La grâce (étonnante) de Dieu

Recension
Calendar19 février 2022
PersonJames Hely Hutchinson
Couverture

Paul WELLS, La grâce (étonnante) de Dieu, Une théologie biblique et systématique de l’alliance, vol. I, Charols, Excelsis, 2021, 587 p.

Ce livre relève nettement plus de la théologie systématique que de la théologie biblique, et la notion d’alliance sous-tend ce livre sans être au premier plan, n’en déplaise au sous-titre (en tout cas, pour ce qui est de la moitié représentée par ce premier volume). Il n’est pas facile de déterminer le lectorat idéal, en partie parce qu’il est difficile de rivaliser, en matière de doctrine, avec la profondeur et la précision de Henri Blocher, la limpidité de Wayne Grudem et la concision de Jules-Marcel Nicole. Mais cet ouvrage est sui generis – à certains égards, en tout cas, d’un genre à part – et est, au minimum, complémentaire aux livres de ces autres auteurs.

Par ailleurs, il comporte beaucoup de forces. (1) Il est bibliquement fidèle. Fait étonnant, Wells est avare en références bibliques : on peut comparer la longueur de l’index des auteurs avec celle de l’index des références bibliques et croire, à tort, que la théologie historique prime l’enracinement biblique. Mais il a tendance à faire allusion aux textes bibliques sans les citer[1].

(2) Cet ouvrage est édifiant et souvent pratique. Il propose une défense robuste de la théologie systématique pour le peuple de Dieu (ch. 10-11). Il fait l’interaction avec d’autres religions, des sectes, des sujets brûlants de la société contemporaine (transgenrisme, écologie, pauvreté, égalitarisme…) Il voudrait promouvoir la vérité qui affranchit (cf. Jn 8,32 ; p. 32). L’auteur a souffert profondément (p. 540, cf. p. 9) et est resté accroché aux convictions qu’il met en avant. « La sagesse par défaut de la justice sociale égalitaire » ne satisfait pas. « En revanche, la paix qu’apporte Jésus est comme une oasis dans le désert ; elle permet de regarder au-delà de la réalité présente et d’entendre ses promesses : mon amour est un amour éternel » (p. 553).

(3) Wells est doué au plan pédagogique. Suivre la trame de son argumentation n’est pas difficile. Des schémas et des encarts jalonnent utilement la route des divers chapitres. Des questions sont proposées à la fin de chaque chapitre (avec d’ailleurs des suggestions de lectures bibliques ainsi que de la littérature secondaire). Ses illustrations sont terre à terre et parfois brillantes (p. 137, 173, 190, 237, 274, 314, 445). Par exemple, une « idée erronée est que les attributs [de Dieu] sont comme des antennes du terminal central de l’Être de Dieu, un peu comme à l’aéroport Charles-de-Gaulle ! » (p. 314).

(4) Il est « à jour » en ce qui concerne la littérature théologique. Non content de publier des cours vieux de trois décennies, Wells profite d’ouvrages et d’articles pertinents pour enrichir ses propos et aborder des questions qui occupent actuellement le devant de la scène, par exemple celle de savoir si le Fils a toujours été subordonné au Père.

(5) Il ne se soustrait pas aux questions qui fâchent dont l’évolutionnisme, le rôle des hommes et des femmes, le mal. Il est à noter que, dans la façon de les traiter, Wells ne se cantonne pas à la dogmatique conçue dans un sens étriqué, mais sa discussion englobe la théologie historique, la philosophie, la sociologie, l’apologétique et l’éthique.

(6) La doctrine de la Trinité fonde la pensée de l’auteur et est régulièrement articulée en rapport avec d’autres doctrines.

(7) Il suit un fil conducteur « théologico-biblique » (création—chute—rédemption). A la suite d’une lecture linéaire, on a envie, après avoir fait face au problème du péché et du mal, de passer à la solution en Christ dans le second volume !

Inévitablement, étant donné la taille de l’ouvrage, il y a des endroits où l’on aurait apprécié des énoncés plus clairs, plus tranchés, moins abstraits ou même différents[2] (!), mais les sujets de désaccord – et même les points d’interrogation – ne sont pas nombreux pour l’auteur de cette recension. Est-il juste de dire que la notion d’un jugement à venir appartient à la « conscience religieuse universelle » (p. 51) ? Wells a-t-il raison de repousser l’idée d’un attribut-maître chez Dieu (p. 304, 324) ? Affirmer qu’Adam est créé « à l’image de l’Image », c’est-à-dire, à l’image du Fils incarné (p. ex., p. 410) n’est-il pas un anachronisme[3] ? L’auteur ne rejette-t-il pas trop hâtivement, et sur la base d’une confusion entre mot et concept, l’idée du « mystère opaque » (p. 525) ?[4] De telles questions ne représentent aucunement des raisons de remettre en cause la grande valeur du livre.


  1. Par endroits, le manque de démonstration biblique est une faiblesse. P. ex., le propos selon lequel l’Esprit nous unit au Christ (p. 85) devrait être étayé. ↩︎

  2. Par rapport aux questions relevant des alliances conclues entre Dieu et les êtres humains, nous faisons l’interaction avec le point de vue réformé (représenté par Wells) dans notre ouvrage La nouveauté de la nouvelle alliance (à paraître). ↩︎

  3. Par ailleurs, nous aurions souhaité que Wells fasse l’interaction avec le point de vue de Blocher sur l’image de Dieu. ↩︎

  4. La qualité de la présentation du livre est admirable, mais certaines erreurs relatives au grec pourraient être corrigées en vue de la deuxième édition : ginôskô (non ginomai, p. 103), anthrôpos (p. 112), kérugma (p. 139 et p. 203), koinônia (p. 150), ephapax (p. 466). A la p. 502, est-ce bien le mot « providence » qui ne figure pas en traduction française ? Par ailleurs, Gn 3,16 est cité à plusieurs reprises à la place de Gn 3,15 ; à la p. 339, la référence juste est Ep 4,15. ↩︎