Un médecin face à la peur de la mort

Recension
Calendar17 juillet 2021
PersonSylvestre Amandier
Couverture

Vincent Rébeillé-Borgella, Un médecin face à la peur de la mort, Soigner, guérir, sauver, Lyon, Éditions Clé, 2021, 165 p.

Le titre pourrait prêter à confusion. Disons d’emblée qu’il ne s’agit pas d’un manuel de relation d’aide destiné aux aumôniers des hôpitaux. Vous n’y trouverez pas de conseils pratiques originaux pour accompagner spirituellement les mourants. En revanche, vous y apprendrez que c’est tout particulièrement nécessaire dans nos sociétés occidentales hyper-médicalisées qui ont choisi de déléguer la prise en charge de la fin de vie au corps médico-social. Ce dernier sait proposer des réponses aux souffrances physiques, psychologiques, socio-relationnelles, mais pas spirituelles. C’est cette lacune que relève l’auteur, et qu’il se propose de combler par l’espérance chrétienne. Le cheminement de pensée est clair, rigoureux, facile à suivre, tout en étant solidement étayé : le livre ne comporte pas moins de 226 notes de bas de pages pour 165 pages ! Le lecteur qui souhaitera approfondir au-delà de cette première approche y trouvera toutes les pistes nécessaires.

Ainsi, le livre est structuré en trois grandes sections équilibrées.

La première, historique, présente l’évolution depuis la haute antiquité jusqu’à nos jours du rapport de la société à la mort, et montre comment on est passé d’une mort acceptée en tant qu’une étape de la vie (la dernière !), à une mort dissimulée telle un scandale, et reléguée dans les hôpitaux et maisons de retraite médicalisées : notre société matérialiste ne veut plus voir les gens mourir parce que la fin de vie sonne sa faillite.

La deuxième section, à caractère bioéthique, focalisée sur notre époque et sa médecine moderne, présente les trois stratégies de contre-attaque qui émergent pour donner l’illusion de reprendre la main sur la mort : les soins palliatifs voire sédatifs, qui lui enlèvent son pouvoir de faire souffrir, le suicide assisté, qui lui enlève son pouvoir d’imposer son heure, et finalement le transhumanisme qui rêve de pouvoir l’enlever tout court, à grand renfort de nouvelles thérapies et implants cybernétiques. Nationalité de l’auteur oblige, cette section traite des deux premières stratégies à la lumière du contexte législatif français mais la discussion reste pertinente pour tous.

C’est dans la troisième section, à caractère apologétique et évangélisatrice, que l’auteur explique que la vraie réponse face à la mort doit intégrer une composante spirituelle, le mot étant considéré au sens le plus large de questionnement transcendantal. Et c’est dans la deuxième partie de cette section que l’auteur livre sa propre réponse spirituelle : celle de la Bible et de la foi en Jésus-Christ.

La présentation de l’Évangile s’articule autour de la déclaration de Jésus « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14.6), et se développe avec des discussions autour de la parabole du bon samaritain (Lc 10.30-37) puis du récit de la résurrection de Lazare (Jn 11.1-46), deux textes bibliques cités in extenso.

Mais voilà : si l’Évangile est LA réponse à La question ultime posée par la réflexion globale du livre, on en aurait apprécié un développement plus conséquent. Peut-être aussi plus incisif chez un éditeur comme les Éditions Clé. Par exemple, on peut parfois avoir l’impression que la paix intérieure et familiale obtenue par le mourant au moment de son départ est considérée comme un accompagnement réussi, indépendamment de la paix objective obtenue avec Dieu[1]. Par ailleurs, si le péché est clairement présenté comme la cause de la mort, le livre ne s’exprime pas en termes de colère du Dieu saint, mais plutôt d’harmonie brisée avec notre créateur ; Jésus-Christ, mort et ressuscité, qui a le pouvoir d’accorder la vie éternelle, est présenté comme l’exemple bienveillant à suivre de celui qui consacre sa vie à son prochain, et non comme le sacrifice accomplissant la substitution pénale. Ou encore, les peines éternelles (« l’enfer ») ne sont mentionnées que dans trois lignes reléguées dans une postface[2]. Que le lecteur en soit averti pour ne pas être surpris.

Une chose est certaine, la lecture de cet ouvrage ne manque pas de faire remonter à la surface nos propres questionnements, nous interpelle par les nombreux exemples poignants cités et nous instruit sur notre contexte sociétal de la prise en charge de la mort.

À noter qu’une présentation du livre par son auteur est proposée par Florent VARAK dans son podcast Peut-on aborder la question de la mort sans peur (Épisode 262) du blog Un Pasteur vous répond sur le site internet Tout pour sa gloire[3].


  1. p. 101s : il est à noter qu’il s’agit de témoignages, qui ne figurent pas dans la section sur la réponse spirituelle à la mort. ↩︎

  2. « À l’opposé, la Bible nous dit que ceux qui ne croient pas seront, après leur mort, éternellement éloignés de Dieu « dans l’étang de feu » » (p. 154). ↩︎

  3. https://florentvarak.toutpoursagloire.com/peur-mort-262/, consulté le 11 mai 2021. ↩︎