Parlons mieux !

Recension
Calendar6 août 2021
PersonValentin Mazur
Couverture

Nicolas FOUQUET, dir., Parlons mieux !, 13 théologiens décryptent 13 expressions évangéliques à la lumière de la Bible, Marpent, BLF, 2021, 154 p.

La langue de Molière se voit attribuer de nombreux coups ces dernières années en raison de la place grandissante qu’occupent médias et réseaux sociaux. Ceux-ci ont pour effet d’encourager les slogans réducteurs et accrocheurs et appauvrissent notre langage en favorisant une forme attrayante au détriment du fond. Cette habitude impacte également le mouvement évangélique en nous faisant perdre l’exactitude de notre vocabulaire chrétien. Et alors que certaines institutions laïques craignent que la simplification du langage nous fasse perdre le sens de certains concepts, nous pouvons encore plus nous en inquiéter lorsque nous réalisons les enjeux bien supérieurs et l’importance des mots lorsque nous parlons de la Bible et de ses enseignements. Cet ouvrage met en lumière ce phénomène et tend à analyser si notre manière de parler, à l’heure actuelle, est réellement en phase avec les données bibliques, ou si elle est suffisamment précise pour décrire ce que la Bible enseigne.

« Tu dois accepter Jésus dans ton cœur » ; Dieu aime le pécheur mais pas le péché » ; « Bienvenue dans la maison de Dieu » ; « Je me suis baptisé(e) » ; « Bénis ces aliments, Seigneur »… Ce livre présente 13 expressions dont certaines sont tellement omniprésentes dans nos milieux qu’elles nous font sourire et nous incluent directement dans la réflexion des auteurs. Cette remise en question nous propose d’envisager l’implication et les enjeux de ce que nous affirmons. Pour ce faire, l’ouvrage présente d’abord une introduction qui relève les problèmes potentiels de notre façon de parler et de décrire les choses. Il propose ensuite une vérification en profondeur d’expressions que nous retrouvons fréquemment dans nos milieux ou que nous utilisons de manière désinvolte.

Une des grandes richesses de cet ouvrage est de pouvoir visiter ou revisiter la plupart des doctrines fondamentales qui se cachent derrière nos expressions et ce que nous enseigne la Bible à ce sujet. Les différents auteurs apportent alors correction et exactitude au lecteur. Ils visent à faire prendre conscience de la portée et de la profondeur de ce que nous affirmons de manière légère ou inexacte. Ainsi, la doctrine du péché, du salut, de la conversion, de notre responsabilité et culpabilité vis à vis de Dieu, mais aussi de l’eschatologie (doctrine des choses dernières) permet un bon survol des piliers de la foi chrétienne et nous fait prendre conscience d’à quel point nous devons les considérer avec soin dans nos expressions et cet ouvrage sera donc rafraichissant en cela.

Les auteurs y démontrent que, parfois, notre utilisation de certaines expressions relève d’une mauvaise compréhension des textes bibliques (ex : la compréhension d’Apocalypse sur le fait d’accepter Jésus dans son cœur). Ceux-ci incitent alors le lecteur à plus d’exactitude biblique et ils présentent sans détour ni compromis la situation qui est la nôtre et les dangers que cachent certaines de nos expressions (p. 31). La conclusion de chaque chapitre expose l’implication et les enjeux tout en reconnaissant l’ambiguïté de certaines expressions ainsi qu’une invitation à la remise en question.

Ce livre ne prétend aucunement constituer une liste exhaustive de telles expressions mais est un appel à la précision du langage dans le but de glorifier Dieu au maximum. En cela, cet ouvrage est un bon encouragement à la réflexion.

Selon nous, ce livre doit être considéré comme le point de départ d’une remise en question personnelle qui devra se développer par la suite. Il ne devrait pas être un outil pour pointer quiconque du doigt ou pour une réforme du langage en masse, étant donné le caractère succinct de celui-ci. Nous pensons que son but est plus de la réflexion et de la remise en question personnelles. Il est inutile de vouloir changer la manière de parler de tous les membres de notre Église ou de nos amis chrétiens à l’aide de ce seul ouvrage.

Un aspect négatif, dû au choix de format assez bref de ce livre, est qu’il peut être parfois difficile de couvrir des sujets assez denses en si peu de pages. Certains chapitres demanderaient un approfondissement pour mieux comprendre la pensée de chaque auteur (voir p. 145ss). Cependant, pour remédier à cela, des ouvrages sont proposés à la fin de chaque chapitre pour répondre à d’éventuelles incompréhensions ou pour pousser la réflexion plus loin.

Cet ouvrage résolument pratique vise particulièrement la jeune génération qui est sous l’influence d’un langage tape-à-l’œil. Il saura toutefois interpeller toute personne exposée à ce phénomène ou habituée au jargon évangélique. Il peut donc offrir une bonne remise en question sur l’importance du langage de tout chrétien.