Les livres d’Amos et de Jonas

Recension
Calendar5 octobre 2024
PersonJames Hely Hutchinson
Couverture

Daniel TIMMER, Les livres d’Amos et de Jonas (Commentaire évangélique de la Bible), Charols/Vaux-sur-Seine, Excelsis/Edifac, 2022, 354 p.

Aucune série de commentaires ne présente une qualité égale pour tout livre biblique : certains commentateurs sont plus doués que d’autres. Mais un pourcentage élevé des livres de la série « Commentaire évangélique de la Bible », dont celui de Daniel Timmer, sont bien appréciables, voire des cadeaux pour le peuple de Dieu. Cette série a d’ailleurs l’avantage de proposer une exégèse profonde et pointue sans que la discussion soit excessivement longue ou technique.

L’auteur est bilingue anglophone-francophone[1], et ce commentaire a été préparé directement pour le monde francophone et pour cette série de commentaires. Il est cependant curieux de constater que l’avant-propos parle d’une « équipe de traduction » (de trois personnes, p. 9). Quoi qu’il en soit, le projet de rendre les idées de Timmer à la portée du public francophone paraît globalement réussi[2]. Par ailleurs, la forme du livre est une force, comme on pourrait s’y attendre au regard des autres volumes de la série.

Cet ouvrage, portant sur deux livres prophétiques de l’Ancien Testament, réunit tous les désidérata pour un commentaire utile : respect pour le texte biblique, observations perspicaces et explications éclairantes du texte (exégèse rigoureuse, basée sur l’original), considération aussi bien du plan large du déroulement des livres que des détails des versets individuels, prise en compte des questions d’arrière-plan historique, bénéfices retirés de la littérature secondaire, éléments d’application édifiants, remarques sobres et pertinentes sur la datation et la paternité des livres. Toutes ces forces sont d’autant plus appréciables que nous avons souvent besoin d’une aide particulière pour comprendre les prophètes écrivains.

Timmer ne se retient pas de se laisser conduire là où le texte l’emmène, quitte à ce que ses propos soient politiquement peu corrects. Ainsi, il fait face à ce qu’il appelle « la section la plus déstabilisante du livre » d’Amos (9,7-10) en reconnaissant « la redéfinition d’Israël selon des catégories non-ethniques, rien de moins » (p. 236).

Ce n’est pas que les prédicateurs et les enseignants doivent se passer d’autres sources traitant des prophéties d’Amos et de Jonas, car, dans un livre de cette taille, on ne saurait couvrir tout débat. A plusieurs moments, j’étais conscient de l’existence d’autres interprétations qui ont droit de cité en milieu évangélique (p. ex., sur le « reste d’Edom » dans Am 9,12 et sur les « trois jours de marche » dans Jon 3,3). Je me suis parfois demandé si l’auteur n’aurait pas pu signaler brièvement l’écart entre ses points de vue et le consensus des milieux évangéliques contemporains. En tout cas, en étudiant ces livres bibliques, on peut profiter, en parallèle avec le commentaire de Timmer, des introductions et des notes de la Bible d’étude du Semeur[3].

J’ai regimbé face à une association trop étroite entre l’Israël du 8e siècle av. J.-C. et l’Eglise du 21e siècle apr. J.-C. (p. ex., p. 111, 149, 239). Sinon les désaccords que j’ai notés portent sur des questions relativement périphériques et par rapport auxquelles je pourrais avoir tort. Je suis plus optimiste que Timmer sur le bien-fondé des recherches sur les douze petits prophètes considérés comme un groupe (cf. p. 17) : aborder la forme finale de cette portion des Ecritures comme une unité littéraire ne rime pas forcément avec des présupposés libéraux. J’adopte une interprétation moins « psychologisante » que lui sur la prière que Jonas prononce depuis le sein du poisson, et certaines de ses critiques à l’endroit du prophète quant aux événements de Jonas 1 (p. 304-307) s’expliquent peut-être mieux par des perspectives complémentaires, non contradictoires.

Globalement, je recommande fortement cet ouvrage qui, pour les deux livres traités, est l’un des meilleurs commentaires que je connaisse, que ce soit en français ou en anglais. Que Dieu se serve du travail précieux de Timmer pour éclairer bien des prédicateurs et enseignants des milieux évangéliques francophones.


  1. Pour la bonne maîtrise du français, cf. l’entretien à propos du livre réalisé pour le site Evangile 21 : https://www.youtube.com/watch?v=sp1oEkp4kXI (consulté le 15 août 2023). ↩︎

  2. Etant donné la qualité de l’éditeur au plan linguistique, il est surprenant de croiser « après que » suivi par le subjonctif (p. 270) et « au fait de sa puissance » (au lieu de « au faîte de sa puissance », p. 327). ↩︎

  3. Les anglophones peuvent aussi bénéficier de www.bestcommentaries.com (consulté le 15 août 2023). ↩︎