S’ouvrir à l’espérance

Recension
Calendar17 janvier 2026
PersonLaurence Koning
Couverture

Diane LANGBERG, S’ouvrir à l’espérance, Cheminer vers la guérison après le traumatisme de l’abus sexuel, Charols, Excelsis, 2024, 232 p.

Subir un abus, c’est être exposé au mal dans son expression des plus viles. Sans l’avoir voulu ni même imaginé, il nous a laissés seuls, nus, blessés et détruits dans le corps et dans l’être intérieur. Un traumatisme violent et profond, qui laisse des traces sur des années, des décennies. Parfois à vie.

Diane Langberg écrit cet ouvrage pour les rescapés. Elle désire leur transmettre un message concret d’espérance et de guérison en Christ. Car « être violé(e) de façon répétée et se trouver incapable d’arrêter ça, c’est, dit-elle, vivre la mort de l’espérance » (p. 142). Elle fait preuve de beaucoup d’empathie, de bienveillance, de douceur, de patience et d’amour — qualités essentielles pour l’accompagnement de telles situations.

J’en recommande la lecture. Il sera utile pour celles et ceux qui ont subi de tels abus comme pour les accompagnants, car il donne de bonnes clés pour comprendre l’expérience traumatique, ses symptômes et ses mécanismes ainsi que le vécu et les besoins des victimes. Qu’est-ce que l’abus, quels dégâts cause-t-il, comment le traiter, comment en guérir, où trouver de l’aide : sans tabous, tous les sujets sont abordés et nous donne à découvrir les étapes essentielles vers la guérison.

Cependant, même si Langberg ouvre de bonnes pistes sur la question de l’accompagnement spirituel, on aurait parfois aimé qu’elle aille plus loin dans la réflexion théologique[1].

  • Ainsi, le travail proposé sur la question de la vérité et du mensonge[2]. S’il nous aide clairement à comprendre le lien entre vérité et liberté en Christ, il aurait pu nous aider à voir comment concrètement laisser la Parole de Dieu faire ce travail pour « sauver l’âme » (Jc 1,21) : comment « ancrer » solidement les victimes dans la vérité biblique pour qu’elles grandissent dans leur connaissance de qui est Dieu, ce qu’il fait et comment il agit ?

  • Ainsi, la réflexion sur « Auschwitz et Dieu[3] » est utile, mais on aurait aimé voir comment Dieu est effectivement là dans tous les moments de notre histoire, y compris les plus sombres. Ce n’est pas parce qu’il n’intervient pas qu’il n’est pas là. Les Psaumes, par exemple, témoignent si bien de cela : c’est si bienfaisant de les lire, de les méditer et de les prier avec les personnes qu’on accompagne !

  • Ainsi aussi, l’autrice dit que « le mal de l’abus sexuel, c’est l’enfer qui remonte à la surface de la terre[4] ». Réduire le mal de l’abus sexuel à l’enfer, c’est paradoxalement fournir une excuse à l’auteur de l’abus. Or c’est du cœur de l’homme que viennent méchanceté, ignominie, égoïsme, manipulations (Mc 7,20-23) : du cœur humain — non de l’enfer !

  • Ainsi enfin, la compréhension de la Croix du Christ. L’autrice insiste sur la comparaison entre les souffrances de Jésus et celles des survivants, ce qui est utile. Elle prescrit à ce titre une lecture d’Esaïe 53[5] dans laquelle la victime est invitée à s’identifier à celui dont parle le prophète. Mais ce type d’analogie, s’il peut servir, a tout de même ses limites, notamment du point de vue de la signification théologique de la Croix : s’il n’a probablement pas vécu d’abus sexuel, cela ne veut pas dire que Jésus ne « comprend » pas ce que les victimes ont vécu. S’il connait mes souffrances parce qu’il en a vécues, la « Bonne Nouvelle » est bien plus grande encore !
    Sur la Croix, Jésus a vécu douleurs physiques et maltraitances, mais ce fut d’abord pour subir la haine des hommes contre Dieu et porter sur lui la colère de Dieu contre leur péché. Pour détruire le mal à la racine et pour nous donner l’espérance de la vie parfaite et éternelle avec le Père.
    Dans les Ecritures c’est ce qui constitue le socle de l’espérance du chrétien, au cœur même de ses souffrances[6]. Bien plus que celui qui compatit, Jésus est par excellence le Sauveur, le Seigneur, le rocher et la forteresse… L’auteur d’une vie nouvelle : quelle Bonne Nouvelle !

En conclusion, rappelons — en accord de fond avec Diane Langberg ! — que seul le Seigneur peut restaurer les victimes, à cause de l’espérance qu’il porte en Lui : il a souffert pour qu’un jour, nous ne souffrions plus jamais ! En attendant, au cœur de nos souffrances et des guérisons qu’il opère dans sa grâce, attachons-nous à la promesse certaine : il est avec nous « tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20).


  1. Cf. Dan ALLENDER, Enfance déchirée, Espoir pour les victimes d’abus sexuels durant l’enfance, Quebec/Lausanne, La Clairière, 1994, 234 p. ↩︎

  2. v. p. ex. p.190 sur la question. ↩︎

  3. p. 143. ↩︎

  4. p. 85. ↩︎

  5. p. 190. ↩︎

  6. v. p. ex. Job 19,23-27 ou Jc 5,7-12. ↩︎