Méditation sur le Notre Père

Recension
Calendar18 décembre 2021
PersonJames Hely Hutchinson
Couverture

Jacques BUCHHOLD, Méditation sur le Notre Père, La prière modèle à laquelle Jésus nous a soumis (Eclairages), Charols/Vaux-sur-Seine, Excelsis/Edifac, 2021, 157 p.

Ce livre est un exposé rigoureux et précieux du sens et de la signification du Notre Père. Etant donné l’importance du sujet et la qualité du travail exégétique, nous pouvons rendre grâce à Dieu pour la diffusion, sous forme de livre, de ce qui étaient à l’origine des mini-conférences apportées dans le cadre d’une Eglise strasbourgeoise par un spécialiste évangélique renommé du Nouveau Testament.

Persuadé que les clauses du Notre Père « devraient constituer les têtes de chapitre de notre livre de prière et gouverner ce que nous demandons librement au Père dans nos relations personnelles et communautaires avec lui » (p. 11), Jacques Buchhold voudrait contribuer à la compréhension que nous croyant(e)s avons de chaque expression et proposition de cette prière-modèle. A cette fin, il considère la structure globale de la prière, l’importance du contexte de la version de Matthieu au sein du Sermon sur la Montage, et – majorité du livre – chaque clause à tour de rôle.

Plus on a pu avancer dans des études bibliques et théologiques, plus on sera en mesure de profiter pleinement de l’argumentation technique de l’auteur. En effet, bien que le livre soit édifiant, tout lectorat ne serait pas à l’aise en abordant certaines explications développées, des détails lexicaux et l’appel fait à la littérature intertestamentaire. Selon l’auteur, « ce livre n’est pas un travail académique » (p. 12), mais il est certainement le fruit d’études approfondies[1]. C’est là un atout au regard des « éclairages » propres à la collection de livres à laquelle cet ouvrage appartient, mais force est de constater que le titre pourrait induire en erreur : on a davantage affaire à une explication qu’à une méditation. Même le côté « application » du livre relève en grande partie de la mise en évidence d’erreurs théologiques (p. ex., la théologie de la prospérité, le « dominionisme[2] », l’ascétisme) ; encore une fois, ce n’est aucunement une faiblesse, mais il est utile de savoir de quel genre de « méditation » il s’agit.

La capacité de l’auteur à faire convenablement appel à l’arrière-plan vétérotestamentaire ou à des passages parallèles pour éclairer les clauses de la prière est hautement appréciable. Certains voudraient nuancer les propos de Buchhold concernant le pardon (mais il renvoie à son livre Le pardon et l’oubli pour une démonstration complète), et sa prise de position sur la quatrième demande (« Donne-nous aujourd’hui notre pain de demain[3] ») est controversée. Mais, page après page, il ne manque pas de stimuler son lectorat[4].

Parmi les observations que j’ai trouvé particulièrement enrichissantes est celle-ci : même lorsque nous prions dans le lieu secret, la porte « verrouillée[5] » (conformément au contexte immédiat précédent de la version de Matthieu), il ne faudrait pas perdre de vue la dimension communautaire qu’impliquent les mots « Notre Père[6] » (p. 42-43).

Que nous puissions saisir avec une précision accrue le sens de chaque clause du Notre Père et ainsi prier avec confiance et de façon de plus en plus conforme à l’instruction de notre Maître.


  1. Dans la bibliographie, l’absence du commentaire de Carson sur Matthieu est surprenante. ↩︎

  2. Le combat spirituel mené en vue de conquérir la culture pour le Christ (et notamment la religion, l’éducation, l’économie, la politique et les arts, les médias et la famille). Buchhold explique que les adeptes de ce mouvement « ont particulièrement été influents dans l’entourage du président Trump » (p. 62). ↩︎

  3. C’est nous qui soulignons. ↩︎

  4. En vue d’une seconde édition, signalons ces quatre modifications typographiques : (1) « ce que nous vivons » (ajouter le pronom, p. 46) ; (2) « 72, rue de Sèvres » (p. 91) ; (3) « jouit » (p. 98) ; (4) « 2 Samuel 24.1 » (p. 119). ↩︎

  5. C’est l’auteur qui propose cette traduction pour Mt 6,6. ↩︎

  6. Italiques dans l’original (du livre de Buchhold). ↩︎