
Tim CHESTER, Les délices de la Trinité, L’excellence du Dieu qui est Père, Fils et Saint-Esprit, tr. de l’anglais (Delighting in the Trinity, 2005) par Nathan LAMBERT, Lyon, Clé, 2024, 191 p.
« Pour de nombreux chrétiens, la Trinité est devenue semblable à leur appendice : elle existe, mais ils ne sont pas sûrs de sa fonction, ils se débrouillent dans la vie sans qu’elle fasse grand-chose, et s’ils devaient se la faire enlever, ils n’en seraient pas trop affligés[1] ».
Est-ce votre cas ? La Trinité est-elle une énigme mathématique à résoudre ou la question gênante que peuvent poser vos collègues et amis non-chrétiens ? Si oui, Chester a écrit ce livre pour vous. En fait, c’est en 2005 qu’il l’a écrit : soyons très reconnaissants envers Nathan Lambert qui a traduit cet ouvrage et envers les Editions Clé qui ont publié cette version française 19 ans plus tard.
Ma règle générale pour les livres de Tim Chester est : « lis-le ! » Ce livre n’est pas une exception. Comme tous ses livres, Les délices de la Trinité est accessible, pratique, bien illustré et nous laisse avec l’envie de mieux connaître Dieu et de le louer.
Le livre comporte trois sections. La première pose les fondations bibliques. Le lecteur y découvre l’unité de Dieu dans la Bible, la pluralité de Dieu dans la Bible et les trois personnes de la Trinité à l’œuvre dans l’événement de la croix. La deuxième section parcourt les développements historiques de la doctrine, afin que le lecteur constate la manière dont notre compréhension des dogmes trinitaires repose également sur les fondations théologiques que nos prédécesseurs ont bâties. La troisième section considère l’application de la Trinité à quatre domaines : la révélation, le salut, l’humanité, et la mission.
C’est dans ces derniers chapitres que Chester semble presque prophétique dans les propos qu’il tient au sujet des débats dans la société actuelle : les personnes seules, le communautarisme, l’avortement, l’euthanasie, l’islam et le postmodernisme. Si c’était pertinent en 2005 au Royaume-Uni, c’est encore plus le cas en Europe francophone en 2024.
Cela dit, je n’ai pas encore entendu d’écho en Europe de l’accusation portée par Steve Chalke qui a qualifié la substitution pénale d’« abus cosmique d’enfant[2] ». Y a-t-il une voix « évangélique » francophone semblable ou est-ce une objection anglo-saxonne qui n’a pas (encore) traversé la Manche ? Dans tous les cas, la réponse de Chester est excellente et nous équipe face à une telle dérive, tout en nous poussant à mieux apprécier l’œuvre de notre Dieu trinitaire à la croix.
Ces chapitres de la troisième partie sont plus exigeants, mais le lecteur sera bien récompensé. Nous voyons à quel point la doctrine de la Trinité est pratique et pertinente à toute la vie chrétienne.
Il y a quelques indices permettant de constater que la traduction a été soignée : à la page 21, nous lisons des statistiques françaises ; à la page 40, nous sommes invités à chanter la Marseillaise ; et des recommandations de livres français sont données aux personnes voulant creuser le sujet.
Personnellement, je suis reconnaissant pour la courte réflexion par rapport au nom de YHWH de l’Ancien Testament et la personne de Jésus-Christ dans le Nouveau Testament : « …si nous pouvons dire que Jésus est Yahvé, nous ne pouvons pas dire que Yahvé est Jésus[3] ». Par contre, je considère que le bouclier de la Trinité, schéma inclus à la page 65, mériterait plus d’explications. En lisant le survol historique, le lecteur francophone sera susceptible de se demander également quelle est la position de l’Église catholique romaine contemporaine par rapport à la Trinité.
Sommes-nous restés sur notre faim à la lecture d’un livre sur la doctrine de Dieu écrit par un auteur francophone[4] ? Dans tous les cas, ce livre est une ressource excellente pour tous les chrétiens qui veulent non seulement mieux comprendre pourquoi nous croyons à la Trinité, mais aussi se réjouir de connaître le Dieu qui est trinitaire.
Robin PARRY, Worshipping Trinity: Coming Back to the Heart of Worship, Paternoster, 2005, cité par Tim CHESTER, Les délices de la Trinité, Excelsis, Lyon, 2024, p. 13. ↩︎
CHESTER, op. cit., p. 149. ↩︎
Ibid., p. 59. ↩︎
L’ouvrage de Henri BLOCHER, Dieu est sa parole, (Florilège théologique 1), Charols/Vaux-sur-Seine, Excelsis/Edifac, 2022, 394 p., que nous avons recensé (https://www.bibliodok.com/recension?x=dieu-et-sa-parole, consulté le 27 juin 2024), est excellent mais très poussé. Nous soulignons, par contre, le niveau très accessible de Nathan LAMBERT, Dieu est…, s. l., NFF, 2022, 309 p. Nous recommandons également les chapitres pertinents de Alain NISUS, dir., Pour une foi réfléchie, Théologie pour tous, Romanel-sur-Lausanne, Maison de la Bible, 2011, 922 p. et de Benjamin EGGEN, Soif de Dieu ?, 42 vérités pour enraciner ta foi, Romanel-sur-Lausanne, La Maison de la Bible, 2020, 224 p… On pourrait ajouter l’ouvrage de Stuart OLYOTT, qui a exercé un ministère important à Lausanne : Les trois sont un, Ce que la Bible enseigne sur la Trinité, tr. de l’anglais (The Three are One, 1979), Darlington [Royaume-Uni], Europresse, 2010, 128 p. ↩︎