Le Dieu du réveil

Recension
Calendar29 novembre 2025
PersonJames Hely Hutchinson
Couverture

Stéphane ZEHR, dir., Le Dieu du réveil, Sermons choisis de la Brigade de la Drôme (1922-1939) (Réforme et Réveil), Alès, Calvin éditions, 2022, 217 p.

Conformément à la philosophie de la collection à laquelle il appartient, ce livre présente un double intérêt : nous informer des luttes menées par nos devanciers spirituels et nous édifier au profit de notre vie chrétienne aujourd’hui. Contrairement au sous-titre, il ne s’agit pas, à une exception près, de « sermons » mais plutôt d’« études » (ou de conférences) apportées par des protagonistes du Réveil[1] de la Drôme, survenu entre la Première et la Seconde Guerre mondiale.

Des lecteurs n’ayant jamais étudié la théologie systématique trouveront l’introduction difficile à comprendre par endroits, mais cette préface, préparée par Stéphane Zehr, est appréciable et permet de saisir la cohérence du livre. En effet, cet ouvrage ne fait pas le tour du Réveil de la Drôme en tant que tel, mais il argumente en faveur d’une thèse : il convient de considérer ce Réveil comme étant un « réveil du calvinisme » (p. 47). Il est vrai que le Réveil du Pays de Galles (1905) et les Conventions de Keswick (à partir de 1875) se situent en arrière-plan immédiat du Réveil de la Drôme. Par ailleurs, de par l’accent placé sur la conviction du péché, des réveils non-calvinistes antécédents (de Wesley, de Finney…) sont aussi légitimement associés au Réveil déclenché en 1922. Mais ce livre met en évidence l’importance de la théologie calvinienne et souligne que « [p]ar sa découverte de la théologie de Calvin, le Réveil de la Drôme ressuscite toute une partie de l’Institution de la religion chrétienne : celui qui concerne la sanctification » (p. 45-46).

Cette découverte n’a pas eu lieu tout de suite mais plutôt à partir de 1928, et les textes dans ce recueil couvrent la période 1929-1935. Deux d’entre eux mettent en évidence la réalité de la souveraineté absolue de Dieu. Celui de Jean Cadier est centré sur la signification de la mort de Jésus-Christ sur la croix. Une étude expose la sainteté chez Dieu et ses implications pour la sainteté chez les croyants. Le chapitre le plus long explore, en puisant surtout dans l’Institution de Calvin, la justification ainsi que ses rapports avec la sanctification. Le dernier texte considère quelques écueils dans l’accompagnement spirituel qu’il faudrait éviter.

Tous ces textes, agréablement présentés, sont édifiants. Non qu’il s’agisse du meilleur traitement disponible aujourd’hui des thèmes abordés[2]. On ne devrait pas non plus s’attendre à ne jamais tiquer (« …la sanctification est le salut lui-même », p. 95)[3]. Mais page après page, on peut lire des vérités exprimées avec conviction et ayant une nette pertinence pour notre contexte européen contemporain. Voici quelques exemples :

« Dieu d’abord ! dans ma vie, principe de tout renoncement véritable. Dehors mes ambitions personnelles, mes espoirs égoïstes, mes préférences humaines, mes goûts, mes tendances, mes sympathies et mes antipathies. » (p. 63)

« On prêche [sc. à tort] dans nos églises comme si tout le monde était passé par la conversion. » (p. 77)

« Notre sanctification doit reposer sur Christ, sur ses mérites, sur son intercession, sur sa puissance et sa présence, en un mot, sur sa personne vivante et agissante, notre sanctification est en Christ. » (p. 103, italiques dans l’original)

« Un Dieu qui cesserait d’être souverain maître de toutes choses cesserait par là-même d’être Dieu. Qui aurait l’idée de se consacrer à un Dieu pitoyable et impotent ? » (p. 116-117)

« [Luther] a redécouvert – mais c’était une découverte – par illumination personnelle, la grande vérité de la justification par la foi. Elle jetait par terre un monde et en dressait un autre. » (p. 213-214, italiques dans l’original)

Bonne lecture !


  1. Pour une discussion éclairante sur la façon de définir un « réveil » (spirituel), nous recommandons cet article de Benjamin Eggen (consulté le 7 mai 2023). ↩︎

  2. P. ex., pour la sainteté de Dieu et ses implications pour la sainteté des croyants, on pense à cet ouvrage de R. C. Sproul (consulté le 7 mai 2023). ↩︎

  3. J’avoue me sentir mal à l’aise en constatant que, dans l’étude de Gédéon Sabliet, l’Institution de Calvin est citée de façon à laisser penser qu’elle occupe le même rang d’autorité que l’Ecriture elle-même. Voir, p. ex., comment le « donc » de la p. 139 fonctionne. Cette réserve n’enlève en rien ma grande appréciation pour le chef-d’œuvre du Réformateur. ↩︎