
Gary CHAPMAN, Les Saisons du Mariage, tr. de l’anglais (The Four Seasons of Marriage, 2005) par Sonia ARTIGUEBERT, Pontault-Combault [France], Farel, 2006, 208 p.
Gary CHAPMAN et Catherine PALMER, Les promesses du printemps : Quand l’amour se renouvelle, tr. de l’anglais (Four Seasons of Marriage: #1 It Happens Every Spring, 2007) par François ROSSO, Paris/Perpignan, Artège, 2021, 464 p.
Les titres de ces deux ouvrages frapperaient l’œil et susciteraient assez rapidement l’intérêt de n’importe quel couple marié, que ce soit depuis peu ou de longue date. En effet, quel époux ou épouse ne souhaiterait pas atteindre l’objectif que leur auteur propose, celui « d’inviter les couples à toujours se diriger vers une saison [de mariage] plus enviable ou à demeurer dans leur saison qui est agréable »[1] !? Quel bel objectif ! Mais bien sûr, tout dépend de la manière d’y arriver.
Le chrétien qui désire avoir un mariage solide qui resplendit véritablement (Ep 5,22-33 ; Ap 21,1-8) le voudra fondé sur les vérités bibliques. Or, c’est là où le bât blesse, car ces fondations essentielles y sont absentes, laissant le lecteur avec une bonne dose de sagesse humaine.
Si nous écrivons une seule recension pour ces deux ouvrages, c’est parce que l’un est basé sur l’autre. Dans Les saisons du mariage, Gary Chapman présente sa théorie concernant les saisons du mariage ainsi que sept stratégies pour échapper aux mauvaises saisons (automne et hiver) et passer aux saisons plus agréables (printemps et été). Le roman Les Promesses du Printemps : Quand l’amour se renouvelle sert d’illustration des idées développées dans le premier livre en présentant l’histoire fictive d’un couple marié depuis vingt-cinq ans dont le mariage est en péril.
De l’utilité de l’ordre de la sagesse humaine
L’auteur décrit le vécu du mariage comme les saisons d’une année : le printemps est l’époque du renouveau et d’optimisme par rapport au futur[2] ; l’été est la saison où les rêves du printemps s’accomplissent[3] et le couple connaît la satisfaction et la confiance dans sa relation ; l’automne est marqué par des prémices de détérioration dans le couple sans pour autant que cela soit visible[4] ; l’hiver est la saison où le couple arrête d’agir de manière unie et la froideur règne dans leur relation[5]. A la différence des saisons naturelles, celles du mariage comme proposé par Chapman ne suivent pas forcément le même ordre et n’ont pas toutes la même durée. Elles peuvent être vécues à plusieurs reprises et le passage de l’une à l’autre dépend de la volonté du couple[6]. La saison du mariage peut être identifiée par la combinaison de trois facteurs : les émotions, les attitudes et les actes[7]. Soyons clairs, cette métaphore du mariage n’est mentionnée nulle part dans la Bible. Cela dit, l’évaluation maritale que propose Chapman a une certaine pertinence à un niveau purement expérientiel.
Les sept stratégies[8] mises en avant pour passer aux saisons plus agréables (ou pour y demeurer) ont une certaine utilité. Il faut avouer que mettre en pratique les conseils présentés par Chapman dans ces stratégies revient à faire preuve d’amour envers l’autre et à chercher son bien, et permet dans une certaine mesure d’édifier son union. Sans que la Bible soit mentionnée dans ces stratégies, l’éthique qui y est présentée ne va pas à l’encontre des Ecritures (p. ex., 1 Co 10,24 ; Ga 5,15 ; Ep 4,2 ; Ph 2,3). Nous dirions même que ces stratégies présentent des illustrations concrètes de la mise en pratique de certains commandements bibliques.
