Qu’est-ce que la sainte cène ?

Recension
Calendar23 février 2022
PersonPascal Flament
Couverture

R. C. SPROUL, Qu’est-ce que la sainte cène ? (Questions cruciales), tr. de l’anglais (What Is the Lord’s Supper ?), Trois-Rivières [Québec], La Rochelle, 2021, 62 p.

Ce livre pourrait être utile à des personnes issues des milieux catholiques qui ont eu des contacts avec des frères évangéliques. Ils ont compris l’Evangile mais restent accrochés à leur tradition de la messe et ne voient pas en quoi c’est une hérésie. Ils comprendraient d’autant mieux l’aspect blasphématoire de l’esprit dans lequel est pratiquée l’eucharistie.

La structure du schéma thématique est très bien organisée dans le livre. Nous pouvons constater les origines de la sainte cène dans l’Ancien Testament et les liens faits avec le Nouveau Testament et dès lors avec Jésus-Christ. On comprend aisément que celui-ci est l’agneau pascal qui nous permet d’échapper à la colère de Dieu. Sproul exprime bien l’idée que nous sommes sauvés par Dieu et de sa colère (p.60) et que cela se voit dans l’histoire de la Pâque. Le regard vers le futur est illustré par le chapitre sur la consommation du royaume où la cène est un avant-goût du festin des noces de l’agneau.

La problématique de la cène est bien amenée, car se pose la question de savoir comment le Christ est présent lors de la cène. L’un des principaux points forts est la clarté de compréhension concernant les différences avec le catholicisme. L’hérésie catholique basée sur la philosophie d’Aristote est expliquée facilement par la définition des termes de celle-ci, par exemple la distinction entre « substance » et « accidents » d’une chose. Cela permet de comprendre la transsubstantiation. Nous saisissons dès lors la conception de Luther, à savoir la consubstantiation. Le rejet du point de vue de Luther par les réformateurs (Calvin notamment) trouve sa raison d’être dans la perception de l’omniprésence de Dieu. Après avoir mentionné quelques hérésies (de Eutychès, de Nestorius) à propos de la double nature de Christ, Sproul explique que le concile de Chalcédoine n’admettait pas de confusion des natures. Or les Luthériens estimaient que l’omniprésence divine avait été transmise à la nature humaine et que cela pouvait expliquer la présence physique de Jésus à plus d’un endroit à la fois (voir l’Institution chrétienne de Calvin, rubrique 17 au sujet de la réfutation de l’ubiquité du corps de Christ) et, en l’occurrence, dans les éléments. Sproul poursuit en maintenant que nous croyons en la présence réelle du Christ mais non physique. Relevant le principe théologique de Calvin, à savoir que le fini ne peut contenir l’infini, nous accédons à la compréhension de l’omniprésence de Dieu. Jésus pouvait donc bien dire qu’il allait partir et pourtant être toujours avec ses disciples. Sproul affirme aussi que les catholiques font de la messe une répétition du sacrifice unique de Jésus-Christ, ce qui est en totale opposition avec le Nouveau Testament (Jn 19.28-30 ; Hé 10.1-18).

Dans le dernier chapitre, Sproul met son lectorat en garde quant à prendre la cène indignement, parlant du danger de l’idolâtrie (adorer le pain qui serait devenu Christ dans la transsubstantiation). Le fait de « clôturer la table » (p.60) est une façon adroite de prévenir des conséquences graves énoncées par Paul.

Dans le dernier chapitre, on comprend bien le jugement de Dieu mais la bénédiction pourrait être un peu plus explicite. A la fin du chapitre on assimile bien la bénédiction de venir à la rencontre du Christ, à être en communion avec Lui et à recevoir le pain du ciel, mais le développement de ces bénédictions pourrait être plus détaillé (voir pour cela les chapitres 2 et 3 du Petit traité sur la cène de Jean Calvin).