
Florent VARAK avec Philippe VIGUIER, Manuel du prédicateur, Du texte au message, Lyon, Clé, 2017, 314 p.
« J’ai tant de choses à lire : », se dit le prédicateur « la Bible, les commentaires, les dictionnaires bibliques… dois-je lire un livre sur la prédication en plus ? »
La réponse est oui ; si nous voulons apporter de meilleures prédications, il faut faire des efforts pour progresser dans cette tâche (2 Tm 2,15) ! Et ce livre de Florent Varak, écrit avec Philippe Viguier, nous aide à mieux comprendre l’art, la technique et la tâche spirituelle de la prédication[1].
L’ouvrage est tellement en phase avec ce que j’enseigne dans la série de cours d’homilétique de l’IBB que j’aurais peur d’être accusé de plagiat, n’eût été que j’ai écrit mes cours avant que ce livre ne paraisse !
Comme dans chaque livre portant sur la prédication, il comporte des sections sur les applications et les illustrations, ainsi que sur l’herméneutique. Ce livre couvre de nombreux autres domaines : il parle de Dieu, du Saint-Esprit, de l’Evangile, de l’Eglise, de la conversion et de la maturité.
Véritable boîte à outils et source d’encouragement, ce livre nous permet d’adapter la prédication à l’auditoire, pour lui montrer la pertinence du message prêché. Il nous enseigne comment utiliser les langues bibliques (cela selon les différents niveaux de connaissance du lecteur). Une autre section établit la pertinence d’une « proposition centrale », en soulignant la différence entre une proposition peu utile et celle qui va rendre la prédication claire et mémorable. Les prédicateurs seront aussi encouragés à apporter des conclusions qui soient des pistes d’application concrète[2].
Ce livre explore plusieurs éléments que je n’ai pas vu abordés ailleurs. Par exemple, il considère les émotions dans un texte biblique et comment les traiter[3] et aussi les émotions du prédicateur qui s’investit dans son message (« C’est une forme de dévoilement, de combat spirituel, de dépassement de soi, qui enthousiasme et qui épuise en même temps. Tellement d’heures ont été investies pour ce moment, tellement d’attentes et d’anticipation. Et soudainement, la prédication est terminée… [4] »).
Franck Segonne intervient pour la partie sur la présentation multimédia et comment l’utiliser au mieux[5].
Ce manuel est écrit pour équiper le lecteur à la préparation d’une prédication que les Français appellent « textuelle »[6]. On sent que Varak a pratiqué cette approche pendant 20 ans et est convaincu que c’est un avantage pour lui et pour l’Eglise[7]. En supplément, il traite de la façon de prêcher différents genres littéraires dans la Bible : les textes narratifs, la loi, les paraboles, les épîtres, etc.[8]. J’apprécie le fait qu’il ne dit pas seulement ce qu’il faut éviter mais aussi ce qu’il faut privilégier pour enseigner ceux-ci. Et ce qu’il propose sur la façon de prêcher les Proverbes et les Psaumes donne vraiment des idées intéressantes.
Est-ce que ce livre vise uniquement les prédications expositives ? Non, plusieurs parties seraient pertinentes pour d’autres types de prédication aussi.
Ce livre est utile pour un nouveau prédicateur (les écueils du prédicateur débutant sont finement observés[9]) ou quelqu’un qui doit prêcher dans une situation qui lui est peu familière, comme un mariage par exemple[10].
Pour un prédicateur occasionnel, il est fort pratique ; des exercices nous aident à savoir comment faire. Il nous met en garde contre des illustrations à éviter, par exemple[11].
Et pour un prédicateur chevronné, l’ouvrage va servir à ouvrir nos yeux sur quelques mauvaises habitudes ou insuffisances que nous sommes capables d’ignorer. J’ai trouvé pertinent, par exemple, qu’il nous demande de ne pas relayer les exhortations du texte sans réfléchir à la pratique courante de l’Eglise particulière qui se trouve devant nous (il se peut qu’elle soit déjà bien avancée dans tel ou tel domaine)[12]. Ou comment connaître la culture peut nous aider à jeter un pont pour le message[13].
Peut-être que ce livre risque de ne pas être lu à cause de sa longueur[14]. Certainement, sa lecture nécessitera du temps, et les exercices encore plus ! Mais au moins cet achat aura été un bon investissement ! Je recommande donc de lire ce livre à un rythme plus lent, pour améliorer réellement nos prédications petit à petit.
Ce manuel représente un atout pour la préparation de prédications pour nos Eglises.
P. 17-20. ↩︎
Cinq types de conclusion, p. 210-211, puis des exemples de conclusion, p. 211-214. ↩︎
P. 130-133. ↩︎
P. 231-232. ↩︎
P. 215-219. ↩︎
P. 53. Nous préférons l’expression « prédication expositive » d’Alfred KUEN, Comment prêcher ou l’art de communiquer l’essentiel, Saint-Légier, Emmaüs, 1998, p. 79-82. L’approche est la même ; il s’agit de prêcher en donnant le sens d’un seul passage biblique précis. Cf. « La prédication expositive : pourquoi la privilégier ? », Le Maillon, printemps 2014, p. 6-8, https://www.institutbiblique.be/article?x=la-predication-expositive-pourquoi-la-privilegier. ↩︎
P. 56. ↩︎
P. 243-261. ↩︎
10 erreurs sont énumérées, p. 23-24. ↩︎
Obsèques p. 264-268 ; mariages p. 268-273. ↩︎
P. 141-142. ↩︎
P. 161. ↩︎
P. 163-164. ↩︎
Pour un plus petit livre qui couvre les grandes lignes du sujet, voir David HELM, La prédication textuelle, Comment bien communiquer la Parole de Dieu aujourd’hui (9Marks), tr. de l’anglais (Expositional Preaching, 2014) par Nathalie SURRE, Trois-Rivières, Cruciforme/BLF, 2016, 166 p… ↩︎