
Stephen MEYER, Le retour de l’hypothèse Dieu, Les découvertes scientifiques qui attestent de son existence, tr. de l’anglais (Return of the God Hypothesis, 2021) par Clara FRANCILLON, Guy Trédaniel, Paris, 2023, 622 p.
Se pourrait-il, se demande l’auteur, que les découvertes scientifiques les plus récentes sur l’origine de l’univers et sur l’origine de la vie remettent désormais en question la philosophie matérialiste qui a été, depuis Aristote, une pensée dominante de la recherche scientifique ?
Cet ouvrage d’investigation approfondie s’adresse à la fois aux chrétiens qui s’intéressent à la confrontation entre la science et la question de l’existence de Dieu, et aussi à tous les esprits curieux qui aimeraient mieux évaluer les acquis récents de la science actuelle et leurs répercussions sur la manière de concevoir et comprendre notre univers. Ces réflexions sont d’autant plus pertinentes pour le public francophone que celui-ci est beaucoup moins familiarisé avec le dialogue possible entre la physique et la métaphysique que le monde anglo-saxon. De plus, la question de l’existence ou non d’une Intelligence créatrice à l’origine de la matière inerte, puis vivante, ainsi que du temps qui s’écoule, est une question qui touche chacun et qu’il convient de se poser au moins une fois dans sa vie. L’intérêt de notre époque est d’avoir vu surgir des développements nouveaux de la science qui remettent en cause cette vieille dichotomie entre science rationnelle et foi en des textes judéo-chrétiens qui proviennent de l’Antiquité.
Tout au long de son ouvrage, l’auteur analyse patiemment, et avec beaucoup de pédagogie, les dernières découvertes et les débats qui ont suivi. Tout d’abord, l’origine de l’univers, avec le modèle, dit du Big Bang, qui nous renvoie aux deux premiers mots de la Torah, et le réglage ultra fin des constantes physiques. Ensuite, la conception intelligente de la vie et son évolution, certes à partir de la matière et de l’énergie, mais aussi à partir d’une série d’informations tout-à-fait déterminantes. A ce niveau, cela implique quelque chose qui s’apparente à la pensée du Nouveau Testament : « Au commencement était la Parole. »
Un des points forts de Stephen Meyer est de tester la logique des différents raisonnements qui amènent à certaines conclusions philosophiques, à partir de données purement scientifiques. C’est ainsi qu’il montre que les découvertes les plus récentes dans des domaines de recherche indépendants les uns des autres (physique, statistique, cosmologie, radiométrie, biologie…) convergent pour fournir un solide soutien épistémologique à l’existence de Dieu telle que conçue par les judéo-chrétiens et d’autres théistes traditionnels. On peut remarquer que ces observations très fouillées de l’univers nous en disent beaucoup sur la réalité et les attributs de Dieu.
Ce livre bénéficie d’une très bonne traduction de l’anglais. De plus, il est préfacé par M.-Y. Bolloré et O. Bonnassies, des auteurs français de qualité, qui ont eux-mêmes publié un travail considérable sur Dieu, la science, les preuves[1]. On pourrait regretter qu’aucune référence ne soit faite à Blaise Pascal, génie français, par excellence, de la science et de la foi. Cela est assez compréhensible si l’on considère que l’auteur est essentiellement issu du monde scientifique anglo-saxon, et que celui-ci est déjà si riche en lui-même.
D’un point de vue théologique, le présent ouvrage confirme avec force que le cadre conceptuel biblique qui comprend le monde comme création ouvre certainement une perspective pertinente. Cela d’autant plus que la doctrine de la création[2], dans le cadre de la révélation générale de Dieu dans la nature, permet la possibilité d’une science qui ne fait pas explicitement référence au divin dans ses hypothèses, mais qui est amenée ensuite à le suggérer clairement dans ses conclusions. D’où, par extension, le titre du présent livre : Le retour de l’hypothèse Dieu.
Dans la même ligne de pensée, il nous faut signaler un livre un peu plus ancien[3] qui souligne déjà les principales découvertes de notre temps et leurs implications métaphysiques. Relevons également l’essai de S. D. Bréchet qui concerne le domaine de la cosmologie[4].
La vieille croyance en l’éternité de la matière et de l’univers a longtemps généré la pensée matérialiste comme étant la seule qui ait inspiré la science. Cette pensée a malheureusement joué un rôle démesuré dans la perte de la foi en Dieu. Croire en un Dieu créateur semblait alors s’opposer à la science. Aujourd’hui, ce livre nous en donne des preuves : ne serait-ce pas le contraire ?
Michel-Yves BOLLORE et Olivier BONNASSIES, Dieu, la science, les preuves, L’aube d’une révolution, Guy Trédaniel, Paris, 2021, 608 p. ↩︎
Lydia JAEGER, Pour une philosophie chrétienne des sciences, Excelsis, Charols, France, 2000, 124 p. ↩︎
Igor et Grichka BOGDANOV, Le visage de Dieu, Grasset, Paris, 2010, 288 p. ↩︎
S.D. BRECHET, « La cosmologie est-elle neutre ? » dans Lydia JAEGER, dir., La science peut-elle être neutre ?, Farel, Marne-La-Vallée, France, 2010, p. 32 ↩︎