La prière peut-elle changer les choses ?

Recension
Calendar21 janvier 2023
PersonJames Hely Hutchinson
Couverture

R. C. SPROUL, La prière peut-elle changer les choses ? (Questions cruciales), tr. de l’anglais (Does Prayer Change Things?, 2009) par Myriam GRAFFE, Trois-Rivières [Québec], Publications chrétiennes, 2021, 91 p.

Nous pouvons être reconnaissants à Dieu de ce que de plus en plus d’ouvrages de cet auteur voient le jour en français. Ce livre fait partie d’une série qui propose « des réponses brèves à des questions souvent posées par des croyants qui cherchent à mieux comprendre les enseignements bibliques » (quatrième de couverture).

Les lecteurs pour lesquels les écrits de Sproul sont familiers devineraient fort justement que la réponse donnée à la question posée dans le titre est théologiquement robuste :

Est-ce que le fait de prier change vraiment quelque chose ? Quelqu’un m’a un jour posé cette question, mais d’une manière légèrement différente : « Est-ce que la prière change l’avis de Dieu ? » Ma réponse a soulevé des tempêtes de protestation. J’ai simplement répondu : « Non. » En revanche, si cette personne m’avait demandé : « Est-ce que la prière peut changer les choses ? », alors j’aurais répondu « bien sûr ! » (p. 17)

Mais la question évoquée par le titre ne constitue qu’une petite partie du livre. Il serait dommage si quelqu’un l’achetait en pensant qu’il comporte 90 pages de discussion sur les rapports entre la souveraineté divine et la responsabilité humaine en matière de prière. D’autres ouvrages traitent ce sujet de façon plus développée et bien appréciable[1].

En revanche, dans ce livre, Sproul considère de manière assez large « cette discipline chrétienne » qu’est la prière – discipline « centrale et cruciale dans la vie du chrétien » mais encore « incomprise et négligée » (p. 10). La logique du déroulement du livre n’est pas toujours claire, et le titre des chapitres ne correspond pas suffisamment étroitement à leur contenu. Mais le but global semble être d’équiper et d’exhorter le lectorat à « prier – et ne jamais cesser de prier » (p. 89). Parmi les sujets abordés, nous trouvons l’importance de la prière (« le secret de la sainteté », p. 9), le but de la prière (« pour la gloire de Dieu et pour notre bien, dans cet ordre », p. 14), le Notre Père (« un modèle pour nous montrer comment prier », p. 25), l’ordre adoration—confession—action de grâce—supplication (quoique « pas au détriment de la spontanéité », p. 87), la ferveur (par opposition à la frénésie) dans la prière[2], le problème du non-exaucement à nos prières, les obstacles à la prière, les raisons de prier.

Citons quelques aspects particulièrement appréciables de cet ouvrage. Sans surprise pour les personnes qui connaissent son livre La sainteté de Dieu, Sproul insiste sur le fait d’éviter de « venir devant Dieu … avec désinvolture, arrogance ou prétention » (p. 89, cf. p. 54-55, p. 81). Sa finesse théologique[3] est conjuguée avec une clarté limpide et un service rendu à partir d’un cœur pastoral (p. ex., p. 62). Ses anecdotes ancrent ses propos dans la vie concrète, et ses illustrations rendent des idées plus vives et mémorables (p. ex., p. 71-72). Un passage qui illustre tous ces points forts du livre concerne un jeune homme atteint d’une paralysie cérébrale et victime d’une théologie non biblique concernant la guérison (p. 80-81).

J’ai été surpris par son emploi du terme « conversation » (p. 14, 56) à titre de définition de la prière, alors qu’il a raison de ne pas prôner, semble-t-il, l’idée d’écouter la voix de Dieu dans l’activité de prier. Une autre affirmation qui touche à sa définition de la prière m’a aussi étonné : « Omettre l’adoration revient à retirer le cœur de la prière… » (p. 50). Strictement parlant, la prière relève de la supplication, les autres activités (adoration, confession, remerciement) y étant associées.

Le livre ne convient pas à un(e) jeune croyant(e) (qui risquerait de ne pas comprendre des termes tels que « filiation » et « doxologie »)[4] ni à des croyant(e)s désirant approfondir les sujets abordés. Le lectorat qui peut surtout bénéficier du livre se situe entre ces deux groupes, à savoir des croyant(e)s plutôt mûr(e)s et soucieux (soucieuses) de promouvoir la qualité de leur vie de prière.


  1. Je recommande surtout Donald A. CARSON, La prière renouvelée, tr. de l’anglais (A Call to Spiritual Reformation, 1992) par Michèle SCHNEIDER, Cléon d’Andran, Excelsis, 2005, ch. 9, p. 164-189. Cf. aussi Douglas KELLY, Pourquoi prier si Dieu sait déjà ?, tr. de l’anglais (If God Already Knows, Why Pray?), Châlon-sur-Saône, Europresse, 2005, 201 p. ↩︎

  2. Sur ce point, consulter Henri BLOCHER, « Pour une théologie biblique de la prière », Théologie évangélique 5, 2006, p. 92-94, pour la démonstration par rapport à Jc 5,16 lui permettant d’affirmer qu’« il ne s’agit pas de distinguer la prière efficace par une qualité particulière mais d’encourager par une promesse » (p. 94). ↩︎

  3. Mais cette remarque ne semble pas bien ciblée au plan théologique : « Dans certains cas, nos prières doivent impliquer un effort de l’âme et une agonie de cœur identiques à ce que Jésus a lui-même expérimenté dans le jardin de Gethsémané » (p. 81 ; c’est moi qui souligne). ↩︎

  4. Qui pourrait bénéficier de Tim CHESTER, Prier, c’est pourtant simple, tr. de l’anglais (You Can Pray, 2014) par Marina BANKEL, Romanel-sur-Lausanne, Ourania, 2016, 224 p., ou de Paul E. MILLER, Une vie en prière, Se connecter à Dieu malgré les interférences, tr. de l’anglais (A Praying Life, 2009) par Yves KUYO, Longueuil [Québec], Ministères Multilingues International, 2012, 300 p. ↩︎