
R. C. SPROUL, Nous sommes tous des théologiens, Une introduction à la théologie systématique, tr. de l’anglais (Everyone’s a Theologian, 2014) par Danny THERRIEN, Trois-Rivières [Québec], Publications Chrétiennes, 2022, 366 p.
Vers quel ouvrage devrait se tourner un(e) jeun(e) croyant(e) assoiffé(e) de la parole de Dieu et désirant en particulier synthétiser les vérités bibliques, domaine par domaine ? L’Institution de Calvin ainsi que les manuels de Henri Blocher et de Paul Wells sont trop poussés pour lui/elle. La Théologie systématique de Grudem et le Précis de doctrine chrétienne de Jules-Marcel Nicole risquent de l’être également, quoique à un degré inférieur. Il y a des options : Nouveau catéchisme pour la cité, Introduction à la théologie évangélique (ou bien La foi d’hier pour une ère nouvelle) sous la direction de Kevin DeYoung, L’essentiel des grands thèmes de la Bible de William Clayton ou Soif de plus ? de Benjamin Eggen (ce dernier n’est pas recommandé uniquement pour les jeunes – mais pour tout[e] jeune[e] croyant[e] !)
Lorsqu’une option supplémentaire dans cette dernière catégorie arrive sur le marché, on pourrait estimer que ce n’est pas utile. Bien plus, si cette option supplémentaire était la traduction d’un long livre rédigé par un Américain de conviction presbytérienne et soucieux de citer régulièrement des expressions en latin, on pourrait décider de ne plus s’y intéresser. Mais l’« introduction à la théologie systématique » (ainsi le sous-titre) de R. C. Sproul est un ouvrage d’une très haute qualité, d’une fidélité doctrinale courageuse, exhaustif[1], mettant en avant des distinctions précises et justes, contenant des aphorismes précieux[2], facile à lire[3], rempli d’illustrations et d’anecdotes clarifiant les propos de façon admirable[4], édifiant. L’auteur n’hésite pas à faire appel au lectorat pour qu’il prenne la parole de Dieu au sérieux et à en signaler les enjeux[5]. La forme du livre est bien soignée^[Un(e) lecteur/lectrice basé(e) en Europe risque de tiquer par moments face à l’emploi de certains termes (« revenir à la table à dessin », p. 21 [à la place de « revenir à la case départ »] ; « laïcité » et « laïc » [termes connotés de façon particulière pour un lectorat français qui devrait comprendre « sécularisme » et « séculier » ; « récipiendaire » dans le contexte des sacrements).]. Non seulement je le recommande à l’intention de jeunes croyant(e)s, mais encore j’encourage des croyants mûrs à en profiter à titre de « cours de recyclage ».
Sproul (1939-2017) a fait ses preuves en tant que théologien réformé conservateur et pédagogue doué. Il cite avec autorité les théologiens du passé, faisant l’interaction avec le catholicisme, le libéralisme et la philosophie de diverses époques. On peut souhaiter qu’il cite plus de données bibliques[6] pour étayer ses propos, mais il renvoie souvent à ses propres ouvrages à titre de lectures complémentaires recommandées pour l’approfondissement[7]. On peut ne pas contresigner tous ses propos sur les alliances, les sacrements et le but du rassemblement chrétien[8], et on peut être intrigué par son point de vue sur le millénium/le retour du Christ, mais force est de constater qu’il est normal de ne pas s’aligner avec tout dans un ouvrage de ce genre et de cette taille ; à mon sens, les faiblesses sont peu nombreuses. La section sur la sotériologie (la doctrine du salut) est particulièrement réjouissante.
L’auteur a l’humilité de ne pas exagérer l’importance de la théologie systématique par rapport à d’autres disciplines relevant de l’étude des Ecritures[9]. Mais, comme l’indique le titre, Nous sommes tous des théologiens, la question est de savoir si nos convictions théologiques sont solides. Avec l’aide de cet ouvrage, elles peuvent le devenir (davantage). Les 60 chapitres sont courts et de longueur plutôt égale. Une façon excellente de profiter de ce livre serait de lire un chapitre par jour sur une période de deux mois. Bonne lecture !
On aurait peut-être pu souhaiter que Sproul propose un chapitre sur la doctrine de la clarté des Ecritures et/ou un court développement expliquant la distinction entre la sanctification statutaire et la sanctification progressive. ↩︎
P. ex., « Théologiquement parlant, Dieu est ses attributs » (p. 76 ; c’est lui qui souligne ; « Esaü a reçu la justice, Jacob a reçu la grâce ; aucun des deux n’a reçu l’injustice » (p. 247) ; « Nous ne sommes pas justifiés par une profession de foi, mais par la possession de la foi » (p. 270 ; c’est lui qui souligne). ↩︎
Il aurait été possible d’éliminer un grand nombre des expressions en latin sans que le contenu en pâtisse. Voici trois exemples parmi bien d’autres. A la p. 233, « authentique » aurait été préférable à « bona fide ». A la p. 283, « corps mixte » suffit : nous n’avons pas besoin de connaître l’expression latine sous-jacente chez Augustin. A la p. 324, « résurrection du corps » suffit sans que l’équivalence latine soit citée. ↩︎
P. ex., p. 75, 126, 136, 178, 182, 294, 355, 360, 362. ↩︎
P. ex., p. 112. ↩︎
Ce recenseur aurait apprécié l’inclusion d’un index de références bibliques ainsi que de noms. ↩︎
Mais, à la p. 53, il recommande au lectorat d’approfondir le sujet du canon sans proposer des pistes de lecture. ↩︎
Par ailleurs, le fait d’être porté vers des explications étymologiques de termes techniques l’induit en erreur aux p. 283 et 289. ↩︎
P. 58. ↩︎