Surpris par la souffrance

Recension
Calendar24 juin 2023
PersonDavid Vaughn
Couverture

R.C. SPROUL, Surpris par la souffrance, Le rôle de la douleur et de la mort dans la vie du chrétien, tr. de l’anglais (Surprised by Suffering, 2009) par Marie-Andrée GAGNON, Trois-Rivières [Québec], Publications chrétiennes, 2022, 168 p.

Aucun chrétien ne pourrait mener une vie stable et fructueuse sans comprendre le rôle de la souffrance. Et pourtant, ce sujet tient peu de place dans la pensée des chrétiens modernes. Certains milieux évangéliques n’ont aucune doctrine de la souffrance chrétienne, parce qu’ils promeuvent une théologie triomphaliste qui n’y laisse aucune place.

C’est cette réalité qui a poussé le docteur R. C. Sproul à écrire Surpris par la souffrance : « Je l’ai écrit… pour vous éviter d’être surpris par la souffrance lorsqu’elle vous atteindra… Je souhaite vous amener à comprendre que la souffrance est une vocation, un appel divin »[1]. L’auteur annonce sans ambages une perspective totalement théocentrique. Par exemple, il parle d’un homme qui « est allé voir son pasteur pour lui demander, très en colère : ‟Où était Dieu quand mon fils est mort ?” De manière posée le pasteur lui a répondu : ‟Au même endroit où il se trouvait quand son Fils est mort.”[2] »

Mais sa franchise ne l’empêche pas de faire preuve d’empathie envers les chrétiens souffrants, de discerner leurs questions et de répondre pastoralement à leurs défis. Il sait que « La souffrance peut user notre foi à la corde[3] ». Et il est capable de corriger tout en consolant : « Dieu ne nous promet pas de ne jamais nous donner plus lourd à porter que nous le voudrions. Il nous promet plutôt de ne jamais nous donner de fardeau plus lourd que ce que nous pouvons porter[4] ». Son enseignement s’enracine dans l’Evangile : « Si nous n’étions pas convaincus de la rédemption qui nous attend, la douleur en soi suffirait à nous mener au désespoir[5] ». Mais l’Evangile de Sproul n’est pas la version « vie en rose » : « Même cette rédemption ne suffit néanmoins pas toujours à nous éviter de côtoyer le désespoir…[6] » comme Job, Moïse ou Jérémie.

L’auteur consacre un chapitre entier à la souffrance de Jésus pour deux raisons suprêmement importantes : (1) Toute notre compréhension de Jésus est liée à la question de la souffrance car Il ne devient Rédempteur que par la souffrance du Calvaire. (2) Le sujet déchirant du sens de notre propre souffrance est lié à la souffrance de Jésus. Sproul explique ici en quel sens nous « participons aux souffrances de Jésus ». Ce chapitre nous est crucial, car il nous oriente vers le sens de la souffrance.

Au chapitre 3, par la vie de Job, nous découvrons une des vérités clés à saisir pour vivre chrétiennement dans la souffrance : Dieu change le mal en bien. Nous apprenons aussi que lorsque le plan divin derrière nos souffrances nous est incompréhensible, Dieu est lui-même la réponse à notre question sur le sens de nos souffrances. Dieu n’a pas demandé à Job « de faire confiance à un plan, mais à une personne[7] ».

Le chapitre 4 aborde la souveraineté de Dieu dans la souffrance au travers du livre de l’Ecclésiaste. « Au jour du bonheur, jouis du bonheur, et au jour du malheur, réfléchis : Dieu a fait l’un exactement comme l’autre… » (Ecc 7.14) Il aurait pu s’étendre bien plus sur ce sujet à l’aide de nombreux autres passages bibliques, mais le docteur Sproul aimait enseigner en se concentrant sur un ou deux passages pour nous obliger à digérer la vérité biblique qu’ils annoncent. C’est très édifiant pour ceux qui sont déjà plus ou moins convaincus. Mais d’autres auraient besoin de compléter cet aspect du livre en profitant des chapitres 2 à 10 de l’excellent ouvrage Puis-Je lui faire confiance ? de Jerry Bridges.

Le sujet de la mort occupe deux chapitres entiers. Combien c’est rare ! Il conclut cette partie en affirmant que la mort, elle aussi, est une vocation, « l’appel final » de notre pèlerinage ici-bas. (Ec 3.2) Ces chapitres sont très édifiants.

Le livre se termine avec quatre chapitres sur la vie après la mort et le ciel. Car c’est uniquement l’espérance de la gloire éternelle au-delà de toute mesure qui nous permet d’endurer les souffrances légères sur terre. (2 Cor 4.17-18) Ces chapitres m’ont semblé plus faibles que le reste du livre. Leur contenu était totalement biblique et bien pensé, mais j’ai eu l’impression de lire un survol de la doctrine de l’au-delà qui était un peu déconnecté du reste du livre.

Néanmoins, ce livre est une excellente ressource. Il contient de nombreuses perles de sagesse bibliques. L’enseignement est profondément enraciné en Christ. Sproul écrit de manière intéressante. Le but de l’auteur n’est pas de faire le tour du sujet, mais d’exposer, brièvement et clairement, les points fondamentaux afin d’éclairer et édifier le chrétien. Ce but est atteint. Ceux qui veulent aller plus loin et sont prêts à lire un livre de 400 pages avec 400 notes de bas de page peuvent lire l’excellent ouvrage de Tim Keller, La souffrance.


  1. P.9, italiques dans l’original ↩︎

  2. P.17 ↩︎

  3. P.13 ↩︎

  4. P.16, italiques dans l’original ↩︎

  5. P.20 ↩︎

  6. P.21 ↩︎

  7. P.47 ↩︎