La puissance et le message de l’Evangile

Recension
Calendar6 novembre 2021
PersonJames Hely Hutchinson
Couverture

Paul WASHER, La puissance et le message de l’Evangile, tr. de l’anglais (The Gospel’s Power and Message, 2012) par Simret JAUSSAUD, Trois-Rivières [Québec], Publications Chrétiennes, 2021, 325 p.

Axé sur l’Evangile, bibliquement fidèle, riche en citations bibliques, doctrinalement solide, calviniste, clair, courageux, radical (pur, sans compromis), zélé, combatif, contre-culturel, édifiant, réjouissant pour l’âme, porteur d’une piété et d’un ministère de la parole qui soient à la gloire de Dieu : voilà l’essentiel de ce qu’il faudrait savoir concernant ce livre qui est chaudement recommandé ! La lecture du reste de cette recension est facultative, car il convient de passer à la lecture du livre lui-même !

L’auteur livre un appel soutenu à « redécouvrir l’Evangile », ce qui est aussi le nom de la série dont ce volume est le premier[1]. A l’instar du prophète Jérémie, Paul Washer n’a pas pu contenir le « feu dévorant » qui était au-dedans de lui et s’est ainsi senti obligé de publier les prédications qui forment maintenant ce livre (p. 8). Ancien missionnaire au Pérou, il est fortement imprégné par les Ecritures et soucieux de mettre les pendules à l’heure en ce qui concerne les milieux évangéliques américains qui auraient « perdu [leurs] repères » (p. 19) et embrassé un christianisme « au rabais » à l’image de la culture ambiante.

S’adressant en priorité[2] aux ministres de l’Evangile, et s’inscrivant dans la tradition des Réformateurs et des puritains, Washer insiste sur le fait que « nous ne sommes pas appelés à être des coachs de vie spirituelle, des animateurs ou des spécialistes en développement personnel ; nous sommes des prédicateurs ! » (p. 46)

Après une longue première partie introductive et une exhortation à retrouver la puissance de l’Evangile (deuxième partie), l’auteur aborde, dans la troisième partie (majoritaire du livre) une sorte de théologie systématique prêchée. Il couvre, en tout cas, les composantes de l’Evangile selon le schéma suivant : attributs de Dieu—problème du péché—colère de Dieu—justification/rédemption/substitution/personne du Christ—résurrection—ascension/seigneurie du Christ/jugement final. Un fil conducteur du livre est le caractère inadéquat du message apporté par le « prédicateur évangélique contemporain ». Si la dénonciation des « évangiles » édulcorés figure surtout dans les deux premières parties, elle réapparaît régulièrement dans la troisième également (p. 94, 102, 139, 157, 160, 168-169, 173, 189-190, 194, 197, 210, 217, 234, 320). Cet aspect du livre ne devrait aucunement rebuter un lectorat francophone, car les mêmes dangers risquent de nous guetter.

Nous reléguons les bémols qu’on peut signaler à une note de bas de page, cela de peur que leur importance soit exagérée[3].

Ce livre peut aisément « ranimer la flamme » (cf. 2 Tm 1,6) du serviteur de l’Evangile en particulier. Qu’il puisse en être ainsi ! Même si nous ne sommes pas proclamateurs de l’Evangile à temps plein, nous (croyantes/croyants) devrions toutes et tous avoir le souci de bien connaître et de promouvoir la propagation de cet Evangile, et il serait difficile de surestimer la valeur de ce livre sous ces rapports-là. Que Dieu nous donne de contresigner ces propos de Washer (p. 239) :

Même si le Père nous donnait des milliers de mondes parfaits chaque jour de l’éternité, l’ensemble de ceux-ci ne pourrait égaler en valeur l’amour qui a été manifesté par le don de son Fils comme victime expiatoire pour nos péchés. D’aucuns pourraient voir dans ces affirmations une hyperbole ou une légère exagération, mais cela ne fait que prouver notre degré d’aveuglement quant aux gloires de Christ et à sa valeur. »


  1. Les deux autres volumes, s’ils sont traduits, devraient porter sur la conversion et l’assurance du salut. ↩︎

  2. Semble-t-il. Le « nous » désigne régulièrement le pasteur-prédicateur (p. ex., p. 320-321) ; dans le chapitre 12, « En tant que prédicateurs de l’Evangile, nous… » sert de refrain. Mais l’auteur parle aussi de « la mission de l’Eglise » (p. 320), et le référent de la première personne du pluriel dans des exhortations telles que « il nous faut aussi tirer la sonnette d’alarme… » (p. 323, cf. p. 98, 173) pourrait englober les croyantes et croyants en général. ↩︎

  3. (1) La cohérence au travers des trois grandes parties du livre n’est pas très nette, et la répétition des propos (p. ex., concernant la signification de la résurrection) et même des citations bibliques (p. ex., voir p. 28, 204, 277 pour Ps 24,3-4) est fréquente (est-ce le fait de rassembler plusieurs séries de prédications ?) Si ce livre se rapproche à maints égards de Connaître Dieu de James Packer, force est de constater que ce dernier auteur est plus connu pour sa concision !
    (2) Le manque de corroboration des propos extrabibliques est frappant : considérer les statistiques concernant le nombre de martyrs (source ?, p. 273), la théologie des pseudo-évangéliques (quelles mouvances/Eglises exactement ?), « les prédicateurs d’antan » (qui ?, p. 99).
    (3) De temps à autre, des versets semblent cités hors contexte (p. 170, 238, 319).
    (4) Un contresens apparaît à la p. 222 (Es 53,1 cité à la place d’Es 59,1), et un petit nombre d’autres erreurs typographiques sont suffisamment importantes pour heurter la lecture.
    (5) Au plan théologique, deux petites faiblesses valent la peine d’être signalées : Washer semble négliger la dimension future de la justification (cf. Galates), et il résiste à l’idée d’une « hiérarchie des péchés » (p. 163 ; il a pourtant raison d’insister sur le fait que tout péché amène la colère de Dieu).
    (6) Etant donné le style de prédication, il y aurait eu la possibilité de ne pas rester dans le registre de l’abstrait : les propos de l’auteur, quoique limpides, ne sont pas appliqués au concret de la vie et des luttes du lectorat (sauf pour ce qui est du message qu’il faudrait rejeter les faux évangiles). ↩︎