Le mariage, Les questions brûlantes

Recension
Calendar27 novembre 2021
PersonOlivier Favre
Couverture

Le mariage, Les questions brûlantes (Terre Nouvelle), Actes du colloque 2019, Vaux-sur-Seine, Vaux-sur Seine/Charols, Edifac/Excelsis, 2021, 141 p.

Ce petit livre de 140 pages, fruit des contributions d’orateurs variés au Colloque de la Faculté de Théologie Evangélique de Vaux-sur-Seine en 2019, a pour but de faire le point sur « l’état » actuel du mariage, afin d’aider les chrétiens évangéliques que nous sommes à trouver une ligne de conduite qui soit en accord tant avec les enseignements bibliques qu’avec la situation présente.

Comme cet ouvrage est un collectif aux sujets variés, nous ferons quelques remarques sur chaque contribution avant d’apporter une brève conclusion.

Jacques Nussbaumer, « Méditation introductive : Ephésiens 5.21-33 » (ch. 1)
Après avoir mentionné plusieurs difficultés rencontrées par ce texte dans notre contexte actuel, l’auteur le replace dans son contexte de l’ensemble de l’épître aux Ephésiens. Ainsi, il parvient à nous montrer que l’enseignement de ce passage, loin de « rabaisser » la femme à un rôle de simple « soumise » à son mari, l’élève. Car son mari, comme Christ, a pour devoir « de l’élever, de lui offrir ce qu’il faut pour que dans l’union d’alliance, … elle puisse s’épanouir et déployer tout ce qu’elle est comme épouse dans un lien de consécration sans partage qu’est le mariage » (p. 15). Cette brève méditation éclairante nous préserve tant des interprétations machistes que paternalistes si répandues.

Frédéric de Coninck, « Les transformations récentes du sens du mariage, Explorations sociologiques » (ch. 2)
L’auteur nous montre que si la vie en couple « stable » est demeurée largement dominante ces dernières décennies, ce qui a changé, c’est la réalité du lien qui unit ces couples. En effet, l’aspect institutionnel de l’union a marqué le pas face aux intérêts personnels des conjoints qui, d’une certaine manière, « redéfinissent » leur union en fonction de leurs envies.
Si cette analyse est intéressante, on aurait pu souhaiter qu’elle aborde de façon plus explicite les différences fondamentales entre les nouvelles formes de couples et le mariage.

Emile Nicole, « Quitter père et mère, L’énigme d’une parole fondatrice » (ch. 3)
Dans ce chapitre Emile Nicole examine cette parole énigmatique dans le contexte culturel de l’époque ou le mari restait en général sur la ferme des parents. Après avoir examiné certains éléments bibliques et certaines théories qui pourraient laisser penser qu’il s’agit d’une référence à une société « matriarcale », il conclut, avec la majorité des interprètes et avec justesse à notre avis, qu’il s’agit plutôt d’une allusion à un éloignement affectif qui souligne que « le lien qui se crée entre l’homme et la femme est plus fort que celui qui lie l’être humain à ses propres parents » (p. 38). Il démontre aussi avec justesse que cette parole n’est pas « née » d’une coutume sociale, mais qu’au contraire, elle précède et fonde la coutume et la transcende. Les applications qui terminent l’exposé attirent notre attention de manière pertinente sur certains dangers liés à la fragilité des couples actuels.

Jacques Buchhold, « Des mariés, des concubins et des mariages impossibles… » (ch. 4)
L’auteur débute son propos en cherchant à démontrer que l’apôtre Paul, lorsqu’il aborde la question du mariage dans ses écrits, le fait de façon circonstanciée afin de traiter de problèmes liés au contexte gréco-romain de ses lecteurs. C’est ainsi que Buchhold explique qu’à l’opposé des hommes libres qui pouvaient se marier, les esclaves n’avaient pas droit à un mariage « légal » dans l’empire romain du 1er siècle. Fort de cette distinction, il en vient aux écrits de Paul et constate que l’apôtre considère ces deux formes de mariage comme étant légitimes et qu’il s’adresse indifféremment aux deux groupes comme « mariés ».

Buchhold prolonge sa pensée en l’appliquant aux situations actuelles, suggérant, certes avec une certaine retenue, qu’en tant qu’Eglise il nous faudrait considérer les concubins, pacsés et autres mariés selon le droit coutumier comme des couples mariés, au bénéfice d’un « mariage imparfait » pour reprendre une terminologie d’Henri Blocher. Buchhold déclare : « En revanche, l’Eglise devrait accueillir avec bienveillance et comme mariés, nous semble-t-il, l’homme et la femme qui vivent une vie de couple notoire, étant pacsés, mariés selon la coutume de leur pays ou concubins. Leur situation les engage devant le Seigneur et l’un vis-à-vis de l’autre » (p. 72). Cela dit, il reconnaît tout de même l’importance de l’Etat dans la protection de la permanence du mariage (p. 73).

