
Philippe VIGUIER et Kevin STAUFFER, Manuel pour la conduite du culte, Lyon, Editions Clé, 2020, 295 p.
On ne peut s’empêcher de sourire en lisant le compte-rendu que fait Kevin Stauffer de sa conversation avec le pasteur Florent Varak, après son arrivée dans l’Eglise de ce dernier en 2002 : « Pourquoi insister pour chanter un cantique à l’improviste, alors que les musiciens ne le connaissaient même pas ? » ou encore « Est-il sage d’amplifier la voix de l’animateur (président) du culte alors qu’il chante vraiment faux ?! »[1]
Dans leur ouvrage Manuel pour la conduite du culte, Philippe Viguier et Kevin Stauffer se sont donné pour mission de nous convaincre de « réfléchir à pourquoi vous faites les choses de telle ou telle manière dans le culte de votre Eglise »[2]. Le mot-clé de leur livre est donc « l’intentionnalité », un appel à glorifier Dieu par une réflexion biblique approfondie concernant tout ce qui se passe lors du culte, le rassemblement du dimanche d’une Eglise locale, en vue d’adopter des pratiques qui édifient celle-ci et glorifient Dieu.
Le résultat est un travail sérieux, qui communique un souci clair pour le bien de l’Eglise et un amour évident pour l’Evangile et le peuple de Dieu.
L’ouvrage commence par établir des principes bibliques pour le culte avant de passer aux étapes de la mise en pratique. Selon Viguier et Stauffer, le but des cultes est de « revivre l’Evangile »[3], et ils s’attachent à expliciter les conséquences de cela. Ils font de nombreuses observations pertinentes, nous enjoignant d’inclure certaines expressions de l’Evangile dans nos cultes, comme « la confession des péchés, la confession de foi, l’engagement de l’assemblée dans des réponses et des affirmations faites à haute voix, la lecture des Ecritures »[4]. Cependant, la majorité de leur attention porte sur ce que les auteurs appellent la louange, la musique dans l’Eglise, et l’appel à s’en servir avec joie.
Une fois les principes bibliques établis, les parties suivantes développent les rôles dans la conduite du culte et les différentes composantes d’un culte, exemples à l’appui. Il y a une vraie richesse de ressources présentées, avec contributions de plusieurs intervenants : dix astuces pour ceux qui s’occupent de l’accueil[5], un enseignement perspicace sur l’argent et les offrandes[6], des commentaires sur comment bien choisir les chants (pour n’en mentionner que quelques-unes).
Le livre s’achève avec des fiches techniques détaillées concernant la sonorisation et la musique dans l’Eglise - on apprendra même la différence entre un micro omnidirectionnel et un micro cardioïde[7] !
Le titre de « manuel » est bien approprié, car l’étendue du contenu en fait un véritable ouvrage de référence pour équiper les différentes personnes dans leur tâches précises. Néanmoins, cette approche laisse parfois le lecteur sur sa faim : on aurait envie de voir certaines réflexions plus développées, mais le livre passe au prochain sujet. De même, la progression de la pensée à travers les chapitres manque parfois de clarté.
Je trouve que c’est particulièrement le cas pour ce qui concerne la définition de la louange selon les auteurs. Au début le livre, Viguier et Stauffer affirment que « la louange en musique est un outil parmi d’autres pour louer et adorer Dieu »[8], mais dans le reste de l’ouvrage ils utilisent le terme « louange » pour désigner simplement la musique et le chant dans l’Eglise. Connaissant la position de Viguier et Stauffer à ce sujet, je suis persuadé que c’est un défaut de vocabulaire plutôt que de théologie en ce qui les concerne. Toutefois, étant donné certaines des idées trop souvent véhiculées concernant le temps de louange en musique, notamment qu’il offre la possibilité d’entrer dans la présence de Dieu, alors que nous y sommes déjà tout le temps si nous sommes en Christ, il me semble important d’être vraiment clair dans notre terminologie pour contrer ces notions qui dévalorisent l’œuvre de Christ.
Quoi qu’il en soit, l’ouvrage contient beaucoup de conseils et d’observations pertinentes qui pousseront tout pasteur et responsable d’Eglise à bien réfléchir sur ce qui est fait dans le contexte du culte, et les outils fournis seront d’une grande utilité pour tous ceux qui prennent part à l’organisation du culte.
Ce qui transparaît clairement dans le livre, c’est le souci que tous, de l’architecte du contenu d’un culte jusqu’à la personne qui gère la sonorisation, soient conscients de la réflexion biblique nécessaire derrière les décisions à prendre. Risquez-vous de donner l’impression que le chanteur est le héros du jour plutôt que Jésus Christ ?[9] Ce livre rappelle qu’il nous incombe de mettre Jésus seul en avant dans tout ce qui est fait lors de nos rassemblements.