
Le corps : handicap ou chance pour la vie spirituelle ? Samuel BENETREAU, Charols/Vaux-sur-Seine, Excelsis/Edifac, 2014, 144 p.
L’auteur, bibliste vétéran de renom, a réalisé une synthèse impressionnante des données bibliques sur le corps. Son but est “d’évaluer la place du corps dans le message biblique et, par là, la place qu’il peut et doit occuper dans la vie spirituelle” (p. 139). Conformément à ce que laisse entendre la quatrième de couverture, Bénétreau démontre l’importance à la fois de valoriser le corps (dont la compatibilité avec la sainteté et le service chrétien est mise en évidence) et d’éviter d’en faire une idole. Comme on pouvait s’y attendre (compte tenu de la finesse exégétique qu’on connaît des commentaires bibliques de Bénétreau), son traitement du sujet est fiable, et il parvient à « faire entrer dans le moule » la gamme des informations bibliques nécessaire à la présentation d’une perspective juste[1].
Mais Bénétreau couvre, dans ce petit volume, un terrain vaste englobant le champ sémantique des termes bibliques, l’importance du corps dans la perspective de l’histoire du salut, une considération des textes bibliques conduisant certains à mésestimer le corps, la pratique du jeûne, le célibat, la sanctification, le point de vue des Réformateurs sur la cène, les postures de la prière, la souffrance, la guérison, la résurrection, l’état intermédiaire … Inévitablement, chacun de ces sujets n’est traité que de façon schématique, ce qui fait que la force du livre – un survol – est également sa faiblesse. En effet, j’ai été amené à m’interroger sur le lectorat visé ou le public qui puisse bénéficier du livre. Certes, n’importe quel croyant qui est aussi un lecteur “sérieux” et qui se délecte des Écritures se régalerait de ce livre édifiant. Il se verrait instruire, ou rappeler, les éléments essentiels de la révélation biblique sur la pratique du jeûne ou sur la distinction à respecter entre la sanctification statutaire et progressive (pour ne citer que deux sujets que Bénétreau traite de façon appréciable). Il saurait qu’il serait nécessaire de se tourner vers d’autres ouvrages pour approfondir les divers sujets abordés (et pour l’approfondissement des textes bibliques, qu’il pense au premier chef aux commentaires de Bénétreau!). Ensuite, le non-croyant lettré et suffisamment curieux de s’informer dans ce domaine bénéficierait de cet ouvrage à titre d’introduction à la matière.
Le livre est cependant moins aisément à la portée du jeune croyant moins studieux, mais qui risque néanmoins d’avoir besoin d’aide pour régler sa perspective sur le corps – et pour régler ses pratiques – à la lumière des Écritures. Il serait souhaitable de conseiller à une telle personne la lecture d’un écrit plus populaire et abordable, et moins abstrait, présentant plus clairement, par exemple, l’interdiction des relations sexuelles hors mariage[2].
Télécharger l’article ici.
Pour ce qui est des relations entre péché et souffrances, la mention de 1 Co 11,17-34 et de Jc 5,13-16 aurait permis un tableau plus complet. Par ailleurs, un traitement de l’importance de l’humanité du Christ à l’époque où nous sommes de l’histoire du salut aurait été précieux compte tenu de la confusion qui règne à ce propos au sein de nos Églises. ↩︎
Par endroits, une prise de position plus claire sur certains sujets controversés aurait (à nos yeux) augmenté la valeur du livre. P.ex, aux pages 70 et 71, le rite orthodoxe aurait pu être critiqué; à la page 74, le “bien” fait “à l’Église” par Bach aurait pu être précisé et circonscrit à la lumière de la suffisance des Écritures; à la page 95, la décision d’exclure des rapports sexuels d’un mariage aurait pu être remise en question; à la page 101, l’interaction avec le “mariage” homosexuel aurait été normale. Il n’en reste pas moins que d’autres questions “politiquement correctes” sont bien abordées (cf. l’interaction avec l’islam à la page 24). ↩︎