
Jean DECORVET, Tim GRASS et Kenneth J. STEWART, dir., Le Réveil de Genève, Perspectives internationales, HET-PRO, St-Légier (Suisse), 2024, 591p.
Généralement, on connaît un peu les Réformés et les Luthériens, ainsi que les Anglicans, mais les Evangéliques, qui sont-ils ? De même qu’il est impossible de comprendre la géopolitique de notre monde actuel sans une bonne connaissance historique des siècles qui nous ont précédés, de même une compréhension élémentaire des diverses confessions chrétiennes implique forcément de fouiller un tant soit peu l’Histoire de l’Eglise. Le présent ouvrage sur le Réveil de Genève est une compilation réussie, composée d’une vingtaine de contributions qui nous expliquent pourquoi et comment le visage du protestantisme a changé au début du 19e siècle, non seulement en Europe francophone, mais même au-delà.
Ce livre, facile à lire, parce que découpé en vingt chapitres assez courts, y compris des biographies, ne s’adresse pas seulement aux théologiens, mais à tout chrétien - voire à toute personne - un peu curieux de comprendre la configuration actuelle des Eglises issues de la Réforme, en particulier, celles dites évangéliques.
Force est de constater que le christianisme a été successivement traversé par diverses initiatives de réveil en vue de revitaliser une foi perçue comme assoupie. Le Réveil de Genève vient à la suite du 18e siècle, connu pour être le siècle des Lumières et in fine le berceau du romantisme. Cependant, en ce qui concerne la France, c’est aussi le siècle de la Révocation de l’Edit de Nantes, suivi du choc de la Révolution et, un peu plus tard, de l’effondrement du 1er Empire. L’influence de tous ces détails historiques est analysée avec soin par les diverses contributions internationales de cet ouvrage. Juste avant le Réveil, Genève est encore une ville quasiment entièrement de tradition protestante, mais la formation des futurs pasteurs y est défectueuse, car peu fondée sur la Parole de Dieu : mise en doute de la Tri-unité et de la doctrine du salut par la foi en Jésus pour l’homme pécheur ; programme d’études théologiques remplacé par un système de philosophie morale. Ce qui est frappant, c’est que ce Réveil s’est rapidement propagé à d’autres lieux de réveil subséquent, notamment en Romandie, en France, en Belgique et au Québec… Il marque ainsi l’émergence et le développement de l’évangélisme moderne en Europe francophone.
Qu’est-ce qui a caractérisé ce Réveil de Genève ? C’est d’abord un retour aux sources du calvinisme de départ, avec l’ardeur de la foi de celui qui en a été le leader, Jean Calvin. Mais l’accent du Réveil est aussi mis sur les héritages spirituels des puritains britanniques du 17e siècle et des piétistes allemands du 18e siècle. Il est question d’une remise en lumière d’un aspect expérimental de la foi — d’apporter une réponse personnelle à l’offre du salut de Dieu en Jésus-Christ. Dans le même ordre d’idée, il est aussi fait mention des disciples de Pierre Valdo de Lyon (Les Vaudois, à partir du 12e siècle), qui ont suscité les toutes premières Eglises indépendantes de la grande Eglise officielle. On peut regretter qu’à aucun moment, il ne soit fait mention des Anabaptistes pacifiques du 16e siècle, qui ont repris et développé le vécu communautaire d’Eglises de confessants, fondé sur le baptême des seuls croyants[1]. (Crédo-baptisme,1-3)
Il n’en reste pas moins que le présent ouvrage collectif a le mérite certain d’expliciter non seulement les tenants et les aboutissants du Réveil marquant de Genève, mais également un grand nombre de répercussions internationales - dont les sociétés missionnaires interdénominationnelles. Toutes ces sources historiques précieuses sont bien souvent ignorées dans notre monde évangélique actuel. Donc un livre à lire en priorité.
S’agissant du crédo-baptisme, cf. Jean SEGUY, Les assemblées anabaptistes-mennonites de France, Paris/La Haye, Mouton/De Gruyter, 1977/2020, 904 p ; Claude BAECHER, Michaël Sattler, La naissance d’Églises de professants au 16e siècle, Cléon d’Andran, Excelsis, 2002, 144 p. ; Alfred KUEN, Claude BAECHER, Témoins de la foi des anabaptistes aux évangéliques, Charols, Excelsis, 2022, 276 p. ↩︎