
Comité Théologique du CNEF, Une approche biblique de la générosité (Les textes du CNEF) Marpent, BLF, 2022, 144 p.
Pour commencer, le Comité Théologique du Conseil National des Eglises de France (CTCNEF) nous donne une information capitale pour une saine compréhension de la générosité biblique et chrétienne : elle est enracinée dans le caractère gracieux et généreux de Dieu[1].
Puis, dans un premier chapitre, le CTCNEF aborde la question de la générosité dans l’Ancien Testament. Avec passablement de détails, et en soulignant bien la « tension vétérotestamentaire » entre l’obéissance à la loi et la générosité spontanée du cœur[2], il passe en revue les divers types de sacrifices et d’offrandes institués par Dieu. Il met en évidence au passage la grande place accordée dans l’A.T. aux offrandes volontaires adressées tant à Dieu qu’au prochain, en signe de reconnaissance envers Dieu pour sa générosité.
A juste titre, ce chapitre se termine par une réflexion pour savoir comment ces pratiques vétérotestamentaires s’appliquent dans l’Eglise actuelle. Le CTCNEF conclut que : « Les lois cérémonielles données à Israël sont à considérer à la lumière de leur accomplissement en Christ … Par contre les attitudes spirituelles requises dans le cadre des différentes lois cérémonielles gardent leur valeur même là où ces lois ne sont plus à être appliquées[3] … » En mettant un grand accent sur le cœur et la liberté dans la générosité du chrétien[4], j’ai un peu peur qu’il fasse la part trop belle à ces croyants de la Nouvelle Alliance qui sont tentés par cette excuse pour être moins généreux que ceux de l’A.T.
Dans le chapitre suivant, de façon judicieuse, le CTCNEF attire notre attention sur le fait que Jésus est beaucoup plus qu’un modèle à imiter, car « il a fait ce que nous ne pouvions pas faire[5] ». Ainsi il est lui-même l’exemple suprême de la manifestation de la générosité divine envers les hommes. C’est pourquoi les évangiles ne peuvent pas être considérés comme une simple « recette à suivre sur la générosité ». Dans ses enseignements, Jésus s’adresse aux motivations du cœur de ses auditeurs, et comme celles-ci varient d’un auditeur à l’autre, son enseignement varie aussi en fonction du besoin de chacun (comparer, par exemple, ses propos au jeune homme riche et à Zachée).
Dans le chapitre sur la générosité dans l’Eglise du Nouveau Testament, le CTCNEF se concentre sur l’enseignement biblique des Actes des apôtres et des Epîtres. Il passe du temps à examiner les différentes formes de générosité qui sont possibles, car le don de notre argent n’est pas le seul moyen d’être généreux. Puis il fait la liste des caractéristiques, de la motivation et des destinataires de la générosité, accordant une attention toute particulière dans la conclusion à l’enracinement de la générosité dans la grâce de Dieu.
Ensuite, avec un « relent de provocation », les auteurs tournent leur attention vers « l’apôtre Paul fundraiser » pour examiner les bases théologiques et éthiques du rassemblement de fonds organisé par l’apôtre. Avec beaucoup d’à-propos, ils démontrent que le « fundraising » de l’apôtre est assez éloigné des techniques actuelles, sa motivation trouvant son enracinement dans la solidarité fraternelle qui pousse les croyants à suivre un principe d’égalité.
Dans les pages 89 à 118, l’ouvrage reprend une traduction française d’un article de Daniel Hillion paru à l’origine en anglais dans le journal Evangelical Review of Theology de janvier 2013[6]. Au premier abord, cet article semble faire un peu « doublon » avec ce qui a été dit jusqu’ici, cependant il apporte un éclairage complémentaire par sa réflexion sur la légitimité de la propriété privée dans la Bible ainsi que sur la « distinction à trois termes » utile qu’il établit entre : « nécessaire vital/nécessaire pour vivre selon les exigences normales de sa condition/superflu[7] ».
L’ouvrage se termine par une partie réservée aux applications pastorales et pratiques, en particulier dans le cadre de la communauté de l’Eglise locale. Il attire notre attention sur de nombreux points souvent négligés dans nos Eglises, tant au niveau de la pratique que de la motivation. Par exemple, il fait réfléchir à la prise en charge des frais des personnes bénévoles qui sont trop souvent considérés comme « généreusement offerts par les frères et sœurs qui donnent déjà de leur temps[8] », ainsi qu’à la manière de procéder pour que notre générosité soit réellement « tournée vers Dieu » et non vers les besoins de l’Eglise[9]. Cela dit, il me semble que cette dernière partie soulève plus de questions qu’elle ne donne de réponses précises, faisant la part un peu trop belle à la sensibilité de chacun et nous laissant un peu sur notre faim…