Stop au matérialisme !

Recension
Calendar29 juin 2024
PersonBoris Pospiszyl
Couverture

Will DAVIS Jr., Stop au matérialisme !, Se satisfaire de moins, tr. de l’anglais (Enough, Finding more by Living with Less, Revell, 2012) par Sainte-Rose FAY, Montélimar, Éditions CLC France, 2022, 219 p.

La première chose qu’il faut dire sur le contenu de ce livre est qu’il ne laissera aucun de ses lecteurs indifférents. Il est (à mon humble avis) impossible de lire cet ouvrage sans chercher par la suite ce qu’il est utile de changer ou de corriger dans notre rapport aux biens matériels que nous possédons et posséderons.

Le titre de l’ouvrage[1] englobe seulement la première partie (sections 1 à 2). Nous y trouvons plusieurs pistes bibliques qui nous aident à comprendre que la définition de ce que Dieu considère comme matériellement assez (suffisant) pour chacun d’entre nous est dérangeante parce qu’elle ne correspond pas à ce que nous espérions. L’auteur « craint que le standard de Dieu ne soit inférieur au [nôtre] »[2].

Il est très appréciable de voir la manière dont l’auteur ne vise pas à nous donner son point de vue personnel ou sa propre vision sur le matérialisme mais nous invite sans arrêt à constater ce que Dieu nous dit à ce sujet dans sa Parole. Nous sommes invités à regarder à Jésus-Christ, à son œuvre d’humiliation[3]. Lui que nous aimons appeler Roi des rois, Créateur de toutes choses, est mort sur la croix sans un sou. Davis nous incite à nous demander : quand Jésus a-t-il eu des difficultés pour savoir ce qu’il devait posséder ? La réponse est jamais.

La lecture de ce livre est très facile et abordable pour tout un chacun. Il y a beaucoup de témoignages qui rendent le contenu plus palpable. Plusieurs vérités sont affirmées avec délicatesse mais de manière marquante, ce qui aide le lecteur à mieux les retenir. Un exemple : lorsque l’auteur explique la méthode qui peut nous aider à bien définir notre niveau de vie matériel, il invite les chrétiens à regarder à leur espérance en ces termes : « Notre espérance, notre avenir et nos promesses se trouvent toutes en Dieu. Voilà comment vous savez que vous avez assez, parce que tout ce que Dieu a, vous l’avez »[4].

Pour ce que j’appellerais la deuxième partie du livre (sections 3 à 5), il est question principalement de la générosité des croyants. Ce livre encourage plus à donner qu’à posséder moins. Il faut reconnaitre qu’il y a un lien indéniable entre ces deux pôles mais la présentation semble disproportionnée par rapport au but du livre qui est de montrer « les avantages de vivre avec moins de biens matériels »[5].

Ce livre se veut provocateur[6] et nous pouvons dire que c’est réussi. Comme nous l’avons dit au début, cet ouvrage regorge d’encouragements à revoir notre attachement aux biens matériels, mais malheureusement l’insistance sur le fait de donner et distribuer ses biens à autrui est telle que nous nous sentons oppressés et une certaine culpabilité malsaine pourrait peut-être atteindre le lecteur. Cette insistance en fait un ouvrage difficile à offrir aux frères et sœurs de nos églises, même si un grand nombre serait au bénéfice d’une telle lecture.

Nous avons fortement apprécié les remarques de Davis sur certains versets qui sont notoirement utilisés à tort pour encourager les chrétiens à être généreux lors de la collecte du dimanche matin. Les lois sur la dîme dans le Pentateuque sont abordées mais avec justice, en les plaçant au bon endroit dans le cours de l’histoire du salut. Toutefois, plusieurs versets sont pris hors contexte[7] ou mal utilisés[8] ; au chapitre 5, l’auteur donne beaucoup de poids à une « vision » qu’il a eue lors d’une rencontre dominicale[9], et il peut être maladroit dans l’utilisation de certaines formules comme : « Le Saint-Esprit m’a parlé »[10]. Mais un lecteur chrétien averti ne sera pas désarçonné par ces approximations.

De manière générale, il s’agit d’un livre très encourageant qui marquera, pour la plupart de ses lecteurs chrétiens, un tournant important dans leur approche à leur attachement aux biens matériels, et cela, selon une vision biblique. La méthode directe et dérangeante pourrait être discutable mais il me semble qu’au final, cette cible est atteinte : se satisfaire de moins pour nous conduire à donner plus. Ce livre est pratique et praticable.


  1. La traduction littérale du titre original va aussi dans ce sens : « Assez : trouver plus en vivant avec moins ! » ↩︎

  2. Page 22 ↩︎

  3. Page 23 ↩︎

  4. Page 43 ; c’est nous qui soulignons. ↩︎

  5. Quatrième de couverture. ↩︎

  6. Ibid. ↩︎

  7. P. ex., à la p. 133, l’utilisation d’Actes 2.44-45 pour introduire une grande section sur la nécessité de donner une partie de ce que nous possédons même (ou surtout) si cela nous conduit à souffrir. ↩︎

  8. P. ex., à la p. 202, l’invitation faite au lecteur à partir de Matthieu 14.17-21 à remplacer les références aux pains et aux poissons par leur nom. Dans ce cas, il est difficile d’y voir une utilisation légitime par Davis de ce récit biblique. ↩︎

  9. P. 67 à 78. ↩︎

  10. P. 187 ↩︎