
NATHA, Surpris par la crainte, La clé pour vraiment vivre avec Dieu, tr. de l’anglais (Surprised by Fear, 2021), Romanel-sur-Lausanne, La Maison de la Bible, 2023, 289p.
Dans certains contextes chrétiens, Dieu semble être pris à la légère. L’Évangile est formulé en tant que bonne nouvelle pour notre épanouissement plutôt qu’un appel à la repentance et à la foi pour le pardon des péchés pour jouir du royaume de Dieu. Notre louange à Dieu peut aussi en souffrir. Plutôt que de révérer le Seigneur en répondant à sa révélation de lui-même dans la Bible, nos chants de « louange » sont centrés sur nous-mêmes et offrent des notions vagues du réconfort que Dieu nous donne. Ce christianisme qui semble être plus conforme à notre milieu culturel qu’à la Bible affecte la formation des chrétiens dans nos Églises.
Natha, dans son livre Surpris par la crainte fait face à ce christianisme contemporain. Il estime qu’il n’y a plus de crainte de Dieu parmi les chrétiens et les conséquences sont dévastatrices pour notre piété personnelle. La thèse du livre est que la crainte de Dieu est la clé pour vivre vraiment avec Dieu. Il déclare que dans l’Église d’aujourd’hui, nous traitons Dieu comme un ami sur qui nous déchargeons nos soucis, mais nous oublions qu’il est le Seigneur souverain, devant qui nous devons à juste titre éprouver de la crainte.
Le livre est divisé en cinq parties et contient 18 chapitres. Dans la première partie, Natha montre que l’Église est malade (ch. 1). Il montre qu’il y a un écart entre la réalité de la vie menée par les chrétiens et ce que la Bible met en avant (ch. 2). Un des symptômes de l’Église malade est l’exode massif des millennials hors de l’Église (ch. 3). Dans la deuxième partie, Natha analyse le problème de l’Église. Il suggère que notre connaissance de Dieu est intellectuelle plutôt que personnelle (ch. 4). Nous nous cachons de Dieu pour ne pas faire face à notre péché (ch. 5). Nous évitons Dieu en nous distrayant avec les réseaux sociaux (ch. 6). Ces réseaux sociaux sont responsables de la propagation de faux enseignements qui présentent un christianisme sans douleur et sans efforts (ch. 7). Dans la troisième partie, Natha présente le thème de la crainte de Dieu. Il définit la crainte comme allant au-delà du respect (ch. 8). Il déclare que tout chrétien qui comprend la colère de Dieu contre le péché craindra Dieu (ch. 9). Le chrétien comprend sa mort au péché (ch. 10), et le Saint-Esprit le mène à craindre Dieu et à vivre dans la sainteté (ch. 11) et à haïr son péché (ch. 12). Dans la quatrième partie, Natha encourage les chrétiens à vivre dans l’urgence. Le retour de Jésus encourage les chrétiens à le servir maintenant (ch. 13), car il n’est jamais trop tard pour commencer (ch. 14). Il enseigne que bien qu’il soit facile de partager l’Évangile dans le monde de l’internet, il faut favoriser notre propre croissance spirituelle (ch. 15). Natha encourage ses lecteurs à poursuivre le christianisme marqué par la crainte de Dieu (ch. 16). Le livre se conclut avec une cinquième partie qui comprend deux chapitres pratiques. Il enseigne que la vie chrétienne consiste à haïr le péché et vivre intentionnellement pour éviter de pécher (ch. 17). Il donne des astuces pour vivre une vie chrétienne bien équilibrée (ch. 18).
Ce livre a des points forts. L’auteur souligne correctement l’importance d’une connaissance personnelle du Seigneur. Il a raison quand il dit que le thème de la crainte de Dieu est important et souvent négligé par les chrétiens aujourd’hui. Il présente des statistiques utiles pour comprendre l’état de notre société et de l’Église. Il évoque aussi des sujets importants tels que le problème des millennials qui quittent l’Église, de la pornographie et des distractions des réseaux sociaux.
Malgré ses points forts, il a aussi de nombreuses faiblesses. Le ton est parfois condescendant. Il présume savoir ce que ses lecteurs pensent (p. 6, 19, 22). Le commentaire « ce livre n’est pas pour toi si … tu ne supportes pas les vraies discussions » (p. 6) me paraît manipulateur. Il généralise lorsqu’il dit que « L’Église dans son ensemble est totalement désorientée » (p. 17). Il insinue que son livre est la seule solution pour sauver le christianisme lorsqu’il parle de la crainte de Dieu comme la clé pour vraiment vivre avec Dieu. Il me semble qu’il est plus raisonnable de dire qu’il s’agit d’une clé parmi d’autres. Paul écrit dans Romains 2,4 que c’est la bonté de Dieu qui nous pousse à changer d’attitude. Ce livre ne présente pas l’Évangile dans son entièreté. Natha ne parle pas de l’amour, de la miséricorde, de la joie, ou de la tendresse de Dieu envers ses enfants ! Pour ces raisons, bien que ce livre puisse être utile pour certains qui stagnent dans leur foi, j’ai du mal à le recommander.