
Jonathan CONTE, La plus belle de toutes les histoires, Traverser la Bible en 14 étapes, Marpent, BLF, 2024, 161 p.
Cet ouvrage parcourt l’essentiel du déroulement de l’histoire du salut tout en mettant en évidence l’essentiel du message chrétien dans une perspective doctrinale. Il est orthodoxe, édifiant, bien présenté et extrêmement bien écrit. Comme pour refléter son nom de famille, l’auteur sait conter ! Par exemple, il est question dans ce livre de « sauvetage » plutôt que de « salut » et d’illustrations concrètes, tirées de façon habile de sa vie personnelle.
Il propose d’exposer l’histoire biblique selon « le schéma narratif classique qui se compose de six étapes » (p. 17) : (1) « situation initiale » (correspondant à la création) ; (2) « élément perturbateur » (correspondant à l’entrée du péché dans le monde) ; (3) « les péripéties » (le déluge et la tour de Babel ; l’alliance abrahamique ; l’esclavage en Egypte et l’exode ; la loi du Sinaï ; « la conquête de Canaan et l’époque des juges » ; la mise sur pied de la royauté ; « le schisme et l’exil » ; « la période intertestamentaire ») ; (4) « le climax » (l’incarnation) ; (5) « le dénouement » (la nouvelle alliance/la croix ; l’époque de l’Eglise) ; (6) « la situation finale » (la nouvelle création).
Conte a le souci de permettre aux croyants de saisir le plan large des Ecritures. « Si nous gardons toujours le nez dans les petites histoires [dans la Bible], nous n’arriverons pas à saisir pleinement leur sens au sein de la grande histoire[1] » (p. 16). Il y réussit, et le lecteur constate que l’histoire en question est en effet réjouissante ! La tension entre conditionnalité et inconditionnalité au sein des alliances bibliques est une dimension appréciable dans la « traversée » biblique que l’auteur nous offre.
En même temps, on peut se demander si Conte n’a pas mis la charrue avant les bœufs en choisissant de suivre les six étapes qu’on trouve dans d’autres histoires : le point culminant de l’histoire du salut est plus la croix que l’incarnation (cf. Jn 19,30), même si les deux événements sont étroitement liés, et il est dommage que peu de place soit accordée aux prophètes (qu’en est-il d’ailleurs de la littérature de sagesse ?)[2]. De plus, malgré la mise en évidence de moments de suspense et la lisibilité générale du livre, on aurait pu souhaiter que la cohérence du fil conducteur des Ecritures s’en dégage plus clairement[3].
Si ce livre ne remplace donc pas Panorama de la Bible de Vaughan Roberts[4] à titre d’introduction à la théologie biblique pour les jeunes croyants, il remplit néanmoins un rôle précieux. En effet, il peut très bien servir de livre d’évangélisation au profit de personnes jouissant déjà de quelques notions d’histoires bibliques grâce, par exemple, à un arrière-plan catholique. Que de nombreux non-croyants puissent bénéficier de la façon accessible dont l’Evangile émerge de ce livre et répondent à l’appel à recevoir le pardon des fautes (p. 156, cf. p. 58).
Italiques dans l’original. ↩︎
Par ailleurs, on aurait pu souhaiter qu’il suive l’agencement hébraïque des livres bibliques, cf. James HELY HUTCHINSON, La nouveauté de la nouvelle alliance, Comprendre les rapports entre les alliances bibliques, Charols, Excelsis, 2022, p. 17-18. Ma propre tentative de proposer un survol des Ecritures accessible se trouve dans les Appendices I et II de cet ouvrage, p. 281-298, comme également en ligne (« Un survol de l’Ancien Testament en 30 minutes » : https://www.youtube.com/watch?v=Q3kmbUeXm4U [lien consulté le 23 août 2024]). ↩︎
Le fait que cette cohérence ne ressort pas aussi fortement du livre s’explique en partie par les considérations suivantes : (1) des discussions dogmatiques peu nécessaires interrompent le fil de l’histoire (p. ex., concernant les types de loi, p. 71) ; (2) la période intertestamentaire occupe une place excessive ; (3) des éléments ne semblent pas toujours clairement reliés les uns aux autres (si la « mission première » des Israélites est de « faire connaître Dieu » [p. 110], pourquoi n’y a-t-il pas eu un accent placé sur cela dans la partie du livre traitant de l’Ancien Testament ?) ; (4) la dogmatique prend parfois le pas sur la théologie biblique (p. ex., la mention de l’une des tentations auxquelles Jésus a résisté dès le chapitre portant sur l’alliance abrahamique). Cela dit, il est difficile de savoir ce qu’on devrait inclure et omettre (et comment organiser sa matière) en survolant les Ecritures. ↩︎
Panorama de la Bible, Y voir clair de la Genèse à l’Apocalypse, tr. de l’anglais (God’s Big Picture, 2002) par Abel BERNOT et Keith BUTLER, Fontenay-sous-Bois, Farel, 2012, 160 p. ↩︎