
Gilles GEORGEL, Notes sur Ezéchiel, Romanel-sur-Lausanne, Scripsi, 2023, 381 p.
La prophétie d’Ezéchiel met en relief[1] une réalité importante : c’est l’Eternel qui est Dieu. Elle comporte cependant des difficultés, et bien des croyants ont besoin d’aide pour aborder le livre sans se sentir décontenancés.
Selon la quatrième de couverture, l’ouvrage de Gilles Georgel est un « commentaire profond », une « très bonne référence pour une étude fouillée de ce livre biblique ». Ce marketing est excessif, mais le titre (Notes) ne suffit pas non plus ! Il est plutôt question d’une initiation au livre d’Ezéchiel – d’une première approche qui conviendrait à des jeunes croyants ou à des croyants plus mûrs mais n’ayant pas étudié ce livre biblique.
L’ouvrage est bien écrit et se lit facilement. Il est synthétique et édifiant. Il comporte de bonnes explications et enjoint régulièrement le lectorat à prendre au sérieux le Dieu qu’on rencontre dans la prophétie d’Ezéchiel. Georgel a un don particulier pour formuler des aphorismes utiles, par exemple, « La grâce triomphante de Dieu est le plus beau mystère de l’Ecriture » (p. 111) ; « La plus belle servitude que nous puissions connaître est celle qui nous place dans la dépendance de notre Dieu » (p. 116-117).
Alors que j’aurais à cœur de recommander cet ouvrage pour des lectures bibliques personnelles (« cultes personnels »), j’hésiterais à le faire à cause de l’interprétation « littéraliste » (au pied de la lettre) prônée à partir du chapitre 34 (du livre d’Ezéchiel comme du livre de Georgel). Pour des raisons que je développe dans mon livre sur la théologie biblique[2], il me semble nécessaire de comprendre que les prophéties (sur la terre, le temple, les sacrifices[3]…) se réalisent non pas « en Israël » (p. 315) mais en Christ et dans un nouveau cosmos. Par ailleurs, j’ai été troublé par l’idée que la conversion doive précéder la régénération, même si l’auteur reconnaît bien que « [l]a purification d’un cœur, d’une vie est entièrement l’œuvre de Dieu » (p. 280).
Si les lectrices et lecteurs de Notes sur Ezéchiel pouvaient profiter, en parallèle, de l’introduction au livre d’Ezéchiel ainsi que des « notes de section » dans la Bible d’étude du Semeur[4], cela leur permettrait de bénéficier d’un autre point de vue sur les prophéties en question et d’un plus grand accent sur le plan large du message global du livre – tout en tirant profit des forces du livre de Georgel. Mais, idéalement, on disposerait d’une traduction du commentaire de Christopher Wright[5] (comme c’est déjà le cas pour Jérémie), et, à un niveau supérieur de technicité, nous attendons la parution des notes de cours préparées par Sylvain Romerowski dans la suite de la série Les livres des prophètes[6].
Plus de 70 fois (« plus de 50 fois », p. 310, n’est pas faux, et vaut surtout pour la forme « ils sauront que je suis YHWH », p. ex., Ez 6,14 ; cf. Daniel I. BLOCK, The Book of Ezekiel, Chapters 1-24 [New International Commentary on the Old Testament], Grand Rapids/Cambridge [Royaume-Uni], Eerdmans, 1997, p. 39) ↩︎
James HELY HUTCHINSON, La nouveauté de la nouvelle alliance, Charols, Excelsis, 2022, 334 p. ↩︎
Concernant les sacrifices, Georgel plaide en faveur d’une « valeur de rappel » et non pas propitiatoire (p. 321), et il reconnaît bien que les sacrifices que nous, croyants, offrons sont d’ordre spirituel (cf. Rm 12,1 ; Hé 13,15) : « Le sacrifice offert par Christ est unique, mais les nôtres sont multiples, variés et renouvelables à l’infini » (p. 335). ↩︎
Bible d’étude Semeur 2015, Charols, Excelsis, 2018, p. 1256ss. ↩︎
Christopher J. H. WRIGHT, The Message of Ezekiel, A New Heart and a New Spirit (Bible Speaks Today), Leicester/Downers Grove, IVP, 2001, 368 p. ↩︎
Voir recension sur www.bibliodok.com du premier ouvrage dans la série : Sylvain ROMEROWSKI, Les livres des prophètes, vol. 1, Introduction générale aux livres des prophètes, Abdias—Joël—Amos—Osée—Michée (A l’étude de la Bible), Nogent-sur-Marne, Institut Biblique, 2023, 337 p. ↩︎