Manuel de grec du Nouveau Testament

Recension
Calendar19 octobre 2024
PersonCharles Kenfack
Couverture

Régis Burnet et Pierre-Edouard Detal, Manuel de grec du Nouveau Testament, Paris, Cerf, 2023, 298 p.

Si vous désirez vous lancer dans l’apprentissage du grec afin de pouvoir lire le Nouveau Testament dans sa langue originale, ce qui serait une démarche plus que louable[1], les options ne sont pas fort nombreuses. Outre certains ouvrages classiques (comme celui de J. W. Wenham, mais épuisé)[2] ou spécifiques (Ellul et Flichy)[3], les libraires présenteront vite trois auteurs sur le podium : Erwin Ochsenmeier[4], Pierre Létourneau[5] et Jeremy Duff[6]. Si l’ouvrage du premier est solide et bien construit, il apparaît parfois soutenu et un peu complexe pour le jeune débutant. L’ouvrage de Létourneau présente beaucoup d’avantages, mais l’absence de corrections des exercices le rend difficile d’utilisation pour un autodidacte. Jusque-là, le manuel de Jeremy Duff remportait la médaille d’or, de par sa clarté, son aspect progressif dans l’apprentissage, ses exercices corrigés en fin d’ouvrage… mais, la nouvelle de la fin de son édition a été une mauvaise surprise pour tous ceux qui attendaient de pied ferme une édition corrigée de ce manuel. Heureusement, quelques mois plus tard (mars 2023), est arrivé le « substitut du Duff ». Ce nouveau venu se présente désormais comme étant l’ouvrage indispensable pour quiconque désire être initié au grec biblique, afin d’en saisir les bases grammatico-syntaxiques, préalable pour lire le grec néotestamentaire.

Un coup d’œil comparatif entre les deux derniers ouvrages en date s’impose. Si Régis Burnet était déjà l’un des traducteurs (avec D. Denjean) de la version anglaise de l’ouvrage de Jeremy Duff, il s’est maintenant associé avec Pierre-Edouard Detal pour produire le Manuel de grec du Nouveau Testament (Grammaire – Exercices – Vocabulaire, avec corrigé des exercices), Paris, Cerf, 2023, 298 p.

Mise à jour et améliorations. Très vite, le lecteur se rendra compte que le nouvel ouvrage apparaît comme une (petite) mise à jour et amélioration de l’ouvrage de Jeremy Duff, qui, rappelons-le, n’est plus édité. Quelques exemples :

  • Le titre de chacun des 20 chapitres, tant chez Duff que chez Burnet, est resté identique ;
  • La police choisie par Burnet, plus fine et nette, donne une mise en page aérée, ce qui est fort appréciable ;
  • Nous apprécions le petit « précis de grammaire française » fourni au début de l’ouvrage (pp. 15-21) ;
  • Les aides mnémotechniques pour apprendre les mots grecs à partir des mots français dérivés restent fort utiles ;
  • Les autres apports substantiels que nous avons notés sont : le tableau récapitulatif sur les prépositions (p. 59), l’explication de pourquoi le « epsilon » placé devant le verbe s’appelle « augment » (p. 71). Certaines sections ont été reformulées : la préface (p. 7) ainsi que plusieurs paragraphes (ex. pp. 83, 91, 101).

Correction de fautes. L’essentiel des (nombreuses) fautes présentes dans l’ouvrage de Duff a été corrigé : « vit » au lieu de « voit » (p. 101), D (et non F) à la p. 103, « il guérit » au lieu de « ils guérissaient » (p. 105) ; les sens de « katabainô » et « anabainô » (p. 125) qui étaient inversés chez Duff ; « en mon amour » (p. 128) au lieu de « en ma paix » précédemment, les abréviations sont corrigées dans le tableau p. 148, « rusamenos » (p. 156) au lieu de « rusomenos » précédemment ; le paragraphe « 15.6 Comprendre le moyen » est reformulé et est désormais plus clair (p. 169), p. 177 (« kec » au lieu de « kef »). A la p. 218, l’inversion entre « apodose » et « protase » et le tableau de cette page ont été corrigés.

Malheureusement, certaines fautes sont restées en l’état : les sens de « ékei » et « ékeithen » (p. 117), le renvoi au paragraphe « 8.3.4 » (c’est « 3.3.4 » qui était attendu), p. 133. La liste des « verbes irréguliers » (p. 201) annoncée pour la fin de l’ouvrage demeure toujours introuvable, comme chez Duff… A la p. 208, la formulation exacte est « Augment Radical verbal Aoriste second actif indicatif » (augment manque).

Mais… Les améliorations apportées aux éléments peu clairs et aux fautes de Duff ont pour la plupart été corrigées. Signalons ici qu’avec le format (pages plus petites) de la nouvelle mouture, de nouvelles fautes (très rares) sont apparues. C’est le cas du tableau de la p. 72 (6.3 Le sens des temps) dont le contenu de la troisième colonne ne correspond pas, pour les deux dernières lignes du tableau. Il faudra probablement attendre une deuxième édition pour voir les éléments soulignés ci-dessus corrigés.

Malgré ces observations, l’ouvrage reste remarquable[7]. Voilà pourquoi nous le recommandons sans hésitation à toute personne désirant apprendre le grec néotestamentaire, tout comme à toute personne désirant réviser ses bases en grec ou perfectionner ses connaissances dans la langue, dans le but de lire et/ou approfondir le texte du Nouveau Testament. Nous croyons en effet que l’acquisition des connaissances en grec peut contribuer à faire de vous un serviteur qui dispense avec beaucoup plus de droiture la Parole de Dieu (2Tm 2.15).


  1. Cf. le troisième principe de fonctionnement de l’IBB (la rigueur dans l’étude des Ecritures) et l’article « Les langues bibliques : pourquoi les étudier ? », Le Maillon, été-automne 2011, https://www.institutbiblique.be/article?x=les-langues-bibliques-pourquoi-les-etudier (consulté le 30 novembre 2023). ↩︎

  2. John W. WENHAM, Initiation au grec du Nouveau Testament (Grammaire – Exercices – Vocabulaire, avec corrigé des exercices), Paris, Beauchesne, 1994, 276 p. ↩︎

  3. Danielle ELLUL et Odile FLICHY, Apprendre le grec biblique par les textes, Paris, Cerf, 2010, 345 p. ↩︎

  4. Erwin OCHSENMEIER, Cours de grec du Nouveau Testament, Charols, Excelsis, 2007, 268 p. ↩︎

  5. Pierre LETOURNEAU, Initiation au grec du Nouveau Testament. De l’alphabet aux phrases complexes, Montréal, Mediaspaul, 2010, 360 p. ↩︎

  6. Jeremy DUFF, Initiation au grec du Nouveau Testament, Paris, Beauchesne, 2010, 291 p. ↩︎

  7. Il est utilisé à l’Institut Biblique de Bruxelles comme manuel de base pour l’apprentissage du Grec néotestamentaire. Pour des raisons pratiques, cet ouvrage est subdivisé en 3 parties de 7, 7 et 6 chapitres correspondant respectivement aux cours « Grec 1a », « Grec 1b » et « Grec 2a ». ↩︎