Trois perspectives sur Adam

Recension
Calendar14 mars 2026
PersonJames Hely Hutchinson
Couverture

Philippe PERRILLIAT ; Matthieu GANGLOFF ; Science & Foi représentée par Marc FIQUET, Pascal TOUZET et David VINCENT, Trois perspectives sur Adam (coll. « Perspectives évangéliques », s. d. Matthieu MOURY), Argis, Clé, 2026, 117 p.

Bien des chrétiens sont troublés par ce qui semble être l’incompatibilité entre la perspective de la Genèse et les recherches scientifiques en matière de création de l’univers et du premier homme. Est-il possible d’attribuer à la Genèse un genre littéraire qui soit compatible avec les thèses scientifiques contemporaines ? Sinon, faut-il nécessairement affirmer qu’Adam a été créé de façon directe et instantanée, ou suffit-il de reconnaître qu’il a réellement existé ?

Cet ouvrage comporte une défense, ainsi qu’une mise en dialogue de trois points de vue : « Adam, un homme créé, d’une manière directe et instantanée par Dieu » (Philippe Perrilliat), « Adam, représentant de l’humanité » (Matthieu Gangloff), « Adam, une figure littéraire » (David Vincent, Pascal Touzet et Marc Fiquet de Science & Foi). Je mets en garde les lecteurs potentiels en signalant que la troisième option n’en est pas une pour quelqu’un ayant une attitude de soumission à l’égard des Ecritures en tant que parole divine inerrante. On constate qu’il y a déjà un « avertissement de l’éditeur » (p. 6), mais celui-ci se borne à préciser que les Editions Clé se rallient au point de vue défendu par Perrilliat ; contrairement à nous, le directeur de la collection accorde droit de cité au point de vue de Science & Foi parmi « la variété des options évangéliques » (p. 19).

En clair, le point de vue de Perrilliat représente la lecture la plus naturelle du texte biblique (et correspond, moyennant quelques qualifications[1], à ma conviction). Au regard de la doctrine de la clarté des Ecritures, les deux autres positions sont compliquées, et elles sont toutes deux induites par le principe que « le consensus scientifique oblige à reconsidérer le texte biblique » (p. 50). Un gouffre sépare cependant les deuxième et troisième perspectives : alors que Gangloff reste dans les limites posées par l’inerrance biblique, les représentants de Science et Foi estiment que les auteurs bibliques peuvent se tromper (p. 66). Il est vrai que Vincent, Touzet et Fiquet considèrent que leur point de vue – la non-historicité d’Adam – « ne porte aucunement préjudice à la foi chrétienne » (p. 72), voire est compatible avec l’autorité de la Bible (v. 55). Toujours est-il que Matthieu Gangloff n’exagère pas lorsqu’il affirme que « les auteurs de Science et Foi affectent irrémédiablement la fiabilité de l’ensemble du texte biblique » (p. 108) et que « [l]e prix théologique à payer en sacrifiant l’inerrance biblique et les doctrines essentielles autour du péché et du salut n’est pas acceptable » (p. 109-110). « Car si Adam n’a pas existé réellement, la doctrine du péché est fondée sur un vide, et donc la doctrine du salut aussi » (p. 109).

En effet, il faut tracer la frontière entre « évangélique » et « non-évangélique », et le point de vue représenté par Science et Foi est dans la seconde catégorie – d’où ma mise en garde. Celle-ci est d’autant plus nécessaire que Vincent, Touzet et Fiquet ne manquent pas de sophistication dans leur tentative de persuader le lectorat que la Genèse appartient à la catégorie de « mythe » (ch. 3), voire à « un récit de fiction » (p. 83). Cela dit, par moments, c’est le contraire de la sophistication : pourquoi faut-il choisir entre historicité et accommodation divine (p. 59), et pourquoi doit-on exclure la phénoménologie (cf. p. 66) ?!

Le directeur de la collection, Matthieu Moury, livre un survol historique intéressant et utile au début et un chapitre édifiant à la fin. Celui-ci laisse penser, quoiqu’indirectement, que Moury prend ses distances par rapport au point de vue de Science et Foi (« Jésus … est le nouvel Adam qui a réussi là où le premier avait échoué [Romains 5.12-29] », p. 116) ; il n’en reste pas moins que ce chapitre, portant sur la doctrine de l’image de Dieu, n’est pas très étroitement lié au contenu du livre qui précède.

Bien que l’inclusion de la position de Science et Foi parmi les options « évangéliques » soit surprenante, je reste convaincu que la marque de fabrique de cette maison d’édition, connue pour sa fiabilité théologique, n’est pas sur le point d’être ternie. Par ailleurs, je reste persuadé de la pertinence de la collection « Perspectives évangéliques », surtout pour ce qui est de doctrines qui ne sont pas proches du cœur de l’Evangile[2] (cf. Pascal DENAULT, Florent VARAK, Deux perspectives sur le millénium[3]).

En perspective biblique, la question de l’historicité d’Adam n’est pas difficile. Rien que Luc 3,38 suffit pour l’établir[4]. La contribution de Matthieu Gangloff, marchant sur les traces de Henri Blocher, quoique très bien argumentée[5], agréable à lire et compatible avec l’historicité, se heurte aux arguments d’un article important sous la plume de Peter Williams[6].


  1. (1) Les premiers chapitres de la Genèse comportent quelques éléments symboliques, quoique toujours dans un cadre historique. (2) Je ne comprends pas l’affirmation selon laquelle « l’homme Jésus, bien qu’humain, ne descend pas d’Adam » (p. 33) ; je renvoie les lecteurs de cette recension à ma prédication sur Luc 3,21-38, https://www.protestants-bruxelles.be/predication/uniquement-lui/ (lien consulté le 17 février 2026). (3) Je mettrais en évidence l’importance de Romains 5,12-21. ↩︎

  2. Cf. notre livre Sacrés désaccords !, Une méthode pour trier mes convictions quand d’autres ne croient pas comme moi, Marpent, BLF, 2023, 191 p. ↩︎

  3. (Perspectives évangéliques), Lyon, Clé, 2021, 121 p. Cet ouvrage est recensé sur Bibliodok à la fois dans une perspective prémillénariste et dans une perspective amillénariste : https://www.bibliodok.com/recension?x=deux-perspectives-sur-le-millenium (lien consulté le 17 février 2026). ↩︎

  4. Mais les données sont nombreuses (cf., p. ex., Philip G. RYKEN, « We Cannot Understand the World or our Faith Without a Real, Historical Adam », dans Matthew BARRETT, Ardel B. CANEDAY, dir., Four Views on the Historical Adam, Grand Rapids, Zondervan, 2013, p. 267-279). ↩︎

  5. Le fait qu’il parle de « l’auteur » (p. 41) ou de « l’auteur inspiré » (p. 106) me chiffonne pourtant… : pourquoi pas « Moïse » ? ↩︎

  6. « L’absence de souffrance avant Adam », Revue réformée 276, 2015, p. 1-18 ; https://larevuereformee.net/articlerr/n276/labsence-de-souffrance-avant-adam (lien consulté le 17 février 2026). ↩︎