
Paul WASHER, Les moyens de grâce essentiels, tr. de l’anglais (The Essential Means of Grace, 2020) par Nathan LAMBERT, Trois-Rivières [Québec], Éditions Impact, 2021, 96 p.
En ces temps actuels troublés qui poussent à la réflexion et à l’humilité devant Dieu, quel chrétien ne soupire pas après un « réveil spirituel » dans sa propre vie de foi ? Souvent, enfoncé dans une difficulté, un péché ou un manque de discipline récurrent, on imagine qu’il faudrait un miracle, quelque chose d’exceptionnel, une expérience spirituelle saisissante qui ferait enfin tout changer. Si, après notre conversion, il est toujours possible de vivre de temps à autre des expériences semblables le long de notre parcours de foi, Paul Washer nous montre, dans un ouvrage très court, simple et percutant, que ce n’est pas l’intention première de notre Seigneur pour nous faire progresser sur le chemin de la sainteté.
Reprenant la terminologie utilisée par l’Église au cours de l’histoire (sans doute un peu oubliée dans le langage de beaucoup de nos Eglises évangéliques aujourd’hui), Washer nous invite à reconsidérer les « moyens de grâce » à notre disposition comme un don du Seigneur Jésus-Christ lui-même pour notre sanctification[1]. Il découpe donc son ouvrage en suivant point par point ces différents moyens : la lecture et l’étude des Ecritures, la dévotion à la prière ainsi que la fidélité à une Eglise locale qui prêche l’Évangile et respecte les prescriptions divines. Rien de bien extraordinaire, donc, au premier abord. C’est d’ailleurs le but de Paul Washer qui prêche une « apologie de la simplicité »[2] dans la progression vers la maturité chrétienne. Mais l’auteur soulève certains aspects qui méritent de retenir notre attention et que bon nombre de chrétiens n’ont pas forcément coutume d’entendre.
Après avoir souligné l’importance d’une étude des Écritures personnelle et linéaire (de la Genèse à l’Apocalypse) ainsi que de l’écoute de prédications apportées par des ministres fidèles et dévoués à leur tâche, il revient sur l’utilisation des Écritures dans le culte et déplore que, bien souvent, la simple lecture publique de passages de la Bible soit devenue rare :
Nous ne devons pas tolérer l’idée que les gens à l’époque d’Internet, celle des petits clips, ne peuvent plus supporter de longues lectures des Écritures ou des sermons de plus de vingt minutes. Nous devons plutôt lire les Écritures avec amour et patience jusqu’à ce que les gens soient transformés par elles[3].
En fait, il veut rappeler l’évidence que tout le culte doit être saturé des Écritures, que ce soit par sa lecture, sa prédication ou son chant. Il insiste également sur la personne et l’œuvre rédemptrice de Jésus-Christ qui est la pierre angulaire de toute la Parole et qui doit se retrouver également au cœur de notre message et de notre adoration.
Dans le même ordre d’idées, le chapitre sur la prière invite les assemblées à retrouver une piété biblique dans les réunions de prière collectives, l’auteur étant souvent incisif sur les dérives qu’elles peuvent connaître en Occident[4]. Un chapitre entier est dédié à la repentance et la confession, sujets de prédilection de l’auteur qu’il traite donc avec sa rigueur habituelle (et appréciée). Enfin, la fidélité à une Eglise locale biblique dans son message et son fonctionnement est réaffirmée en mettant en avant les moyens de grâces non négligeables que sont le baptême, la cène et la pratique de la discipline dans l’assemblée :
Bien que nous devions dénoncer la moindre inclination à considérer le baptême et la sainte cène comme des moyens de grâce salvatrice, nous devons chercher à promouvoir leur grande signification et leur utilité en tant que moyens de grâce sanctifiante, d’une manière similaire à la lecture et à la prédication des Écritures et à la prière collective[5].
Ce petit ouvrage semble donc insister sur le fait que la marche du chrétien est « un parcours dangereux qui n’est pas censé se faire seul »[6] et rappelle que la croissance d’un membre du corps de Christ ne peut de toute évidence pas s’opérer seule et indépendamment des autres. C’est dans cette même intention qu’une dizaine de questions viennent clôturer chaque chapitre et pourraient très facilement être reprises dans des groupes d’étude de l’Eglise locale. D’ailleurs, cela devrait pallier de nombreux questionnements sur les « évidences » bibliques évoquées tour à tour dans le livre, qui n’est pas destiné à expliquer dans le détail chaque sujet. D’autres ouvrages sur la prédication, le baptême, la cène ou la discipline d’Eglise, par exemple, pourraient compléter les propos de l’auteur. À cet effet, les petits livres de la collection « 9 Marks » seraient bienvenus pour approfondir l’étude selon les besoins et les questionnements de l’assemblée[7].
Les nombreuses fractures, souffrances et déchirements des chrétiens dans les assemblées locales à la suite de la pandémie rendent la lecture de ce livre d’autant plus souhaitable pour de nombreux chrétiens aujourd’hui. C’est un rappel solennel ainsi qu’un chaleureux encouragement à user sans modération de tout moyen de grâce ordinaire afin de vivre cette extraordinaire vie de foi avec notre Seigneur Jésus-Christ.
Dans l’ouvrage, Washer parle exclusivement de la sanctification continuelle (ou progressive) du croyant, c’est-à-dire sa croissance dans la sainteté après avoir été justifié par la foi en Christ –par opposition à la sanctification statutaire. ↩︎
Voir plus d’explications à la p. 87. ↩︎
P. 23-24. ↩︎
P. 45-46 : « [La réunion de prière] ressemble souvent à guère plus qu’une réunion de conseil de quartier où l’on partage des nouvelles ou même des ragots pendant une longue période, puis la réunion est ajournée avec quelques minutes de prière générale ». ↩︎
P. 80. ↩︎
P. 83. ↩︎