Laissez les enfants adorer

Recension
Calendar20 janvier 2024
PersonDavid Sandifer
Couverture

Jason HELOPOULOS, Laissez les enfants adorer, Les fondements bibliques en faveur de l’inclusion des enfants au culte collectif, tr. de l’anglais (Let the Children Worship, 2016) par Vincent COLLET, Trois-Rivières [Québec], Publications chrétiennes, 2023, 136 p.

Les premières « écoles du dimanche » au 19e siècle n’avaient pas lieu durant le culte : c’était un temps d’instruction pour les enfants, entièrement séparé du culte. Toutefois, au cours du 20e siècle, petit à petit la norme devint pour les enfants soit de quitter le culte pour rejoindre leur classe d’école du dimanche, soit d’avoir un « culte pour enfants » qui avait lieu en même temps que celui des adultes. Était-ce un bon développement ?

Dans son livre, le pasteur Jason Helopoulos plaide pour un retour à l’intégration des enfants dans le culte. Ses arguments sont multiples : l’exemple de l’Ancien Testament ; l’inclusion des enfants dans la nouvelle alliance ; l’importance de la participation aux moyens de grâce (les sacrements, la Parole et la prière) ; le symbolisme de leur inclusion dans le peuple de Dieu rassemblé ; et la bénédiction à multiples niveaux que leur participation confère aux adultes. De plus, Helopoulos souligne certains des problèmes qui résultent de l’exclusion des enfants du culte, et tout particulièrement la difficulté de faire la transition vers la participation au culte lorsqu’ils deviennent jeunes adultes, puisqu’ils n’en ont pas pris l’habitude et qu’ils ont, au contraire, été formés pour croire que le culte est inintéressant.

Qu’a-t-il à répondre à ceux qui diront que les enfants s’ennuieront pendant « le culte des grands » ? Ou qu’une instruction plus appropriée à leur âge leur serait davantage profitable ? Helopoulos reconnait que les enfants ont besoin de recevoir un enseignement adapté. Toutefois, il préconise de le faire à un autre moment que celui du culte. Cela demande certes un effort supplémentaire d’organisation, mais cela en vaut bien la peine, vu les avantages inhérents à la participation des enfants au culte. Pour ce qui est de la question de l’inattention des enfants, il suggère d’y faire face de deux manières : d’une part, par un effort pour adapter le culte aux besoins des enfants (en particulier en les incluant de manière intentionnelle) ; d’autre part, en aidant les enfants à développer une capacité à l’écoute attentive soutenue y compris dans un contexte plus sérieux (cette capacité leur sera utile dans bien des domaines de leur vie !).

Helopoulos propose aux parents et dirigeants plusieurs pistes pratiques afin d’aider à la mise en œuvre de ce modèle dans l’Église. Il souligne très bien l’importance du rythme de la semaine pour la famille ainsi que la préparation pour le culte le dimanche matin. Il rappelle aussi le rôle clef du culte familial durant la semaine, une belle contribution du protestantisme à la formation chrétienne, malheureusement souvent négligée de nos jours. Certains lui reprocheront, dans un livre si court, de consacrer ses deux premiers chapitres à une théologie générale de l’Église, de l’adoration et du culte collectif. Ces thèmes sont toutefois la fondation nécessaire pour son plaidoyer, et si leur traitement est inévitablement bref dans ce volume, il est élégant, et bien articulé pour introduire les idées qui suivent.

L’argument d’Helopoulos est convaincant. Comme dans beaucoup de domaines de nos vies—et dans la vie de l’Église, en particulier—il semblerait que l’école du dimanche ait évolué au fil des décennies : des pressions furent exercés pour qu’elle devienne de plus en plus une activité à part, des pressions tout à fait compréhensibles pour des raisons pratiques. Mais il est temps de questionner cette évolution et de la critiquer au niveau théologique et biblique.

Cela ne veut pas dire qu’il faut être absolutiste sur la question : le contexte et les besoins de chaque Église seront différents et les changements nécessaires pour intégrer les enfants pleinement au culte prendront parfois du temps. De plus, certains penseront peut-être que pourvoir une instruction séparée uniquement durant la prédication représente un bon compromis. Mais la direction devrait être claire, car c’est Jésus lui-même qui nous a commandé de recevoir les enfants. À la base, c’est une question de théologie : le corps de Christ est par définition hétérogène, composé de différents organes, et les enfants font partie de ce corps—comment pourrions-nous les exclure chaque semaine de l’acte principal de son adoration ?