
Kevin DEYOUNG, Le secret (qui n’en est pas un) pour atteindre la prochaine génération, tr. de l’anglais (The [Not-So-Secret] Secret to Reaching the Next Generation, 2024) Trois-Rivières [Québec], Publications chrétiennes, 2025, 60 p.
A. Thèse générale de l’ouvrage
Dans cet ouvrage, Kevin DeYoung propose une réflexion sur la manière dont les Églises peuvent atteindre la prochaine génération. L’auteur annonce dès le titre sa thèse principale : il n’existe pas de méthode secrète pour atteindre les jeunes. Ce véritable « secret » se résume simplement en deux choses : enseigner et incarner fidèlement l’Évangile.
B. Les cinq principes proposés par l’auteur
L’ouvrage est structuré autour de cinq principes destinés à nous guider dans notre ministère auprès de la nouvelle génération.
1. Captiver par la passion
Selon DeYoung, la tradition seule ne suffit plus à conduire les jeunes à l’Église. Ceux-ci ont besoin de voir une foi vécue et sincère. L’auteur insiste ainsi sur l’importance du sérieux et de la sincérité des cultes, bien plus déterminants que l’ambiance ou les effets destinés à rendre l’Église attractive. Il illustre ce principe par une anecdote célèbre concernant Benjamin Franklin, qui assistait aux prédications de George Whitefield. Interrogé sur cette pratique malgré son absence de foi, Franklin aurait répondu : « Je le sais, mais lui, il y croit » (p.10)
Toutefois, certaines notions auraient mérité d’être davantage développées. Par exemple, l’auteur nous avertit quant à la quête de l’authenticité. Pourtant, il affirme également que l’incarnation de l’Évangile suppose une foi authentiquement vécue.
2. Les gagner par l’amour
DeYoung met en garde contre la tentation pour les Églises de vouloir imiter les tendances culturelles. Il observe avec humour que « lorsque l’Église découvre ce qui est cool, c’est déjà démodé » (p.12) Plutôt que de chercher à suivre les modes, les chrétiens sont appelés à aimer les jeunes de manière concrète : leur parler, s’intéresser à eux, accueillir les visiteurs et créer des relations authentiques.
3. Les encourager par la sainteté
L’auteur rappelle qu’il est inutile d’être expert dans la culture des jeunes si l’on n’est pas d’abord un exemple d’amour, de vérité et de piété. Il insiste en particulier sur la responsabilité des parents dans la transmission de la foi. Des études sociologiques montrent en effet que la pratique religieuse des parents constitue la principale influence sur la vie spirituelle des adolescents. L’absence de modèles spirituels solides et de relations intergénérationnelles dans l’Église peut expliquer pourquoi certains jeunes s’éloignent de la foi.
4. Les interpeller au moyen de la vérité
DeYoung insiste ici sur l’importance de la doctrine et de la prédication. Selon une étude qu’il cite, une large majorité de personnes revenues à la foi ont été convaincues par un enseignement rigoureux et fidèle aux Écritures. L’auteur appelle donc les chrétiens à approfondir leur connaissance de la Bible et des doctrines fondamentales de la foi.
À ce stade du livre, l’auteur explique également son objectif : il souhaite encourager le chrétien moyen à réfléchir plus profondément à sa foi. Il propose alors plusieurs questions d’auto-examen : connaissance de la Bible, compréhension des doctrines chrétiennes, etc. Toutefois, cet objectif me paraît un peu vague et révèle une confusion entre le titre et le contenu du livre.
5. Les émerveiller par la grandeur de Dieu
DeYoung met en garde contre un christianisme réduit au moralisme, qu’il soit conservateur ou progressiste. La prochaine génération n’a pas simplement besoin de règles ou d’activisme moral, mais d’une vision élevée de Dieu. L’Église doit donc présenter la gloire et la transcendance de Dieu afin de donner aux jeunes une vision capable de donner un sens véritable à leur vie.
C. Conclusion
Malgré la pertinence de plusieurs observations, l’ouvrage présente certaines limites. Sa très grande brièveté — une vingtaine de pages seulement — laisse souvent le lecteur sur sa faim. De nombreuses idées intéressantes ne sont qu’effleurées et auraient mérité un développement plus approfondi. Nous avons parfois l’impression de lire un article plutôt qu’un livre.
Par ailleurs, plusieurs exemples semblent fortement marqués par le contexte américain, ce qui peut limiter leur pertinence dans un contexte francophone. L’auteur évoque, par exemple, la croissance spectaculaire d’une Église passant de 250 à 1500 membres en trois ans. Ces proportions sont loin de refléter le contexte francophone, ce qui soulève la question de la pertinence culturelle de certaines traductions.
Néanmoins, ce court ouvrage constitue un rappel utile et précieux : la transmission de la foi à la prochaine génération ne dépend pas d’innovations méthodologiques, mais d’une Église fidèle à l’Évangile et vivant réellement ce qu’elle proclame.