
James HELY HUTCHINSON, La nouveauté de la nouvelle alliance, Charols, Excelsis, 2022, 334 p.
Il est téméraire de s’intéresser à la question des alliances, tant le sujet est transverse à l’ensemble de l’Écriture ! Toute synthèse exige un dialogue complexe entre les données de la théologie biblique, de la théologie systématique et leurs formulations historiques. Je suis reconnaissant à James Hely Hutchinson d’avoir clarifié les perspectives et ouvert le chemin d’une réflexion globale sur ce thème.
L’auteur consacre le premier chapitre aux explications des termes et du concept de l’alliance avant de lister sept synthèses possibles, allant de la théologie de l’alliance au dispensationalisme. On ne peut faire plus grand écart ! Il analyse ensuite les alliances principales de l’Ancien Testament au rythme d’un chapitre par alliance : celle conclue avec Adam – dont la qualification est discutable, malgré la défense de l’auteur –, puis avec Noé, Abra(ha)m, avec Moïse et Israël sur le mont Sinaï, et enfin, il regroupe dans un sixième chapitre celle avec David et avec les Lévites. Viennent cinq chapitres pour parler de la nouvelle alliance et ses relations au reste de l’Écriture, et notamment dans son accomplissement en Christ. Le parcours est approfondi et aborde de nombreuses implications allant de la théonomie politique à la missiologie de l’Église… Le tout se conclut sur une synthèse qui précède deux appendices proposant un fil rouge simplifié, pédagogique et rafraîchissant[1]. Hely Hutchinson propose un parcours global, bien argumenté, intéressant si l’on a l’appétit de ces questions assez fines. L’ouvrage aura une place pérenne dans les bibliothèques des étudiants de l’Écriture.
J’ai énormément apprécié ce livre, sur lequel je reviendrai régulièrement pour affiner ma compréhension, encore partielle, de la question des alliances et de leur lien à l’Évangile, à l’Église et à Israël. Le ton et les thèmes rappellent que l’auteur est un pasteur qui aime le Seigneur et qui forme des serviteurs de Dieu. On le perçoit avec le quatrième « T » de son introduction (« transformation » chez le croyant), l’irénisme des discussions, même dans les désaccords, la conclusion qui se termine en louanges. C’est bienfaisant quand la théologie nourrit aussi l’âme et la piété.
Venant de l’école dite du « dispensationalisme progressif[2] » (son 6e modèle), je ne suis pas toujours aligné sur les perspectives de l’auteur. Ce que je souligne ici ne relève pas d’une faiblesse du livre, mais d’un regard différent sur certains aspects de la question. Je note que l’auteur est beaucoup plus familier des théologies proches de la théologie de l’alliance (les modèles 1 à 5). Il maîtrise moins les éléments du 6e et 7e modèle. Lorsqu’il en parle, c’est souvent à partir du 7e, en s’appuyant notamment sur Scofield dont les notes ont largement été désavouées par les conclusions de l’école « progressiste » (la 6e).
Une remarque mineure en lien avec ma perspective (en réalité secondaire quant au traitement général du sujet, mais illustrative de la différence d’opinion). Lorsque Hely Hutchinson veut parler de la vision d’un temple terrestre, futur, à Jérusalem, qu’annoncent les dispensationalistes, il cite Pentecost et Scofield (dispensationaliste classique, 7e synthèse) et des auteurs populaires à succès, catastrophistes et peu recommandables (p. 175s). En cela, sa dénonciation est légitime et je m’y associe. Mais elle reflète une forme de biais théologique : aucune référence, nulle part dans son livre, à 2 Thessaloniciens 2.4, ni à Matthieu 24.15 (je peux comprendre l’omission de Ap 11 et 13 pour l’école prédominante actuelle du récapitulationisme allégorique). Aucune mention des formules d’Irénée (V.25.2-3 ; V.28.2) et autres pères de l’Église – la systématique de ces sujets n’a pas commencé avec la Réforme ! En sorte que l’analyse de l’histoire future d’Israël me paraît limitée. Mais en cela, je ne fais que dévoiler ma posture théologique[3] !
Ceci dit, le livre est magistral et mérite une lecture attentive pour se forger une vision globale du plan rédempteur de Dieu.
Je suis convaincu de l’importance du métarécit, à la fois dans notre évangélisation (cf. La grande histoire, publié chez BLF, ainsi que « la bible en 1, 10, 100 mots, ou 1000 mots à retrouver sur toutpoursagloire.com) mais aussi dans notre herméneutique et notre synthèse de l’Écriture. ↩︎
Voir Craig A. BLAISING et Darrell L. BOCK, Progressive Dispensationalism, Grand Rapids, Baker, 1993, 336 p., ainsi que Robert SAUCY, The Case for Progressive Dispensationalism, Grand Rapids, Zondervan, 1993, 336 p. ↩︎
A titre d’exemple, Saucy écrit : « Il ne fait aucun doute que le salut de la nouvelle alliance prévoit l’unité ultime de l’ensemble du peuple de Dieu. Mais la question demeure de savoir si les Écritures enseignent que cette unité dans le salut dissout la distinction d’Israël en tant que peuple particulier parmi les peuples du monde et redéfinit Israël comme l’ensemble du peuple de Dieu » (p. 112) ; « Le retour du Christ apportera un nouvel accomplissement. Puisque le Nouveau Testament envisage clairement un avenir pour l’Israël historique, il semble raisonnable de s’attendre à ce que la venue du Christ apporte l’accomplissement des dispositions de salut de la nouvelle alliance qui concernent particulièrement ce peuple, ainsi qu’un accomplissement plus riche de bénédictions pour tous les peuples du monde (cf. Ro 11). » (p. 139) [NDLR (= aussi l’auteur du livre qui fait l’objet de la recension) : je peux essentiellement contresigner la première citation.] ↩︎