Personnellement, si nous comprenons bien les défis auxquels l’Eglise se trouve confrontée avec ces nouvelles formes de vie de couple, il nous semble que Buchhold ne tient pas assez compte de la spécificité du mariage en tant qu’alliance permanente (jusqu’à ce que la mort nous sépare), scellée par Dieu en présence de son représentant, l’Etat. Cet engagement est par nature foncièrement différent de tous les autres engagements de couple (concubinat et pacs), seraient-ils reconnus par l’Etat, car la notion de fidélité dans la durée est absente de ceux-ci.

Nicole Deheuvels, « Quels défis pour une sexualité libre, heureuse et fidèle dans le mariage ? » (ch. 5)
Dans ce chapitre, l’auteure, Nicole Deheuvels, aborde avec doigté, équilibre et sensibilité la question d’une sexualité épanouie dans le couple. Après avoir montré la place importante de la sexualité et la façon erronée dont notre société la traite, elle prend du temps pour bien la définir, en expliquant ses différents aspects au moyen des termes bibliques qui y font référence. Sans traiter en détail certains points qu’elle mentionne en passant, tels que la contraception, la stérilité, la pornographie, elle se concentre prioritairement sur le développement d’une sexualité joyeuse et épanouie vécue dans la fidélité et la communication au sein du couple qui apprend à adapter sa vie sexuelle à chaque étape de la vie.

Il s’agit de quelques pages équilibrées qu’on peut utilement faire lire aux couples qui s’interrogent à ce sujet… et aussi aux autres.

Henri Blocher, « Contrat, alliance, mairie ? Faut-il redéfinir le mariage aujourd’hui ? » (ch. 6)
Dans cette partie, le professeur Blocher part de la notion de Kant du mariage comme « contrat » pour en développer une définition plus biblique. Au fil de sa réflexion, Blocher en arrive à démontrer que le mariage est beaucoup plus qu’un contrat entre deux êtres et qu’il inclut la notion d’alliance qui n’est pas définie par l’homme. Je le cite : « la liberté des contractants ne s’étend pas jusqu’au choix des termes ! Ils n’ont pas à en ‟inventer” les clauses. La forme en est pré-définie, avec puissance normative » (p. 105).

Sans minimiser l’importance et la beauté de la relation sexuelle dans le mariage, au moyen du livre de l’Exode (22.15), l’auteur explique de façon convaincante que la sexualité à elle seule ne « fait pas le mariage » – ni même la procréation, bien que l’accueil d’enfants soit une réelle bénédiction. Car, selon Blocher, l’alliance du mariage est placée sous la protection de l’Etat. En tant que représentant de Dieu, il a la responsabilité de « sanctionner l’entrée dans l’institution matrimoniale » (p. 116), la manière de le faire variant en fonction des cultures. Cela dit, et pour terminer, Blocher évoque certains abus dans lesquels l’Etat doit éviter de tomber lorsqu’il exerce son autorité dans ce domaine.

Matthieu Gangloff, « Un jeune pasteur face aux réalités du mariage » (ch. 7)
Au moyen de nombreuses anecdotes personnelles, le pasteur Gangloff attire notre attention sur plusieurs aspects importants et parfois subtils de l’accompagnement pastoral des couples en vue du mariage. Avec à propos, il souligne que nous accompagnons « des humains non idéalisés » (p. 125) qui méritent d’être accueillis, chacun avec son histoire, même si, après l’avoir entendue, nous devons décliner la demande de participation à la cérémonie de culte de mariage.

Puis il nous donne des pistes pour nous aider à « tracer » notre chemin entre (1) fidélité à Dieu et à sa Parole et accompagnement des futurs conjoints à une compréhension plus claire du mariage vécu au quotidien sous le regard de Dieu et (2) créativité en tenant compte de la sensibilité de chaque futur couple.

J’apprécie l’honnêteté du pasteur Gangloff qui nous fait découvrir que chaque situation est différente, si bien qu’elle se distingue de tout ce qui peut être appris de manière théorique, nécessitant d’appliquer avec vérité et sensibilité les divers principes acquis dans les salles de cours.

Pour conclure, cet ouvrage, comme la plupart des collectifs, est très inégal dans ses différentes contributions. Personnellement, je trouve qu’il nous laisse un peu sur notre faim, car nous attendions un traitement de sujets plus directement en phase avec les défis pastoraux auxquels nous sommes confrontés actuellement.