Semeurs de bienveillance

Recension
Calendar7 mars 2026
PersonDemelza Soumagnas
Couverture

Évelyne FRÈRE-DATCHARRY, Semeurs de bienveillance, Cultiver des relations saines et authentiques, Marne-la-Vallée, Farel, 2024, 200 p.

Voici un livre qui attirera l’attention de tous ceux qui fréquentent les librairies chrétiennes. Ses illustrations vivantes, l’accent mis sur les relations et l’expertise de l’auteur en tant que conseillère conjugale et accompagnatrice spirituelle sont autant d’éléments prometteurs. Son appel à « manifester de la bienveillance envers les autres » semble important dans un monde marqué par des interactions humaines complexes et conflictuelles. N’aspirons-nous pas tous à la joie de relations harmonieuses et paisibles dans nos familles et notre entourage ?

Malgré ce désir noble de cultiver la bienveillance, j’ai trouvé l’argumentation de ce livre insuffisante à trois égards : le moteur, la méthode et la mission.

Premièrement, ce livre néglige le moteur de l’Évangile qui rend la bienveillance possible.
Les premiers chapitres de l’ouvrage sont consacrés à une meilleure connaissance de soi et l’importance de la bienveillance envers soi-même. L’auteur montre comment les jugements que nous portons et les émotions que nous ressentons révèlent nos besoins. Elle appelle ses lecteurs à prendre le temps de s’écouter pour définir leurs besoins. Il faut s’aimer soi-même pour aimer les autres et trouver un équilibre sain entre l’égocentrisme et le sacrifice. Malheureusement, cette approche s’apparente davantage à un livre de développement personnel qu’à un livre centré sur un Évangile salvateur. Le péché, la repentance et la croix sont absents. Jésus-Christ est guide, modèle et accompagnant, plutôt que Maître et Sauveur. Pour l’auteur, le sacrifice a des limites et l’amour de soi est primordial. Ces chapitres font écho à la sagesse du monde dans un jargon chrétien. J’ai ressenti un fort désir de lire la Bible pour me recentrer sur Jésus-Christ et son sacrifice qui me libère de mon égocentrisme et m’appelle à vivre un amour sacrificiel sans limites !

Deuxièmement, ce livre propose une méthode tirée de la psychologie mais pas centrée sur l’Évangile.
Une fois cette connaissance de soi acquise, la seconde moitié du livre nous montre comment faire preuve de bienveillance à l’égard des autres. Adoptant la méthode de la Communication Non Violente, l’auteur nous présente la bonne posture à adopter pour tisser des liens authentiques avec autrui. La bienveillance se manifeste par une meilleure écoute des autres et dans « l’écologie » de nos relations, en apprenant à donner, à recevoir, à demander et à refuser plus authentiquement. L’auteur insiste sur l’idée d’accueillir l’autre, une référence qui m’a renvoyée à Romains 15.7 « Accueillez-vous donc les uns les autres comme Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu. » L’auteur souligne que Dieu nous a accueillis tels que nous sommes. Mais Romains nous rappelle que cet accueil lui a coûté son Fils. C’est Jésus-Christ et son sacrifice qui nous permettent d’être accueillis par Dieu, et c’est lui qui me donne la capacité d’accueillir les autres. Apprendre une nouvelle méthode de communication ne sera pas suffisante. Un cœur, une intelligence et des émotions renouvelés par Christ sont indispensables pour aimer avec bienveillance. Pour croitre dans la bienveillance, j’aurais besoin de croitre dans ma connaissance de l’Évangile.

Troisièmement, la mission de cette croissance en bienveillance me semble mal comprise.
L’auteur conclut son ouvrage avec un appel à la bienveillance envers nous-mêmes et envers les autres pour « créer un monde plus paisible et harmonieux », pour « construire une société plus juste et fraternelle », pour « contribuer à la paix en nous et entre nous ». Cette conclusion est décevante. La mission de l’Église aujourd’hui n’est pas de créer la paix sur terre, mais d’agir pour la croissance du royaume des cieux ! La Bible est claire que la bienveillance peut agir dans ce sens (Jn 13.35, 1 P 2.12, 3.1-2). Si l’auteur appelle ses lecteurs à tout faire pour une vie paisible et harmonieuse, elle néglige l’appel de Christ à renoncer à soi-même pour prendre sa croix et le suivre. C’est ainsi que nous hériterons le royaume de Dieu, grâce à sa bienveillance, pour enfin devenir des êtres entièrement bienveillants.

Si le contenu tend vers le développement personnel, l’auteur a pris soin de terminer chaque chapitre avec un appel à l’action. A partir d’un résumé du chapitre, des pistes de réflexion, la méditation d’un texte biblique, une prière, un poème, elle insiste sur l’importance de progresser dans la bienveillance, un petit pas à la fois. Ce serait bien de voir davantage de livres chrétiens incorporer de telles ressources pour méditer et mieux appliquer le contenu.

Pour réfléchir plus sur comment cultiver des relations bienveillantes au sein de l’église, je recommande Prendre soin les uns des autres, 8 manières de cultiver les relations profondes d’Edward T. Welch[1]. Pour croitre dans la bienveillance par la puissance de l’Évangile, je recommande le livre Vous pouvez changer de Tim Chester (recensé sur Bibliodok)[2] qui démontre comment l’Évangile est le moteur de tout changement durable.


  1. Tr. de l’anglais (Caring for One Another, 2018) par Etienne SAUVAGEAU, Trois-Rivières [Québec], Publications chrétiennes, 2019, 84 p. ↩︎

  2. https://www.bibliodok.com/recension?x=vous-pouvez-changer (lien consulté le 29 avril 2025). ↩︎