
Tim CHESTER, La vérité rendue visible, Comment la baptême et la sainte cène façonnent nos vies, tr. de l’anglais (Truth We Can Touch: How Baptism and Communion Shape Our Lives, 2020) par Guillaume HOC, Trois-Rivières [Québec], Cruciforme, 2022, 183 p.
Peu de considération est accordée aux sacrements du baptême et de la sainte cène par bon nombre de chrétiens et d’églises évangéliques. C’est là le constat que Tim Chester a fait et qui sous-tend sa démarche dans ce livre : attirer notre attention sur leur sens profond et les bienfaits qu’ils accordent aux chrétiens qui les comprennent de la bonne manière.
Il évite délibérément le débat entre pédobaptistes (ceux qui baptisent les nouveaux-nés) et crédobaptistes (ceux qui baptisent les croyants), afin de mettre l’accent sur la richesse des signes physiques de l’eau, du pain et du vin, tels que le Seigneur les a donnés à son Eglise. Sinclair Ferguson, un pédobaptiste, peut affirmer de façon élogieuse dans la préface : « Je crois donc, pour ma part, que ce que Tim Chester écrit ici ne peut qu’être source abondante de bénédiction pour tous en tant qu’individus et en tant qu’Eglises, et que cette lecture augmentera notre appréciation et notre jouissance des privilèges que nous recevons en tant que chrétiens[1]. »
Au premier chapitre l’auteur prend passablement de temps pour nous montrer l’importance des sacrements accomplis au moyen d’éléments physiques tels que l’eau, le pain et le vin afin de « sceller les promesses de l’Evangile, comme une bague confirme l’alliance du mariage[2] » dans la vie du chrétien. Ainsi, ils ont une efficacité qui dépasse les sentiments ressentis par celui qui les prend, car « l’eau, le pain et le vin sont des réalités objectives extérieures à nous-mêmes qui représentent la nature objective de la promesse de l’Evangile[3] ». En effet, c’est Dieu qui est actif dans les sacrements, la foi requise du croyant pour y participer n’étant « que » la démonstration de sa dépendance totale de Dieu pour être sauvé.
Après avoir, dans son deuxième chapitre, résumé l’histoire du monde en douze repas qui vont de la création à la dernière pâque dans laquelle Jésus a instauré la cène[4], Tim Chester nous conduit à redécouvrir combien les sacrements sont bienfaisants pour nous rappeler, de manière concrète et tangible (jusque dans notre corps et nos sens), les bienfaits de l’Evangile de Jésus-Christ. Il le fait avec beaucoup d’habileté, de simplicité et une compréhension précise, tant de la théologie catholique romaine que de celle des différents réformateurs protestants. Il se réfère principalement au réformateur Jean Calvin, mais pas uniquement[5], pour expliquer quelle est l’efficacité des sacrements et de quelle manière Jésus-Christ est vraiment présent en eux et en particulier dans la sainte cène. Il arrive à la conclusion que les sacrements sont d’abord des « actes de Dieu » en faveur du croyant dans lesquels Jésus est présent spirituellement. Le baptême incarne notre « union à Christ » et la sainte cène notre « communion avec Christ »[6].
Au chapitre 4, Chester nous montre comment la sainte cène est propice à nous transformer, car elle est un repas d’alliance dans lequel nous nous rappelons les engagements de Dieu envers nous aussi bien que nos engagements envers lui et envers son Eglise. Il déclare : « Nous entrons dans l’Eglise visible par le baptême, et nous exprimons notre appartenance à l’Eglise par la sainte cène. Quand nous participons à la sainte cène, nous renouvelons par conséquent notre engagement allianciel envers Christ et son peuple[7] ». Afin de souligner l’aspect solennel d’une telle cérémonie, Chester suggère qu’il pourrait être utile d’avoir un culte annuel de sainte cène au cours duquel cet engagement allianciel serait l’objet principal[8].
Dans les derniers chapitres, Chester nous montre de façon très concrète comment le fait d’être baptisé et de participer à la sainte cène doit impacter notre vie quotidienne, tant au niveau personnel que communautaire, car le baptême est le signe de notre identification avec Christ par laquelle nous jouissons d’un nouveau statut, alors que la sainte cène est le repas qui, s’il est pris de la bonne manière, va façonner tous les aspects de notre vie chrétienne.
Ce livre est de loin le meilleur que j’aie lu sur le sujet depuis très longtemps. Il est accessible à tous grâce aux nombreuses illustrations utilisées par l’auteur. Je recommanderais à tout chrétien de le lire afin de redécouvrir la richesse extraordinaire des sacrements que le Seigneur a donnés à son Eglise pour « réenchanter le monde[9] » qui a perdu la conscience de la présence de Dieu.