Réjouissez-vous et tremblez

Recension
Calendar21 juin 2025
PersonValentin Allier
Couverture

Michael REEVES, Réjouissez-vous et tremblez, Pourquoi la crainte du Seigneur est une bénédiction pour le peuple de Dieu, tr. de l’anglais (Rejoice and Tremble, 2021) par Mikaël SAINT-OMER, Trois-Rivières [Québec], Publications Chrétiennes, 2022, 183 p.

La crainte de Dieu. Quelle question épineuse ! Que certains d’entre nous se sentent peu sûrs de leur appréhension de la crainte (est-elle de la peur ? du respect ? de la confiance ?), ou que d’autres veuillent la vivre davantage, ce livre approfondira la réflexion de chacun.

Ce livre est un tour de force. Michael Reeves balaie les idées simplistes et grossières concernant la crainte de Dieu, qui ont tendance à se retrouver trop vite à une extrémité du spectre : qu’il s’agisse d’avoir peur de Dieu, ou bien de n’avoir aucune peur de lui. Définissant deux types de crainte bibliques (« la crainte pécheresse » [ch. 2, p. 31ss] et « la crainte juste » [ch. 3, p. 51ss]), il parvient à regrouper avec cohérence toutes les données bibliques, et apporter beaucoup de clarté au sujet.

L’auteur, au-delà de ses grandes qualités pédagogiques, manie aisément un grand éventail de disciplines, donnant ainsi un large point de vue sur son sujet : théologie systématique, théologie biblique, théologie historique sont présentées succinctement mais efficacement par l’auteur.

On peut aussi apprécier les quelques notions qu’il utilise pour agrémenter son sujet : les étapes de Calvin concernant le Dieu créateur et le Dieu rédempteur liées à la crainte de son être, ainsi que la révélation de Dieu en tant que Père chez Athanase, qui définit la crainte filiale.

Cependant, l’exégèse et la systématique de l’auteur étant globalement bonnes, il a parfois tendance à aller un peu vite dans sa compréhension et sa démonstration de l’interprétation des textes exposés (p. ex., l’expérience de Jacob en Gn 28, p. 54, est interprétée comme menant à une crainte à cause de la bonté de Dieu, alors que l’on pourrait se demander si ce n’est pas plutôt à cause de sa puissance, bien que Dieu démontre sa bonté tout à la fois).

De plus, l’auteur a essentiellement recours à la théologie historique et cite abondamment des théologiens du passé, s’appuyant comparativement peu sur les Écritures elles-mêmes. Bien sûr, les théologiens du passé nous ont été donnés dans la grâce de Dieu (Ep 4.11ss). Mais à la lecture du livre, nous devrions avoir le réflexe d’examiner les Écritures pour vérifier que ce que l’on nous dit est exact (cf. Ac 17.11).

Par rapport au fond, l’auteur définit au départ deux types de craintes (« pécheresse » et « juste »). Il nous donne ainsi une vision bien plus large de la juste crainte de Dieu, la « crainte filiale ». Pourtant, il s’efforce ensuite d’évacuer toute notion de peur dans la juste crainte de Dieu. Pour ce faire, il s’appuie sur l’Histoire de l’Eglise, citant, par exemple, tour à tour Luther, Spurgeon, Bunyan et Calvin pour contrer Thomas d’Aquin (p.108-113) et définir « la crainte purement évangélique » (p.109). Cependant, des passages comme Matthieu 10.28, Hébreux 2.1-3 et Hébreux 12.25-29, s’adressant aux croyants, semblent les enjoindre à une certaine peur de Dieu, voire de l’enfer (sans parler même de Mc 9.43-50, Lc 12.41-48, etc.). Or, ceux-ci infirment parfois presque directement les dires des théologiens que l’auteur cite.

Finalement, l’on pourrait reprocher à l’auteur « le revers de la médaille » de son approche pastorale : en effet, l’ancrage dans la théologie historique, particulièrement à l’époque de la Réforme, permet à l’auteur de lutter contre une crainte servile de Dieu. S’il faut reconnaître que l’Eglise s’est longtemps rendue coupable de ce grand mal, et que cette tendance naturelle et pécheresse subsiste toujours en nous, nous pourrions nous demander si le risque pour l’Eglise évangélique contemporaine ne se situe pas à l’extrême opposée: avoir tellement évacué toute notion de crainte véritable, qu’il nous faille plutôt retrouver cet aspect oublié de la crainte.

En conclusion, ce livre manquait au monde chrétien. Apportant clarté à ce sujet trouble de la crainte de Dieu, il se révèle aussi profondément transformateur. L’auteur conclut en appliquant son sujet à ses lecteurs, cherchant à nous faire vivre la crainte de Dieu, pour ne plus avoir à craindre autre chose que lui (« l’Eglise redoutable », ch. 7, p. 145ss). Il souhaite également nous faire goûter par avance à un petit bout de notre avenir glorieux, où nous nous délecterons dans la crainte de Dieu (« Une extase éternelle », ch. 8, p. 169ss).

Alors, que nous soyons de ceux qui ne craignent plus, ou de ceux qui craignent tout sauf Dieu, prions que Dieu œuvre dans nos cœurs et se serve de ce livre pour sa gloire : qu’il soit craint dans nos vies !