
Sylvain ROMEROWSKI, Les livres des prophètes, vol. 1, Introduction générale aux livres des prophètes, Abdias—Joël—Amos—Osée—Michée (A l’étude de la Bible), Nogent-sur-Marne, Institut Biblique, 2023, 337 p.
Cet ouvrage est le premier d’une série de cinq dans une nouvelle collection qui rend disponibles des supports de cours donnés à l’Institut Biblique de Nogent sur les Prophètes postérieurs (prophètes écrivains bibliques, depuis Esaïe jusqu’à Malachie). Pour chaque prophétie couverte par ce premier volume, l’auteur aborde des questions introductives (datation, thème central, plan), une bibliographie notamment de commentaires (précisant l’orientation théologique de ces derniers) et surtout ses propres commentaires développés (section par section, verset par verset). Par ailleurs, on trouve parfois des excursus traitant de telle question controversée, difficile ou importante (perspective biblico-théologique sur Edom ; accomplissement de Jl 3 ; interprétation d’Am 5,25-26…)
Ma joie est immense en découvrant la parution de ce livre que je guette depuis une vingtaine d’années. En le recensant, je suis même conscient du danger de porter des œillères – d’être incapable de déceler des faiblesses. En effet, je ne cache pas mon admiration pour les compétences remarquables de Sylvain Romerowski en tant que linguiste et exégète, ni sa grande influence sur ma pensée, ni le fait que, depuis 2003, je bénéficie, et fais bénéficier à des étudiants (dans plusieurs établissements) du contenu de différents manuels non publiés correspondant à une version préliminaire de cet ouvrage[1].
Pour pallier ce parti-pris probable, je me discipline pour signaler que je peux avoir un autre avis que l’auteur, optant, par exemple, pour des prises de position plus conservatrices que lui sur un débat dans Abdias 21 (« des sauveurs » et non « des sauvés », cf. p. 78[2]) ou sur celui de savoir si Osée s’est réellement marié avec Gomer (je le pense, contrairement à lui, cf. p. 215-219). Par ailleurs, je suis plus optimiste que lui quant à l’utilité d’étudier l’ordonnancement des douze petits prophètes[3], et j’aurais préféré que Romerowski privilégie l’ordre canonique des livres et non celui de la datation (probable[4]).
Mais la qualité de ces commentaires est exceptionnelle : la lectrice/le lecteur récoltera le fruit de recherches rigoureuses effectuées par un frère qui veut se mettre à l’écoute du texte biblique, qui est un expert en hébreu, en exégèse et en herméneutique, et qui est hautement expérimenté en tant qu’enseignant. Certes, dans d’autres commentaires, des applications occupent une plus grande place, mais le lectorat se trouvera mis au défi, parfois notamment dans les remarques de conclusion, mais aussi en cours de route (p. ex., « N’y a-t-il pas des choses que nous recherchons, qui passent pour nous avant le Seigneur ou qui nous empêchent de le servir lui seul ? Faudra-t-il qu’il nous les ôte ? », p. 231).
Ce n’est pas le premier ouvrage à recommander à un jeune croyant désirant explorer ces livres : Soixante-six en un d’Alfred Kuen[5] est plus simple. Mais Romerowski écrit de façon accessible. En fait, beaucoup des mêmes idées que contient Les livres des prophètes, et provenant du même auteur, sont déjà disponibles dans l’introduction aux prophéties en question dans la Bible d’étude du Semeur[6].
Vaut-il alors la peine de se procurer cet ouvrage si l’on possède déjà la Bible d’étude du Semeur ? Pour le croyant/la croyante qui exerce des responsabilités en tant qu’enseignant des Ecritures (quel qu’en soit le cadre), la réponse est dans l’affirmative, et cela pour trois raisons. D’abord, la section introductive sur « l’interprétation des écrits des prophètes » (p. 31-56) est en or. Rien que pour ces pages (!), je compte offrir ce livre en cadeau à des personnes posant des questions dans ce domaine. Si vous avez tendance à penser qu’il faudrait systématiquement interpréter les propos des prophètes de façon « littérale » ou de façon « spirituelle », je vous encourage vivement à lire ces pages. Deuxièmement, si vous pouviez étudier, de A à Z, l’un ou l’autre livre prophétique à l’aide du commentaire que propose cet ouvrage, vous développeriez d’excellentes habitudes face au texte biblique – de mise en pratique de ce que Romerowski explique dans l’introduction en ce qui concerne les démarches interprétatives qui honorent Dieu : vous passeriez ainsi par une « master class ». Troisièmement, Les livres des prophètes fournit plus d’informations pertinentes relatives au texte que ne le permet les notes d’une Bible d’étude, vous équipant davantage pour la tâche d’enseigner les prophéties en question : dans ce livre de Romerowski, les choix exégétiques sont non seulement énoncés, mais encore étayés, voire circonstanciés.
Vivement la parution des quatre volumes qui devraient paraître dans la foulée !
A titre de préparation de cette recension, je n’ai pas (re)lu l’ensemble du livre mais seulement l’introduction et le commentaire sur Abdias (autrement dit, j’ai arrêté ma lecture attentive à la p. 86). ↩︎
Le lien avec le v. 17 (« des rescapés ») est insuffisant pour renverser le texte massorétique. Par ailleurs, malgré la leçon de la Septante, « ni le hophal ni le niphal au sens passif ne se rencontrent dans l’Ancien Testament pour ce verbe » (Daniel I. BLOCK, Obadiah, The Kingship Belongs to YHWH, Grand Rapids, Zondervan, 2017 [Logos]). ↩︎
Cf., p. ex., Paul HOUSE, The Unity of the Twelve, Sheffield, Sheffield Academic Press, 1990, ch. 3, p. 63-109. ↩︎
Je le trouve persuasif dans la datation précoce qu’il prône pour Abdias et Joël (tous deux au 9e s.). ↩︎
Soixante-six en un, Introduction aux livres de la Bible, Saint-Légier, Emmaüs, 1998, 293 p. ↩︎
Bible d’étude Semeur 2015, Charols, Excelsis, 2018, à partir de la p. 1026. ↩︎