La déferlante

Recension
Calendar3 juillet 2021
PersonAnnaëlle Ouari
Couverture

Samuel PETERSCHMITT, avec Kévin BOUCAUD-VICTOIRE, La déferlante, Cette crise qui a révélé les évangéliques, Editions Première Partie, Philadelphie, 2020, 148p.

Quel Français n’a pas entendu parler de La Porte Ouverte de Mulhouse, cette Église évangélique qui, lors de la flambée de l’épidémie de Covid-19 au début de mars 2020, a malheureusement été accusée d’être le « point de bascule » de la propagation du virus sur le territoire français ? Pour toute personne désireuse de faire la lumière sur les faits étape par étape et de connaître avec précision les circonstances qui ont conduit à l’emballement médiatique, ce livre est un juste rétablissement de la vérité en même temps qu’un point de départ pour présenter plus largement qui sont les évangéliques en France et quelles sont leurs relations avec la société actuelle. En cela, il est d’autant plus pertinent pour les personnes non-chrétiennes.

Tout l’ouvrage se présente sous la forme d’un long dialogue entre le pasteur de la Porte Ouverte, Samuel Peterschmitt, et le rédacteur en chef de Marianne, Kévin Boucaud-Victoire. D’un même élan, en suivant une progression en quatre étapes, il commence par répondre aux accusations portées à l’Église de Mulhouse, pour ensuite relater son histoire et son fonctionnement interne, puis l’élargir à ceux des Églises protestantes évangéliques françaises en général. Enfin, il explique brièvement comment se positionnent les évangéliques dans la société sur les questions éthiques et politiques et sur le fait religieux. A la croisée de l’entretien, du témoignage et du documentaire, il se lit avec une grande facilité. La dynamique de l’interview permet par ailleurs de présenter les faits avec une certaine objectivité tout en gardant l’aspect chaleureux de la conversation. L’auteur explique avec franchise son incompréhension face à l’empressement des médias à faire de l’Église un bouc émissaire alors même que la conduite de toute l’assemblée face à la crise était exemplaire. On voit que le soupçon d’une montée d’un sentiment anti-religieux dans tout le pays doublé du sentiment d’avoir vécu une profonde injustice ne cède pas à l’amertume dans le discours du pasteur. Il laisse au contraire place à la sincérité et l’émotion dans les témoignages qu’il relate au travers de l’histoire de ses propres parents et de l’implantation de la Porte Ouverte. On y perçoit une réelle authenticité et une foi simple. De fait, il présente la foi chrétienne de façon équilibrée, pleine de bon sens et de sympathie, avec un souci constant de rappeler que les évangéliques sont des personnes raisonnables, semblables à leurs contemporains, intégrées et même dévouées à la société et à son bien.

Ceci étant, comme l’auteur le dit lui-même[1], il expose surtout le protestantisme évangélique de la mouvance pentecôtiste, les autres confessions évangéliques étant mises de côté (par exemple, il exclut catégoriquement le pédobaptisme de la foi évangélique, ce qui n’est pas rendre témoignage aux protestants réformés évangéliques qui sont presbytériens)[2]. Dès lors, certaines assertions liées à sa conviction pentecôtiste ne représentent pas forcément celles de tous les protestants évangéliques. On pourra aussi regretter une formulation un peu hasardeuse théologiquement « Nous reconnaissons également le Saint-Esprit et la Bible comme seules autorités[3]» (dissociation de la Parole et de l’Esprit ?) et la répétition systématique (pas moins de trois ou quatre fois) du même verset de Marc 16.17-18[4]pour justifier l’action particulière de l’Esprit dans les guérisons miraculeuses et le parler en langues, ce qui donne au verset une proportion et une importance qui apparaît démesurée. Heureusement, l’âme pastorale et évangélique du pasteur permet de retourner au cœur du message fédérateur : « Au-delà des miracles, ce qui me réjouit le plus c’est de voir des hommes et des femmes sauvés de la condamnation éternelle par leur rencontre personnelle avec Jésus-Christ[5]».

Finalement, Samuel Peterschmitt a su saisir dans la « déferlante » qui a secoué l’Église de La Porte Ouverte l’occasion spéciale d’expliquer à ses contemporains l’identité des évangéliques sur le territoire français et la nature du message qui les porte. Que ce livre puisse être précieux entre toutes les mains pour qu’au-delà d’une paix sociale et d’un regard plus favorable de l’opinion envers les évangéliques, ce soit l’Évangile lui-même qui rayonne et qui attire les âmes à Jésus-Christ.


  1. « Loin de me revendiquer porte-parole de cette sensibilité chrétienne [le protestantisme évangélique] qui reste hétérogène […] », Avant-propos ↩︎

  2. p.88 ↩︎

  3. p.57 ↩︎

  4. « Voici les signes miraculeux qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom, ils chasseront des démons, ils parleront des langues nouvelles, ils saisiront des serpents venimeux, ou s’il leur arrive de boire un poison mortel, cela ne leur causera aucun mal. Ils imposeront les mains à des malades et ceux-ci seront guéris », La Bible version Semeur ↩︎

  5. p.63 ↩︎