
Antony PERROT, dir., Redécouvrir la sagesse biblique, Actes du colloque 2023, Vaux-sur-Seine (Interprétation), Charols/Vaux-sur-Seine, Excelsis/Edifac, 2024, 307 p.
Cet ouvrage collectif ne devrait pas être confondu avec un autre dans la même série, dont le titre contient aussi le mot « sagesse » et dont la jaquette est semblable[1]. Il s’agit d’un rassemblement d’articles abordant la littérature de sagesse biblique ainsi que des thématiques sapientiales connexes. Chaque contribution a bien sa place dans l’ouvrage, même si le bibliste, attiré notamment par l’étude de Proverbes, de Job et de l’Ecclésiaste, trouvera les chapitres 11 à 14 moins pertinents.
L’envergure de ce colloque de la Faculté de Vaux-sur-Seine, dont le livre présente les actes, est impressionnante, malgré le fait de ne pas viser à « faire le tour du sujet » (p. 7). En effet, en plus d’un traitement des trois livres bibliques de base, le livre englobe la littérature du Proche Orient ancien, comment prêcher sur Proverbes 10 à 31, le Cantique des cantiques, la perspective du Nouveau Testament, la contribution du livre des Proverbes à une éthique des vertus, ainsi que des considérations dans le domaine de la pédagogie, de l’éducation des enfants, de l’apologétique et de notre contexte socio-culturel. Seuls les Psaumes de sagesse se trouvent en marge du livre[2].
Il m’est arrivé par moments de me sentir légèrement mal à l’aise. Convient-il de parler de l’étude des textes du Proche Orient ancien comme étant « incontournable » (p. 38) ? Pourquoi « faire l’hypothèse que les promesses du prologue [du livre des Proverbes] est vrai » (p. 43[3]) ? Attribuer Proverbes 1 à 9 (des « proverbes de Salomon », 1,1) à la période perse (p. 46) est-il approprié ? Comment traiter la question du lieu de sagesse dans Job 28 sans évoquer le point culminant et la réponse fondamentale que constitue le verset 28 (p. 182 ; sur ce point précis, les contributions d’Emile Nicole [p. 94] et de Jacques Nussbaumer [p. 278] nous montrent la voie)[4] ?
Mais le sentiment qui prédomine est celui de la reconnaissance. Les contributions d’Antony Perrot (Proche Orient ancien) et de Jessica Abe (Ecclésiaste et son rapport avec d’autres parties des Ecritures) sont des synthèses bien utiles. Michaël Demange pose des jalons pour l’interprétation de Proverbes 10 à 31, et l’idée d’aborder la façon de les prêcher est bien appréciable. Le chapitre d’Emile Nicole sur la place du chapitre 28 dans le livre de Job, qui construit, à certains égards, sur des articles déjà publiés sous sa plume[5], est persuasif et permet un éclairage important pour la compréhension du livre de Job dans son ensemble. Marjorie Legendre montre la pertinence du livre des Proverbes pour notre vie et indique comment une éthique « déontologique » (de commandement) et une éthique des vertus sont bien cohérentes l’une avec l’autre en perspective biblique.
La contribution de Cédric Eugène (Cantique des cantiques ; ch. 7 du livre) semble brillante et est importante dans la mesure où son approche du livre connaît une vulgarisation particulière, en partie grâce à son don homilétique considérable[6]. Il faudrait un travail de longue haleine pour passer tout son article au crible des Ecritures en vue de déterminer si la structure complexe qu’il propose tient bien la route[7] (on note bien la conception égalitariste vers la fin, p. 164…)
Je termine en attirant l’attention sur le chapitre précieux de Henri Blocher qui fournit des précisions édifiantes sur l’articulation entre Proverbes et le Christ (p. 194-195) :
Jésus, étonnamment, fait son propre éloge, en particulier en Matthieu 11.29, ce que n’a fait aucun prophète. Mais c’est ce que fait la Sagesse en Proverbes 3.13ss et 8.11ss. Jésus appelle à venir à lui : là aussi il imite la Sagesse (Pr 4.5 ; 8.33ss). Il proclame ce message lui-même dans les rues et sur les places, et cela correspond à Proverbes 1.20ss et 8.2-3. Il requiert de ses auditeurs une conversion, de nouveau comme la Sagesse (Pr 1.22-23 ; 9.6). Il promet la satisfaction véritable…
Alain NISUS, dir., Amour de la sagesse, Hommage à Henri Blocher, (Interprétation), Charols/Vaux-sur-Seine, Excelsis/Edifac, 2012, 408 p. ↩︎
Mais on a bien noté des éléments à l’intérieur des ch. 8 et 10. Peut-être pourrait-on ajouter que l’épître de Jacques mériterait un article. ↩︎
C’est moi qui souligne. ↩︎
Dans ce même chapitre sous la plume de Sophie Ramond, le ch. 4 et le ch. 6 du livre du Deutéronome sont confondus à trois reprises. Par ailleurs, le nombre d’erreurs typographiques dans l’ouvrage en général est assez élevé, en tout cas au regard de la qualité de texte qu’on associe habituellement à Excelsis. ↩︎
« La théologie des amis de Job », Théologie évangélique 4, 2005, p. 3-17 ; « La crainte du Seigneur, commencement et fin de la sagesse », dans Alain NISUS, dir., L’amour de la sagesse, Hommage à Henri Blocher, Vaux-sur-Seine/Charols, Edifac/Excelsis, 2012, p. 49-73. ↩︎
P. ex., son webinaire de 2023 « Une heure pour comprendre Cantique des cantiques », https://toutpoursagloire.com/webinaires/webinaire-comprendre-cantique (lien consulté le 7 août 2025). ↩︎
Un étudiant à l’IBB, ayant effectué ce travail, apprécie l’article d’Eugène mais considère qu’il y a des difficultés en ce qui concerne la structure, entre autres. ↩︎