Si les minutes m'étaient comptées

Recension
Calendar14 juillet 2008
PersonCharles Kenfack
Couverture

Maurice DECKER, Si les minutes m’étaient comptées, Gestion du temps et service de Dieu, Bruxelles, le Bon Livre, 3e éd. rév. et aug., 2008 (Barnabas, 1990), 147 p

Si les minutes m’étaient comptées est un ouvrage de Maurice Decker qu’il faudrait absolument lire, tant les bienfaits de la réflexion proposée sont immédiats dans la vie du chrétien, et du serviteur de Dieu en particulier. Dans sa préface, Alfred Kuen trouve que ce livre « devrait être lu et relu par tous les chrétiens engagés au service de Dieu et tous ceux qui se préparent à un tel service » (p. 9-10). Le sujet traité est en effet d’une grande importance pour notre vie. Ce que nous faisons de notre temps – ce trésor de 86 400 secondes que Dieu nous accorde chaque matin et dont nous aurons à rendre compte (cf. Mt 12.36) – détermine simplement ce que nous faisons de notre vie !

L’auteur parle en homme avisé : ayant été secrétaire de la Fédération Evangélique de France pendant 20 ans, Maurice Decker a rencontré de nombreuses personnes, et il a pu voir les dangers qui guettent les hommes de Dieu sur cette question de la gestion du temps. Il est touchant de constater qu’il coudrait faire éviter à ses collègues cette perte de temps qu’il a observée ici et là de la part de serviteurs ignorants ou mal organisés. Pour ne pas perdre inutilement une partie de leur vie, de nombreux serviteurs consacrés tireraient certainement grand profile des recommandations simples et confirmées par l’expérience. Il est non seulement utile d’être conscient de ces « chronophage voraces » (p.74), c’est-à-dire ces mille et un rongeurs de notre temps, mais encore de pouvoir les éliminer, afin que l’œuvre de Dieu puisse être réalisée avec efficacité et sérieux.

Dans cet ouvrage, Decker passe en revue les question suivantes : l’emploi du temps, l’ordre, la cohérence dans l’action, le face à face avec Dieu et la formation biblique qui sont les priorités par excellence, l’importance du repos, l’importance de consacrer du temps pour la famille.

Nous aimerions donner un aperçu de cet excellent ouvrage au travers de huit petits flashes :

1er flash : Decker constate que peu de serviteurs sont informés et formés à la question de l’organisation du temps. De plus, parce qu’ils n’ont aucun parton humain derrière eux pour les stimuler et leur rappeler qu’il est temps de travailler, ces chrétiens courent le risque de la paresse, de l’activisme ou d’une mauvaise évaluation du temps, ce qui est générateur d’anxiété et d’insécurité. L’auteur met alors en avant la technique du contre-feu, la nécessité de « perdre » du temps pour bien organiser son temps (p. 19ss). Tout en nous gardant des excès, il nous invite à être maitre de notre temps pour mieux servir le Seigneur (p. 26). Comme dans tout l’ouvrage, l’auteur donne un bon nombre de suggestions pratiques quant à la manière de procéder, les pièges à éviter ainsi qu’une foule de conseils utiles.

2e flash : « Quand tu n’as pas de programme, tu programmes un échec » (paroles d’un inconnu rapportées à la page 27). En vue d’une saine efficacité dans le travail quotidien, l’auteur nous rappelle la nécessité de l’organisation. S’il est vrai qu’en s’arrêtant pour s’organiser on perd un peu de temps, cependant le gain pour plus tard est sans commune mesure. A l’exemple du vieux professeur qui enseigne à son auditoire à remplir son agenda de choses prioritaires, puis de choses secondaires, et seulement après de choses moins importantes (p. 28s), Decker conseille de construire un plan de travail hebdomadaire, en commençant par les choses prioritaires. Pour ce faire, les gestionnaires des tâches de nos ordinateurs (p. ex., celui d’Outlook) peuvent être des outils assez intéressants.

3e flash: L’auteur met en lumière l’importance de l’ordre qui contribue en effet à la sérénité, à une grande efficacité dans le travail (p. 44ss). Il fait remarquer que Satan sait utiliser le désordre pour marquer des points dans la guerre que nous menons contre lui (cf. Ex 32.25). L’ordre, dit Decker, c’est savoir remettre chaque chose à sa place, annoter, corriger immédiatement (p. 48s).

