Suicide assisté

Recension
Calendar18 septembre 2021
PersonJoël Favre
Couverture

Vaughan ROBERTS, Suicide assisté, tr. de l’anglais (Assisted Suicide, 2017), Éditions Clé, Lyon, 2021, 77 p.

Cet excellent livre de Vaughan Roberts tombe à point nommé. En effet, à l’heure où la France examine une proposition de loi sur le suicide assisté et qu’ailleurs en Europe francophone (Belgique, Suisse) cette pratique est dépénalisée depuis des décennies, il est crucial que les chrétiens puissent se positionner avec sensibilité sur ce sujet. Ce court ouvrage, facile à lire même pour un lecteur non averti, vient donc combler un grand besoin. Voici quels sont ces principaux points forts.

Premièrement, l’auteur aborde ce thème délicat avec beaucoup de compassion, et pour cause : alors qu’il se préparait à écrire ce livre, son propre père a appris qu’il était atteint d’un cancer en phase terminale, et il est mort quelques mois plus tard. Cela signifie qu’il n’aborde pas son sujet de façon froide et détachée, sans tenir compte des situations de vie complexes et douloureuses qui mènent une personne à envisager le suicide assisté. Au contraire, il a été personnellement confronté aux nombreuses questions complexes qui entourent cette problématique. Et cela se ressent dans la compassion et le souci pastoral qui se dégagent du livre.

Deuxièmement, l’auteur développe les arguments en faveur du suicide assisté avec suffisamment de clarté pour que nous en sentions toute la force. Si nous voulons être pertinents dans les contre-arguments bibliques que nous présentons, encore faut-il connaître les raisons pour lesquelles la majorité de la population est en faveur de sa législation. Vaughan Roberts présente fidèlement plusieurs arguments, comme la liberté de l’individu de choisir sa mort (de quel droit nous permettrions-nous de forcer des gens à continuer à vivre quand ça ne leur convient plus ? Après tout, comme l’affirme le slogan de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité, c’est leur vie : « Ma vie ! Ma mort ! Mon choix ! »), mais aussi le sentiment d’indignité lié à une perte d’autonomie (comment refuser à des personnes très âgées ou sévèrement handicapées, incapables de se laver et de s’habiller toutes seules, de mettre fin à leurs jours ? Dans les mots de Nietzsche : « Il faut mourir fièrement lorsqu’il n’est plus possible de vivre fièrement »). Mis bout à bout ce sont des arguments puissants en faveur du suicide assisté. Et ce livre nous permet de mieux les comprendre, pour mieux y répondre.

Troisièmement, l’auteur ne se contente pas d’exposer des arguments pragmatiques contre le suicide assisté, mais il démontre habilement que les grandes idées qui sous-tendent ce débat ont trait à notre vision de Dieu et de l’humanité – elles sont d’ordre théologique. Là où beaucoup de nos contemporains adhèrent à l’idée que nous ne sommes rien d’autre que des animaux très évolués, la Bible enseigne que nous sommes des « créatures » dans le monde de Dieu. Cela signifie, d’une part, que nous ne jouissons pas d’une liberté totale. C’est pourquoi, par exemple, ce n’est pas à nous de décider du moment où notre vie doit cesser. Mais, d’autre part, étant créés « à l’image de Dieu », nous sommes par là même revêtus de dignité. La vie d’un individu – y compris la nôtre – reste d’une grande valeur aux yeux de Dieu, même s’il est en perte d’autonomie ! Cela dit, nous avons apprécié qu’en plus de ces considérations spécifiquement théologiques, le livre fournisse quelques arguments pragmatiques contre le suicide assisté. Il est probable que, dans un premier temps, ce sont ces arguments-là qui interpellent ceux de notre entourage qui ne partagent pas la même vision de l’humanité que nous.

Enfin, l’auteur montre comment l’Evangile apporte la réponse ultime à ceux qui luttent avec ces questions de fin de vie. Il rappelle qu’en tant que croyants, nous sommes bien placés pour répondre directement à la peur de la mort qui hante nos semblables, car nous croyons en un Sauveur ressuscité ! Nous croyons qu’en Christ, comme le dit Vaughan Roberts, « la mort n’est pas la fin mais la porte s’ouvrant sur l’éternité » (p. 60). C’est un message d’espérance extraordinaire pour le monde ! Et l’auteur en est bien conscient. Il conclut donc le livre avec quelques bonnes idées sur la façon dont nous pouvons partager cet Evangile autour de nous, lorsque nos conversations portent sur le sujet.

Pour ces différentes raisons, je vous encourage vivement à acheter ce livre, à le lire et à le partager largement autour de vous. Bien sûr, vu sa taille réduite (77 pages seulement !), il ne s’agit que d’une introduction à ce sujet compliqué. Mais une introduction de grande qualité.