
Rachel VAUGHAN, Lydia JAEGER, s. d., Le temps, Perspectives bibliques, scientifiques et pratiques, Terre Nouvelle, Excelsis 2021, 101 p.
Dieu existe-t-il en dehors du temps ? Qu’est-ce que cela veut dire qu’il est « éternel » ? Les découvertes scientifiques récentes nous aident-elles à comprendre notre relation avec le temps, ainsi que la possibilité d’un « autre » temps ou d’une existence « hors du temps » ? Comment bien vivre nos limites de créatures temporelles ?
Si vous vous êtes déjà posé ce type de question, ce petit livre va vous intéresser. Il s’agit de la rédaction des interventions données lors de la journée du Réseau des Scientifiques Évangéliques en 2020. Consistant en seulement 100 pages et cinq chapitres (deux théologiques et trois scientifiques), c’est une bonne introduction au sujet.
Le chapitre écrit par Henri Blocher fournit un excellent résumé des approches théologiques de la relation entre Dieu et le temps. Blocher présente la thèse classique (Dieu est hors du temps, qui est pour lui un éternel et entier « présent »), interagit avec Cullman, Barth et Ricoeur et puis propose sept thèses par lesquelles il veut humblement suggérer une manière de tenir compte du langage biblique. Selon lui, les Ecritures présentent un déroulement linéaire où Dieu intervient réellement, tout en affirmant la transcendance divine. Notre Dieu est l’Eternel dont tout dépend et qui ne peut pas être dépendant d’une loi quelconque, mais est-ce que cela veut dire que tout vocabulaire évocateur d’avant, d’après, de premier, de dernier, de développement et de changement ne relève que d’anthropomorphismes ? Ce chapitre est accessible et clair ; Blocher ne présuppose pas une connaissance détaillée des débats à ce sujet. Sa réflexion sur « l’un et le multiple » est particulièrement intéressante, l’exploration d’un parallèle possible avec le Dieu trinitaire, qui est le fondement de l’aspect unifié de la création, mais aussi de toute pluralité dans l’univers :
N’y aurait-il pas comme un analogue lointain qui concernerait la pluralité du temps dans son rapport à l’éternité ? Au lieu de dire que l’éternité (l’un) se trouve seule en Dieu et d’en exclure le temps (le multiple), ne peut-on pas considérer que Dieu est le fondement, dans son éternité, à la fois de l’unité du temps et de la pluralité des temps ? (p. 33)
Ce chapitre nous laisse cependant sur notre faim. Quelles sont les implications, par exemple, de l’incarnation de la deuxième personne de la Trinité qui introduit dans la divinité, d’une certaine manière, après son ascension, les particularités d’un corps préalablement limité par l’espace-temps ? Une bibliographie à la fin du livre donne des pistes de lecture pour aller plus loin.
L’autre contribution théologique est une méditation riche et édifiante sur Ecclésiaste 3,1-17, apportée par Thierry Huser. En creusant ces textes qui parlent de façon si pertinente de notre lutte avec le temps – « il y a un temps pour tout… », « …Il a mis l’éternité dans leur cœur… » – il nous rappelle à quel point Dieu transcende et surplombe le temps, tandis que nous sommes soumis à ses balancements, ses limites : « Dieu nous veut dans le temps » (p. 19).
C’est en effet là que se trouve le lien avec les chapitres scientifiques où les auteurs se retiennent largement de la tentation de s’aventurer sur le terrain des implications théologiques de leur recherche. Un astronome parle de ce qu’est le temps, comment le mesurer, la théorie de la relativité et l’espace-temps. Un biologiste explique sa recherche sur l’alternance jour-nuit, la célèbre « horloge interne » et son importance pour la médecine. Un neuropsychologue argumente pour un respect de notre besoin de cycles de sommeil bien régulés pour les fonctions cognitives. Ces chapitres sont accessibles à des non-spécialistes et nous aident à voir ce que cela veut dire d’accepter nos limites en tant que créatures, faites de poussière et soumises au temps.
Merci à Lydia Jaeger et à Rachel Vaughan d’avoir pris le temps de diriger la préparation de ce petit volume, qui nous aidera à être plus précis dans notre manière d’aborder ces notions lorsque nous les croiserons dans les Ecritures, et qui nous encourage aussi à vivre le temps que le Seigneur nous donne de manière humble et pleine d’espérance.