
Michael REEVES, Les pharisiens évangéliques, L’Evangile comme remède à l’hypocrisie dans l’Eglise, tr. de l’anglais (Evangelical Pharisees, 2023) par Hugues PIERRE, Trois-Rivières [Québec], Publications chrétiennes, 2024, 103 p.
« …[L]a fidélité à l’Evangile nécessite que l’on soit orienté vers Dieu[1] ». Celles et ceux qui connaissent les ouvrages de Michael Reeves ne seront pas surpris de découvrir que Les pharisiens évangéliques se conclut par un appel à contempler la gloire de Dieu sur la face du Christ (p. 102). Cet accent, bien appréciable, de sa théologie est le remède qu’il propose au pharisaïsme – « sans doute » la principale menace pour l’Eglise (p. 10) et qu’il développe plus longuement dans l’ouvrage précédent Le peuple de l’Evangile[2].
Reeves analyse, tour à tour, l’erreur des pharisiens dans la perspective de ce qu’il estime être les dimensions les plus fondamentales de l’Evangile (p. 16) : « la révélation du Père dans la Bible » (ch. 2), « la rédemption du Fils dans l’Evangile » (ch. 3), « la régénération de nos cœurs par l’Esprit » (ch. 4). Dans le chapitre 2, il considère particulièrement Jean 5,39-40, mettant le doigt sur le danger de considérer les Ecritures comme une fin en elles-mêmes. « On peut prêcher sur Christ sans prêcher Christ » (p. 28 ; c’est lui qui souligne). Il nous incombe de prier, avec Spurgeon, « fais de ceci une parole vivante pour moi » (p. 29). Dans le chapitre 3, le passage phare est la parabole du pharisien et du publicain (Lc 18,9-14). « Ce n’est pas parce que les évangéliques louent l’Evangile et la grâce de Dieu … qu’ils soient exempts du péché du pharisien (…) Tel est le cas chaque fois que l’on refuse d’être repris pour un manquement ou un péché » (p. 44). Dans le chapitre 5, l’auteur privilégie Matthieu 15,10-20 – « le bourbier caché en nous » (p. 66). « Lorsqu’un instant de colère ou d’anxiété incite à des paroles désobligeantes et à des pensées perverses, nous sommes surpris qu’une telle méchanceté sorte de nulle part. Notre étonnement nous trahit… » (p. 66).
Une question clé émerge et nous met au défi : risquons-nous, à la suite des pharisiens, d’aimer la gloire des hommes plus que la gloire de Dieu (Jn 12,43) ? A ce sujet, Reeves met en avant cette exégèse : « [les pharisiens] aimaient la gloire qui vient des hommes plus que la gloire qui vient de Dieu, précisément parce qu’ils ne percevaient pas la nature et la grandeur de la gloire qui appartient à Dieu et qui lui est due » (p. 83 ; c’est lui qui souligne). L’auteur discerne « dans toutes les Eglises » cette « même incapacité à discerner la beauté, la bonté et la gloire de Dieu » (p. 89), d’où son appel, à la fin du livre, à nous laisser captiver par « l’Evangile de la gloire du Dieu bienheureux » (1 Tm 1,11 ; p. 90ss).
Le livre est clairement recommandé. Il est vrai que j’ai parfois eu l’impression que l’ordonnancement de la matière au travers des trois chapitres centraux (suivant un schéma trinitaire) était artificiel. Par exemple, le chapitre 5 porte autant sur la gravité du péché que sur la régénération et propose également des clés pour la sanctification. J’ai également été frappé par le manque d’ancrage des propos dans des exemples contemporains. Cela prête au livre un air plus abstrait que nécessaire. Mais il ne faudrait pas se laisser décourager par cette faiblesse qui est partiellement compensée par des illustrations tirées de la théologie historique : de par les auteurs de renom du passé (Augustin, Calvin, Bunyan, Spurgeon…), amplement cités au grand profit du lectorat, on constate que le problème du pharisaïsme a marqué chaque génération. Que Dieu nous en délivre en nous sensibilisant, grâce à la lecture de ce livre, aux dangers et en nous donnant de « contempler, à nouveau et constamment, la gloire de Christ par la foi[3] » (p. 101).