
Stuart LUDBROOK, Le chant protestant de langue française (1705-2005), Charols, Éditions Excelsis, 2020, 533 p.
« Lorsque vous vous assemblez, chacun a-t-il un cantique […], que tout se fasse pour l’édification » (1 Co 14.26).
Quand on observe les cultes de nos Eglises locales protestantes évangéliques, on ne soupçonnerait pas quelle est la véritable richesse du répertoire hymnologique francophone. Ce livre de Stuart Ludbrook ouvre une fenêtre sur cet héritage négligé. C’est un ouvrage qui se présente en quelque sorte comme une anthologie de ce qui a été produit en termes de chants d’assemblée de langue française pendant trois siècles (1705-2005).
Tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de nos cantiques et à l’évolution de ce répertoire trouveront un grand intérêt à consulter ce livre. Mais les pasteurs et les responsables de louange, qui chercheraient à enrichir leur liste de chants pour l’église, et à (ré-)introduire d’anciennes perles dans le culte, devraient aussi se pencher sur ce travail de compilation qu’a réalisé Ludbrook.
Ce n’est pas vraiment un livre qu’on lit de manière linéaire. C’est un puits d’informations précieuses dont on profitera bien davantage si on l’aborde à l’aide des différents index qu’on trouve à la fin : index thématique, index de références bibliques, ou encore index général des cantiques figurant dans le livre. Ce sont autant de portes d’entrée dans le catalogue, qui seront d’une très grande utilité à ceux qui cherchent des informations précises relatives à tel ou tel cantique, qui aimeraient trouver des cantiques originaux portant un thème précis, ou qui s’intéresseraient tout simplement à examiner les différentes variantes d’un cantique.
C’est donc un outil très utile qui nous est donné en ce livre, pouvant soutenir et enrichir la pratique du chant dans le culte de nos assemblées. Mais que cela ne nous empêche pas d’aborder en parallèle cet ouvrage comme un véritable recueil de poésie. Ce livre a aussi sa place sur la table de chevet : on peut le lire par tout petits morceaux, savourer la qualité poétique de n’importe quel cantique « classique » comme on le ferait d’un beau poème, pour le simple plaisir de lire de la belle littérature, et pour notre édification personnelle.
L’auteur a fait un travail important d’identification des sources bibliques des cantiques, de manière à fournir au lecteur de nombreuses correspondances entre les paroles et la Parole. C’est très précieux.
L’auteur cherche aussi à fournir des réflexions critiques sur de nombreux cantiques, parfois sur un ensemble de cantiques appartenant au même répertoire, mais la matière visée étant si importante en volume, les commentaires de l’auteur sont forcément assez brefs et limités. Ce n’est pas dans cet ouvrage qu’on va trouver une analyse théologique complète ou particulièrement profonde sur la place de la musique dans le culte, ou sur les particularités doctrinales de certains répertoires (luthéranisme, méthodisme, réveil…), même si l’auteur nous en dit souvent juste assez pour nous intriguer. C’est peut-être une invitation à écrire un autre ouvrage plus spécialisé ! Il faut reconnaître qu’une telle analyse théologique représenterait un véritable travail de recherche à part entière, et n’entre pas dans la vocation du présent ouvrage, qui se veut surtout être un genre de carnet de voyage de l’hymnologie sur les trois derniers siècles. Le livre de Ludbrook se consulte presque comme un album-photo agrémenté de notes personnelles griffonnées dans la marge. Des pistes de réflexion sont amorcées, mais la critique reste plutôt succincte, voire superficielle.
On peut regretter, justement, que la question des traductions de chants depuis l’anglais ne soit pas abordée plus en détail, pour faire ressortir la difficulté de la traduction poétique (et la médiocrité, par conséquent, d’une part du répertoire récent). De même, on ne trouve que trop peu d’allusions critiques à la théologie libérale qui, malheureusement, s’est immiscée dans un certain nombre de cantiques du XXe siècle.
Ainsi, cet ouvrage apparaît comme une ressource incontournable, une sorte d’archive très impressionnante et bienvenue, un tremplin qui servira à des études plus poussées sur l’hymnologie francophone. Mais le lecteur qui recherche une véritable réflexion théologique sur la musique (y compris dans son usage cultuel) devra plutôt se tourner vers le livre de William Edgar : Clés pour la musique (Sator, 1990).
Le livre de Ludbrook est un ouvrage différent, visant tout simplement à dresser une sorte de chronologie représentative de l’évolution de l’hymnologie. C’est un livre qui s’explore comme un musée, avec Stuart Ludbrook comme guide qui agrémente la visite de ses commentaires spécialisés et de ses anecdotes.
Alexandre SARRAN