Science et Foi

Recension
Calendar13 décembre 2025
PersonJean-Claude Parlebas
Couverture

Florian LAGUENS, Science et Foi, Les grandes controverses : Galilée, Darwin, Einstein, Artège, Perpignan et Paris, 2024, 239 p.

Voici un livre qui a l’avantage de passer en revue, et avec soin, plusieurs grandes controverses entre science et foi. Il se décline sous la forme de diverses enquêtes à travers l’histoire, depuis l’Antiquité jusqu’à la période contemporaine, avec la question sous-jacente : Peut-on, à la fois, croire en Dieu et s’attacher aux découvertes scientifiques ?

L’auteur est licencié en physique, mais aussi docteur en philosophie. Il est enseignant-chercheur à l’Institut de Philosophie Comparée (IPC) de Paris et au Collège des Bernardins.

Son ouvrage de recherche bibliographique approfondie s’adresse, d’une part, aux chrétiens qui s’intéressent à la confrontation des sciences et de la foi d’inspiration judéo-chrétienne, d’autre part, à tous les esprits curieux qui aimeraient mieux évaluer le bilan actuel des recherches. Ces recherches sont forcément toujours en cours, et jamais définitivement acquises.

Les deux dernières époques historiques, dites moderne et contemporaine, ont vu surgir des développements scientifiques nouveaux qui remettent en cause le vieil antagonisme entre science rationnelle et foi en d’anciens textes bibliques.

Trois étapes sont particulièrement examinées par l’auteur et structurent son ouvrage, à savoir, Galilée et l’héliocentrisme, Darwin et la théorie de l’évolution, enfin Lemaître et le Big Bang. Cependant, Florian Laguens ne se prive pas d’évoquer d’autres acteurs importants dans la patiente acquisition des connaissances : Platon, Aristote, Copernic, Kepler, Descartes (plutôt que Pascal !), Lamarck, Cuvier, Einstein, entre autres. Malgré ce balayage quasi encyclopédique de l’histoire des sciences, avec trois gros plans sur les 17e, 19e et 20e siècles, l’auteur reconnaît humblement ne pas pouvoir être exhaustif.

Compte tenu de sa propre confession catholique romaine, il cite abondamment plusieurs références papales et il s’intéresse plus particulièrement à trois figures de prêtres, de grande culture scientifique : Pierre Gassendi, Pierre Teilhard de Chardin et Georges Lemaître. On peut rappeler ici que la formation catholique des prêtres inclut une grande part d’acquisition de connaissances philosophiques.

Tout au long de son ouvrage, l’auteur analyse les découvertes successives et les débats qui ont suivi. Il présente des documents originaux et brosse les portraits des différents protagonistes. L’un des points forts de ce livre est de nous faire ainsi mieux comprendre les enjeux et les tensions éventuelles entre science et foi. L’autre point fort est indéniablement l’ouverture au rôle déterminant de la philosophie dans ce dialogue en question. Ce dernier point incite l’auteur à ne pas trancher définitivement et à rester beaucoup plus réservé que, par exemple, M.-Y. Bolloré et O. Bonnassies[1] ou S. Meyer[2] dans leurs conclusions respectives.

D’un point de vue théologique, et pour rester plus objectivement académique, le présent ouvrage n’aurait pas eu besoin de se référer aussi souvent à l’orthodoxie catholique romaine. Par exemple, p. 191, il est précisé que le récit de la Genèse est à lire à la lumière de la Tradition et du Magistère. Cette précision pourrait heurter certains lecteurs d’autres confessions de foi, les évangéliques par exemple, pour qui, l’interprétation des textes bibliques se fait principalement à l’aide de l’analogie de la foi (catholique, certes, mais dans le sens de l’universalité de la foi chrétienne des premiers siècles et non dans le sens plus tardif du catholicisme romain). On peut déplorer l’absence de références à certains travaux, publiés hors catholicisme[3]. Il y a aussi une coquille dans ce livre : la révocation de l’Edit de Nantes a eu lieu en 1685, et non, comme indiqué p. 25, en 1689.

Cependant, cet ouvrage rappelle qu’on ne peut pas exiger d’une discipline ce qui lui est impossible par nature de donner. Florian Laguens a donc un grand souci des limites intrinsèques qui concernent aussi bien le discours scientifique que le discours théologique. Il rappelle aussi que la science avance à partir d’anciens paradigmes vers de nouveaux paradigmes. Le paradigme le plus récent n’est pas forcément le dernier mot de la science. On acquiesce à la conclusion de l’auteur, p.231, qui s’inscrit dans la grâce générale de Dieu : « Contre le vent du soupçon et la marée du relativisme, contre les attaques répétées du scientisme, l’Eglise défend les aptitudes de la raison naturelle ». L’auteur termine son livre en citant 1 Corinthiens 13.6 : « L’amour met sa joie dans la vérité ». On pourrait aussi compléter cette citation par 2 Corinthiens 13.8 : « Car nous ne pouvons rien faire contre la vérité, nous pouvons seulement travailler pour la vérité » (Parole de Vie).


  1. Michel-Yves BOLLORE et Olivier BONNASSIES, Dieu, la science, les preuves, L’aube d’une révolution, Guy Trédaniel, Paris, 2021, 608 p. ↩︎

  2. Stephen MEYER, Le retour de l’hypothèse Dieu, Les découvertes scientifiques qui attestent de son existence, tr. de l’anglais (Return of the God Hypothesis, 2021) par Clara FRANCILLON, Guy Trédaniel, Paris, 2023, 622 p. ↩︎

  3. P. ex., Lydia JAEGER, Pour une philosophie chrétienne des sciences, Excelsis, Charols, France, 2000, 124 p. ↩︎