Ne suis-je que mon cerveau ?

Recension
Calendar30 mars 2024
PersonJoël Favre
Couverture

Sharon Dirckx, Ne suis-je que mon cerveau ?, tr. de l’anglais (Am I Just My Brain ?, 2019) par Claire Romerowski, Marpent, BLF Éditions, 2023, 176 p.

Dans ce court ouvrage, Sharon Dirckx propose une introduction très utile à des sujets extrêmement importants. Car, comme elle l’explique dès les premières pages, la réponse à la question « Ne suis-je que mon cerveau ? » a des implications pour le libre arbitre, la robotique, l’éthique et la religion. Les enjeux sont donc considérables !

Dans les chapitres 1 et 2, elle expose les trois grandes théories visant à expliquer la relation entre l’esprit et le cerveau qu’elle explorera dans les chapitres suivants : le « physicalisme réductionniste », qui soutient que l’esprit est le cerveau, et que nous ne sommes donc rien de plus que notre activité cérébrale (ch. 3) ; le « physicalisme non-réductionniste », selon lequel l’esprit est le produit du cerveau, et que notre esprit est donc entièrement soumis aux activités du cerveau ; ainsi que le « dualisme de substance », qui soutient que l’esprit est indépendant du cerveau, et que nous sommes donc composés de deux « substances », une immatérielle et l’autre matérielle (ch. 4). C’est évidemment la troisième de ces options que défend l’auteure, qui ne fait pas de sa foi chrétienne un secret ! Dans la deuxième partie du livre, elle applique cette théorie à trois domaines, qui sont : le libre arbitre (ch. 5), la croyance religieuse (ch. 6) et l’expérience religieuse (ch. 7). Elle conclut par un dernier chapitre intitulé « Pourquoi est-ce que je pense ? » afin de ramener le lecteur à l’Évangile, en soulignant que si Dieu nous a dotés d’un esprit conscient, c’est pour que nous puissions le connaître !

Quels sont les points forts de ce livre ?

Premièrement, sa facilité de lecture. Contrairement à ce que peut laisser penser le résumé ci-dessus (!), le livre de Sharon Dirckx se lit aisément, même pour un lecteur n’ayant aucune base en neurologie ou en philosophie. Évidemment, certains termes et concepts employés seront nouveaux pour la majorité des lecteurs. Mais le glossaire en début d’ouvrage (p. 15-17) et les nombreuses illustrations utilisées au fil du livre en rendent la lecture agréable.

Deuxièmement, l’expertise de son auteure. Sharon Dirckx sait de quoi elle parle. Elle est titulaire d’un doctorat en imagerie cérébrale de l’université de Cambridge et possède plus de 10 ans d’expérience en IRM fonctionnelle. Elle est également une apologiste chrétienne et conférencière renommée. Elle s’appuie sur tous ces domaines d’expertise pour présenter son argumentation.

Troisièmement, son approche holistique de l’être humain. Sharon Dirckx fait un excellent travail en soulignant les contradictions de notre culture. D’une part, certains prétendent que les neurosciences et la psychologie ont élucidé le mystère de l’âme (qui ne serait autre que notre cerveau) et que nous ne sommes rien de plus que des « machines pré-programmées » par notre biologie. D’autre part, certains affirment avec autant de véhémence que l’âme est l’essence même de la personne, qu’importe ce qu’il advient du corps. C’est le cas notamment de nombreux défenseurs de la cause transgenre, pour qui la biologie ne compte pas – l’âme étant le siège de notre véritable identité ! Entre « machines pré-programmées » ou « fantômes désincarnés », notre société est traversée d’échos contradictoires au sujet de l’être humain. Comme l’explique l’auteure : « L’un des objectifs de ce livre est de montrer que le choix entre ‘fantômes’ ou ‘machines’ n’a pas de sens. Il existe des façons plus nuancées d’appréhender notre monde, et qui donnent un sens plus cohérent à l’être humain, à la science et à la vie quotidienne » (p. 44). L’auteure opte pour une conception holistique, unifiée de l’âme et du corps, qui s’accorde particulièrement bien avec le témoignage biblique.

Quatrièmement, son accent évangélisateur. Ce livre n’est pas réservé aux chrétiens. Bien au contraire ! Il est évident que l’auteure s’adresse à un lectorat plus large. Elle démontre avec brio l’impasse d’une vision du monde athée matérialiste, tout en présentant le christianisme comme l’option la plus crédible. Au fil du texte – et sans que cela semble hors de propos – l’auteure explique le sens de la mort de Jésus sur la croix ainsi que le message de la grâce (p. 118-121, p. ex.) et invite à une rencontre personnelle avec le Sauveur ressuscité (p. 144-148). Si donc vous avez des amis non-chrétiens qui s’intéressent au développement des neurosciences ou de l’intelligence artificielle, ou aux questions philosophiques sur le libre arbitre, ce livre est une excellente idée de cadeau !

S’il fallait émettre une seule critique, ce serait que le livre donne parfois l’impression d’être trop ambitieux dans l’éventail des sujets abordés : robotique, handicap, expérience de mort imminente, libre arbitre, et j’en passe. Un livre de 176 p. est trop bref, à notre avis, pour traiter adéquatement autant de sujets différents. A part cela, ce livre est une ressource précieuse pour tous ceux qui veulent progresser dans leur compréhension de l’être humain.