’auteur nous semblent intéressantes : une attitude d’ouverture face aux arts tout en étant sur ses gardes sur les dangers, la possibilité d’utiliser les arts dans nos efforts d’évangélisation ou pour les prédicateurs comme des illustrations dans les messages. Cependant, dans la suite de l’ouvrage, à plusieurs reprises nous avons eu des réserves quant à certaines affirmations, et l’auteur semble s’éparpiller sur le lectorat visé.
Nous évoquons enfin un détail éditorial. Les premières parties du livre sont parsemées de reproductions en couleur d’œuvres mentionnées. La qualité du papier glacé rend ces images plus agréables à regarder mais pourrait gêner certains lors de la lecture (et rend un surlignage quasi impossible).