Des éléments essentiels manquants
Pour être juste envers l’auteur, Chapman ne prétend nulle part nous présenter un point de vue biblique ou même chrétien du mariage. Son but est clair : aider les couples à être épanouis. Au fond, il offre des valeurs chrétiennes sans le cadre solide de la Bible, et sans les motivations de l’Evangile et la puissance du Saint-Esprit qui permettent de lutter contre son égo ainsi que dans les moments difficiles. Dans ce sens, ces livres sont centrés sur le couple et non sur Dieu. Le premier livre serait attirant pour le non-croyant qui n’éprouvera aucune occasion de gêne. Il n’y a aucune mention de l’institution divine du mariage (Gn 2), ni des raisons, ni des buts du mariage (Gn 2,4-25 ; Ep 5,22-33). Il n’y a aucune mention du péché, ni des manières spirituelles de lutter contre celui-ci (prière, méditation de la vérité de l’Evangile, exhortations entre chrétiens). Chapman s’appuie sur des vérités anthropologiques et psychologiques pour justifier ses propos. En outre, ses cinq langages de l’amour ont pour but de remplir le réservoir affectif ou émotionnel de l’époux/épouse, ce qui aura comme résultat de lui apporter un meilleur équilibre émotionnel, voire de l’épanouissement, tout en renforçant les liens du mariage[9]. Mais comme l’affirme un auteur évangélique bien connu : « Ce n’est que si mon réservoir émotionnel est rempli de l’amour de Dieu que je peux être patient, fidèle, tendre et ouvert avec ma femme quand les choses vont mal dans la vie ou dans notre relation »[10]. Si Dieu a créé le mariage et que l’on a pour but ultime la joie, le bonheur et la stabilité du couple, alors nous passons pitoyablement à côté de ses glorieux desseins qu’il a instaurés pour le mariage, et nous finissons par en faire une idole. Quelle tragédie !
Quant au roman Les Promesses du Printemps : Quand l’amour se renouvelle, même s’il y a un peu plus du contenu de l’Evangile (exprimé un tantinet dans la vie des personnages), ce n’est pas suffisamment explicite pour éviter de présenter implicitement (et peut-être par inadvertance) un évangile de la « prospérité du couple ». Néanmoins, le lecteur clairvoyant quant aux vérités bibliques sur le mariage pourra malgré tout apprécier certaines valeurs communiquées par ce roman à l’eau de rose qui se lit facilement et, lu indépendamment de Les Saisons du Mariage, aura beaucoup moins tendance à être influencé pas des idées incomplètes ou fausses sur le mariage.
Conclusion
Si vous cherchez de bons ouvrages pour vous aider à bien construire et vivre votre mariage, nous osons vous encourager à remettre ces livres sur leur étagère et à chercher d’autres ouvrages qui seront bien plus édifiants et profondément bibliques. Il y en a plusieurs qui ont fait l’objet de recensions sur ce site[11]. Cependant, étant averti des manquements de ces deux ouvrages et informé de ce qu’ils ont à vous offrir, les conseils pratiques que vous y trouverez contribueront sûrement à édifier votre union et renforcer vos liens maritaux.
Les Saisons du Mariage, p. 170. ↩︎
Op. cit., p. 31. ↩︎
Op. cit., p. 44. ↩︎
Op. cit., p. 58. ↩︎
Op. cit., p. 19. ↩︎
Op. cit., p. 32. ↩︎
Op. cit., p. 16. ↩︎
Stratégie 1 : « Réglez le problème des erreurs passées » ; Stratégie 2 : « Adoptez une attitude positive » ; Stratégie 3 : « Apprenez à parler le langage d’amour de votre conjoint » ; Stratégie 4 : « Développez l’écoute » ; Stratégie 5 : « Aidez votre conjoint à réussir dans la vie » ; Stratégie 6 : « Tirez parti de vos différences » ; Stratégie 7 : « Prenez l’initiative du changement ». ↩︎
Les Saisons du Mariage, p. 99-104. ↩︎
Timothy KELLER et Kathy KELLER, Le mariage, Un engagement complexe à vivre avec la sagesse de Dieu, tr. de l’anglais (The Meaning of Marriage, 2011) par Joseph NATALI, Lyon, Clé, 2014, p. 123 (c’est nous qui soulignons). ↩︎
John PIPER, Ce mariage éphémère, Un reflet de l’alliance éternelle, tr. de l’anglais (This Momentary Marriage, 2009) par Alain BOUFFARTIGUES, Marpent, BLF, 2017, 228 p. ; Timothy KELLER et Kathy KELLER, op. cit. ; Tim CHESTER, Le Mariage centré sur l’Evangile, Devenir un couple selon le cœur de Dieu, tr de l’anglais (Gospel-Centered Marriage, 2011) par Thomas KONING, Marpent, BLF/Actes 29, 2021, 137 p. ↩︎