Pères, soyez forts pour vos filles

Recension
Calendar3 décembre 2022
PersonBoris Pospiszyl
Couverture

Meg MEEKER, Pères, soyez forts pour vos filles, Dix secrets que tout père doit connaître, tr. de l’anglais (Strong Fathers, Strong Daughters: 10 Secrets Every Father Should Know, 2006) par Catherine WILDERS et Paul HUBERT, Perpignan, Artège, 2021, 272 p.

Dans la chanson bien connue de notre ami belge Stromae, on peut entendre : « Tout le monde sait comment on fait des bébés. Mais personne sait comment on fait des papas ». Quel père ne s’est jamais posé cette question : « Comment puis-je être un bon papa pour mes enfants ? » Il m’est arrivé et il m’arrive encore de me poser cette question… Le titre et sous-titre de ce livre laissent présager qu’une fois les dix secrets connus, nous saurons, nous papas, comment être de bons pères forts pour nos enfants – en tout cas pour nos filles. D’ailleurs, ce même titre cible un lectorat très précis : uniquement les pères et uniquement ceux qui ont des filles. Le contenu se concentre, bien sûr, sur ce lectorat mais réduit encore la cible en « cachant » les vérités bibliques les plus importantes pour certainement viser un public non-chrétien.

Dès la première page du premier chapitre, je suis interpellé par cette phrase : « Vous connaîtrez l’amour et la vénération qui ne peuvent provenir que d’une fille » (p. 17). Est-ce vraiment le but qu’un père doit rechercher en prenant soin de ses filles ?

Les trois premiers chapitres mettent en avant la responsabilité du père et l’importance qu’il a vis-à-vis de ses filles. Il s’agit d’un bon rappel. Il est vrai qu’à l’époque où tout va à mille à l’heure, les pères risquent d’être surpris par le temps passé une fois leurs filles devenues adultes. C’est bien aujourd’hui que leur présence auprès de leurs filles est importante. Mais là encore, Meeker va beaucoup trop loin en invitant les pères à être des héros pour leurs filles parce que, d’après elle, ceux-ci sont capables de combler les besoins les plus fondamentaux du cœur humain (p. 58). Cette affirmation est dangereuse pour deux raisons. Premièrement, cela met une charge excessive (impossible à assumer) sur les épaules des pères et, deuxièmement, cela détourne les regards du véritable besoin de nos filles, qui est le pardon de leurs péchés en Jésus-Christ. Ce dont nos filles ont besoin, ce n’est pas que leur père les comble mais qu’il les conduise vers Jésus-Christ qui seul peut les combler et transformer leur cœur (Ez. 36.26).

Il aurait été pertinent, comme le fait Shelly Wildman dans son livre L’éducation intentionnelle, de rappeler que les pères ne sont pas seuls pour accomplir leur tâche mais que Dieu est présent et souverain sur chaque situation, même celles qui semblent perdues d’avance.

Ce n’est pas que ce livre soit dénué de principes bibliques. Par exemple, dans le quatrième chapitre, l’auteur encourage les pères à enseigner l’humilité à leurs filles. L’argument présenté est que chaque personne a la même valeur due à son humanité. D’ailleurs, l’argument biblique[1] le plus explicite du livre se trouve à la page 99, puisque Meeker dit que, d’après la tradition judéo-chrétienne, nous sommes égaux parce que créés par Dieu. D’autres principes peuvent se révéler bibliques, comme le fait que nous sommes créés comme êtres relationnels (p. 99) ou que « les enfants naissent avec un sens inné que la vie est plus que ce qu’ils voient » (p. 196). Mais pourquoi, comme pour cette dernière affirmation, est-il difficile pour l’auteur de s’appuyer sur la Parole de Dieu et, dans ce cas, sur Ecclésiaste 3.11 ? A de très nombreuses reprises, elle écrit « des études montrent », mais ce qui nous intéresse, c’est ce que la Bible montre !

L’excellent ouvrage[2] d’Ann Benton, Les ados : comment les accompagner avec sagesse, est un bon exemple de ce qui convient. Elle nous encourage à agir avec nos ados d’après les riches enseignements du livre des Proverbes.

Il est possible de survoler le livre et d’en retirer des applications concrètes et certainement efficaces pour l’éducation de nos filles, mais cela à l’instar d’un « bon » livre sur l’éducation que nous trouvons dans les rayons de la FNAC.

Parmi les nombreuses approximations de l’auteur, relevons-en deux. Elle consacre tout un chapitre à encourager les pères à aider leurs filles à avoir des relations sexuelles le plus tard possible pour la raison suivante : elles risquent fortement d’attraper une MST[3] et de tomber en dépression. On est d’accord que les pères doivent encourager leurs filles à s’abstenir des relations sexuelles jusqu’au mariage[4], mais nous voulons nous appuyer sur les vérités bibliques autour du mariage et non sur des études.

Dans le chapitre 8 intitulé « Apprenez-lui qui est Dieu », on s’attendrait à voir enfin une présentation claire de l’Évangile de Jésus-Christ mais il n’en est rien. Pour Meeker, si l’on doit faire connaître Dieu à nos filles, c’est parce que des études ont démontré que les jeunes qui avaient une foi religieuse[5] sont plus stables psychologiquement et réussissent mieux. D’ailleurs, elle ne fait pas la différence entre chrétiens, juifs et hindous (p. 198) : tous sont invités à faire connaitre leur dieu à leurs filles. Quelle triste impasse au regard de l’unicité du Christ pour le salut.

En conclusion, même pour un non-chrétien, j’hésiterais à recommander ce livre. Il pourrait penser qu’au final le rôle d’un père est de faire en sorte que leurs filles réussissent une « bonne » vie terrestre. La réalité est que le souci primordial pour un père doit être la vie éternelle de sa fille qui ne peut être acquise qu’en Jésus-Christ. C’est le grand absent de cet ouvrage.


  1. Nous l’acceptons comme telle, si l’auteur prend en compte la création de l’homme à l’image de Dieu. ↩︎

  2. Centré plus sur la période « ado » de nos enfants. ↩︎

  3. Maladie Sexuellement Transmissible. ↩︎

  4. Là encore, Meeker est frileuse. Je cite : « D’autres les encouragent à attendre le mariage » (p. 135). Elle dit que c’est peut-être mieux mais n’en fait pas quelque chose d’important. ↩︎

  5. L’auteur reste très vague sur l’objet de la foi. Ce qui importe selon elle est de l’avoir. ↩︎