4e flash : L’auteur montre l’importance d’être tout entier dans notre action. A la suite des Sertillanges, Maurice Decker recommande de fuir par-dessus tout « le demi-travail ». Ceux qui, dit-il, restent longtemps dans leur bureau avec une attention lâche ne sont pas à envier, mais ceux-là qui rétrécissent leur temps et le traitent en profondeur. « Faites quelque chose ou bien ne faites rien. Ce que vous décidez de faire, faites-le ardemment, à plein collier », recommande l’auteur (p. 53). Pour une efficacité maximale, montre Decker, il est aussi utile de grouper autant que possible ce qui peut être fait dans un même élan d’effort (p. ex., dans le domaine des visites). L’art dans la construction d’un programme de travail hebdomadaire est de réussir à faire d’une pierre deux ou trois coups, ce qui épargne argent et fatigue inutile « tout en gagnant en efficacité » (p. 56). La cohérence dans l’action passe aussi par un elagage continuel des activités (cf. l’exemple des apôtres en Actes 6.2-4), de manière à poursuivre des buts bien definis et fournir un travail de qualité qui glorifie Dieu (p. 62).

5e flash : Le manque de temps pour se trouver seul dans la prière « provoque la desintégration spirituelle : (p. 69). Par ces propos de Charles R. Swindoll, Decker veut mettre l’accent sur le fait primordial de donner du temps à Dieu. Il n’est pas d’exemple plus parlant que celui de notre Maitre qui commençait ses journées en prenant un temps seul dans la prière (Mc 1.35-39). En effet, comme Alfred Monod le remarquait au soir de sa vie, il n’y a aucune force dans notre travail s’il n’est pas appuyé et animé par la prière (p. 70), ce qui implique qu’il nous faut veiller à maitriser ces « chronophages voraces » (p. 74) qui aiment à dévorer notre temps, en particulier les premières heures, normalement réservées au face-à-face avec notre Dieu et à l’étude en profondeur des Écritures (p.75).

6e flash : Que ce soit une bonne nuit de sommeil ou un changement de cadre ou d’activité, le repos est une nécessité vitale. L’adversaire sait exploiter nos états de fatigue où nous sommes particulièrement vulnérables. A nous de savoir dire non à certains engagements afin de ne pas crouler sous la charge de travail, quitte à déplaire pour un moment à notre interlocuteur ou être mal jugé (p. 99). « Repose-toi : on sert Dieu aussi par le repos », disait Martin Luther (p. 93). Maurice Decker nous fait comprendre que le besoin du repos implique qu’il faut apprendre à déléguer certaines activités à des personnes potentiellement capables. Il est ensuite nécessaire de laisser à ceux-ci « une certaine marge d’initiative tout en exerçant un contrôle discret », sans pour autant « traquer l’autre ou être toujours dans son dos ». En effet, à son propre rythme et par un autre chemin, celui-ci peut arriver au même, voire à un meilleur résultat (p. 103).

7e flash : Dans les nombreuses occupations du serviteur de Dieu, qui doit racheter le temps (1 Co 7.29), le risque d’oublier la famille est le plus grand. A ce sujet, Maurice Decker nous rappelle (p. 109) les injonctions de la parole de Dieu : « Si quelqu’un n’a pas soi des siens, et principalement de ceux de sa famille, il a renié la foi et il est pire qu’un infidèle » (1 Tm 5.8). Nous devons être conscients que « comme jamais auparavant, Satan s’acharne par tous les moyens à essayer de discréditer le ministère des serviteurs de Dieu en s’attaquant à leur vie de famille » (p.109).

8e flash : avant tout Decker veut diriger nos regard sur notre exemple suprême, Jésus-Christ, notre bien-aimé Sauveur et Seigneur qui en trois années de ministère public, « n’a jamais été en avance ou en retard sur l’horaire divin » (cf. Jn 2.3-4 ; 4.34 ; 7.1-8, 30 ; 8.20 ; 11.1-11 ; 9.4 ; 12.20-28 ; 13.1 ; 17.1-4 ; Mt 26.36-46) (p. 123).

Que l’on ne pense pas que l’ouvrage n’est que théorique ! Tout au long, l’auteur nous propose de nombreuses recettes et de nombreux exemples pratiques, en général illustrés par des dessins instructifs. On trouvera aussi en annexe de nombreuses fiches pratiques pour les planifications hebdomadaires ou pour le planning quotidien ou encore une suggestion pour la réalisation de fiches utiles à l’étude du texte biblique.

Comme on le voit au travers de ces huit petits flashes, la lecture de l’ouvrage_Si les minutes m’étaient comptées_ de Maurice Decker sera certainement un bon investissement pour celui qui veut apprendre à bien compter [ses] jours, à d’appliquer [son] cœur à la sagesse » (Ps 90.12).

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