La vie de Jésus-Christ par la plénitude du Saint-Esprit

Recension
Calendar21 février 2022
PersonJames Hely Hutchinson
Couverture

J. Douglas MACMILLAN, La vie de Jésus-Christ par la plénitude du Saint-Esprit, tr. de l’anglais (Jesus: Power Without Measure, 2016) par Antoine DORIATH, Québec, La Clairière, 2020, 175 p.

Dans quelle mesure nous sommes-nous penchés sur le rôle du Saint-Esprit dans la personne et l’œuvre de Jésus-Christ ? C’est un sujet qui – malgré son importance – fait couler peu d’encre. Douglas MacMillan vise à démontrer à partir des Ecritures qu’« en tant qu’homme, Jésus puisait sa force non de sa propre nature divine, mais de celui qui était l’agent d’exécution de la Divinité, à savoir le Saint-Esprit » (p. 106). C’est ainsi que Jésus « a respecté le principe de son incarnation, d’homme vrai et réel… » (p. 122). En effet, « la nature humaine a besoin du Saint-Esprit pour toute œuvre sainte » (p. 134). Le leitmotiv pour le livre est Jean 3,34 : Jésus a reçu le Saint-Esprit « sans aucune restriction », sa nature humaine étant sans péché. Le titre en anglais fait allusion à ce texte ; le titre en français est plus éclairant pour le lecteur/la lectrice lambda mais peut laisser penser que le livre concerne uniquement la vie sur terre de Jésus, alors que sa mort, sa résurrection et son ascension sont également englobées (« L’humanité de Jésus-Christ… » aurait été plus juste)[1].

Certains textes auxquels MacMillan fait appel permettent d’affirmer clairement et directement un rôle-clé pour le Saint-Esprit à tel ou tel moment dans la vie ou la mission de Jésus-Christ, notamment :

MacMillan réussit à argumenter de façon persuasive à partir des textes de la colonne du milieu (ainsi que d’autres se rapportant aux mêmes événements) que l’Esprit a été à l’œuvre en tant qu’« agent exécutif des œuvres de la Divinité » (p. 157). L’absence de preuves textuelles explicites ailleurs n’infirme pas forcément sa thèse globale, même si son argumentaire est forcément indirect.

Considérons le cas de la tentation pour apprécier ce qui peut être en jeu. C’est l’homme – et donc Jésus en tant qu’homme – qui ne doit pas « vivre de pain seulement » ! Jésus n’a pas cédé à l’exhortation de Satan à se servir de sa nature divine (« Si tu es le Fils de Dieu, … »). « Si Jésus l’avait fait, il aurait délaissé sa position d’authentique homme représentatif. Il se serait servi de moyens qui ne sont accessibles à aucun de ses frères ; il n’aurait donc plus été ‟comme” eux » (p. 99). Mais la réalité extraordinaire, c’est que Jésus a été tenté « en tout point comme nous le sommes » (Hé 4,15). Le même Esprit qui a fortifié Jésus face à la tentation peut nous fortifier également.

Cela dit, le fait que MacMillan semble parfois plus affirmatif que les Ecritures en mettant sa thèse en avant devrait nous faire hésiter dans une certaine mesure. Paul Wells nous met en garde : « La relation “deux natures/une personne” reste mystérieuse pour nous et il me semble aller trop loin quand il dit que, dans tous les actes de Jésus, c’est le Saint Esprit qui est l’agent d’exécution à l’œuvre.[2] ». Par ailleurs, à de rares endroits, on peut tiquer en lisant le livre. Ce n’est pas le mot rûaḥ qui figure dans Genèse 2,7 (p. 17) mais nešâmâh. Affirmer, concernant le côté physique de Jésus, que « [p]ar sa forme et ses proportions, … le monde n’a probablement jamais vu son pareil » (p. 43) n’est pas bibliquement convaincant (MacMillan lie Esaïe 53,2 aux souffrances de Jésus et à la croix). Proposer que « [l]a résurrection a métamorphosé cette petite bande de disciples » (p. 157) n’est pas suffisamment précis : il a fallu attendre la Pentecôte (cf. Jn 20,19.26 ; Ac 1-2).

Mais nous avons beaucoup à gagner en profitant de ce livre, le dernier de la plume de ce pasteur-théologien écossais décédé en 1991. Ecrit d’une façon simple et abordable, le texte recèle pourtant une profondeur doctrinale appréciable, et le peu de place accordée à l’application n’empêche aucunement que le lectorat soit édifié. Lire ce livre, c’est pénétrer les rapports des personnes à l’intérieur de la Trinité et ainsi grandir dans l’émerveillement devant notre grand Dieu. C’est se laisser amener à apprécier avec plus de clarté l’unicité de Jésus-Christ et donc à l’adorer plus profondément. C’est aussi croître dans l’appréciation de l’œuvre du Saint-Esprit dans notre propre vie de disciple. Le chapitre 5, portant sur le baptême du Christ, fait particulièrement chaud au cœur, et les propos concernant Hébreux 9 dans le chapitre 9 sont, au minimum, stimulants…


  1. Par ailleurs, le terme « plénitude » comporte une certaine ambiguïté malencontreuse. Si, dans le titre et dans le livre, il est censé connoter la réalité que Jésus était « rempli de l’Esprit à la perfection » (p. 20), dans la théologie systématique il s’applique aux croyants en général, cela malgré la rémanence du péché chez eux, conformément au remplissage « généreux » dont parle Tite 3,6. ↩︎

  2. Correspondance privée, le 30 décembre 2021. ↩︎