
George Verwer, Le faux disciple, Vingt-et-un portraits, Montélimar, CLC France, 2025, 64 p.
Un petit livre qui donne matière à réflexion et, si l’on est honnête, à passer du temps à genoux. En effet, bien que Le faux disciple se lise en moins d’une heure (une rareté !), l’ambition de son auteur était bien de pousser ses lecteurs à l’examen personnel et à la repentance. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, George Verwer est le fondateur d’Opération Mobilisation (OM), mission qu’il a dirigée pendant 46 ans et dans laquelle il est resté impliqué jusqu’à son récent décès, en 2023. C’est à l’occasion d’une conférence destinée aux jeunes participants de campagnes d’évangélisation d’OM que Verwer a prêché le message dont ce livre est la transcription, expliquant sans doute son court format.
Au fil de la lecture, on découvre 21 portraits de « faux disciples », cette liste se voulant non exhaustive[1]. Chaque profil représente un type de personne qui semble suivre Jésus (notamment par son investissement dans l’évangélisation), tout en étant animé par un péché particulier. La plupart des portraits s’accompagnent d’une illustration humoristique, qui peut éventuellement aider à marquer le lecteur visuellement. Bien que le texte date de 1968, il semble avoir été modernisé à certains égards[2]. Cependant, tous les profils sont intemporels parce qu’ils sont la manifestation de péchés qui traversent les époques depuis la Chute.
Sans doute en raison du format, certains portraits sont plus développés que d’autres, comme M. Paresseux ou M. Pique-Assiette[3]. Une suggestion consisterait à ajouter au moins une référence biblique propre à chaque profil afin de faire le lien avec ce que la Parole de Dieu en dit. En outre, on se voit parfois contraint de rester dans le flou par rapport à certaines déclarations. Par exemple, qu’est-ce que le « moi véritable » dont il est question à la page 25 ? Ou que veut dire Verwer par l’affirmation suivante : « [La] majorité des chrétiens osent présumer qu’en cet âge de grâce, Dieu ne les punira jamais pour leurs péchés[4]. » De quel genre de punition parle-t-on ? Les chrétiens dont il est question sont-ils « en Christ » ou bien simplement chrétiens « de nom » ?
On regrettera plusieurs erreurs de révision ou de relecture[5], ainsi qu’un registre de langue parfois trop soutenu pour le public qui semble être visé (prédication orale destinée à des jeunes)[6]. Cependant, son format et son contenu pourraient faire de ce livre un outil intéressant dans le cadre d’un petit groupe ou d’une discussion en binôme.
Comme chez d’autres auteurs au style franc et direct (p. ex., Francis Chan), le lecteur pourrait rapidement trouver le contenu rebutant ou finir par crouler sous le poids des critiques qui s’amoncellent. Avec un style aussi cinglant, il y a le risque de s’arrêter à la culpabilité ou de se rebiffer : « M. Verwer ne serait-il pas un parfait exemple de son M. Pointe-la-Faute ou M. Juge-l’Autre ? » Il est alors crucial d’aller au bout de la lecture. En effet, dans sa conclusion, l’auteur verbalise la probabilité de ces résultats avant de déclarer : « Personne ne peut être à la hauteur ![7] » Néanmoins, il poursuit en affirmant avec force que l’attitude à adopter n’est pas de renoncer à suivre Jésus, mais de se repentir immédiatement, avec la promesse que l’Esprit-Saint nous purifiera du péché. C’est également la réponse à une question qu’on pourrait se poser en voyant défiler les portraits de faux disciples : « Mais, qu’est-ce qu’un disciple ? » Si les auditeurs originaux le savaient déjà[8], on peut déduire de cette conclusion un élément de réponse (majeur !) : un disciple est quelqu’un qui se repent, non pas une seule fois, mais toute sa vie durant, devant chaque péché constaté.
En conclusion, bien que ce livre vise en particulier la vie de disciple appliquée au contexte des missions à court terme, les profils présentés dépassent ce cadre en raison de l’universalité des péchés qui les animent. Chaque lecteur se retrouvera nécessairement dans l’un ou l’autre travers (voire dans plusieurs) et pourra se saisir de l’appel à la repentance et du réconfort de cette vérité : « [Le] seul lieu de grâce et de bénédiction se trouve au pied de la croix de Jésus-Christ[9]. »
P. 12. ↩︎
P. ex., il est question des réseaux sociaux, du rôle d’influenceur et de la course aux likes dans le portrait de M. Obsédé-du-Standing et dans la caricature de son homologue féminin ; p. 57 et 59. ↩︎
Respectivement, p. 29-33 et p. 51-54. ↩︎
Italiques dans l’original. ↩︎
Outre certaines tournures un peu curieuses et quelques coquilles, on voit, p. ex., M. Insinuation se transformer en M. Sous-entendu (p. 6-7) et le titre du livre devenir Pseudo-discipulat en p. 9. ↩︎
N’ayant pas accès à la version en anglais, on ne peut déterminer si ce trait est propre au texte original ou s’il s’agit d’un choix de traduction. ↩︎
P. 59. ↩︎
P. 9. ↩︎
P. 61 ; italiques dans l’original. ↩︎